Elections européennes : Jordan Bardella cible Gabriel Attal et tend la main aux électeurs LR

La tête de liste du Rassemblement national aux élections européennes, a fait de ses vœux à la presse une tribune contre le projet européen de Renaissance. Pour le moment donné en tête des sondages, Jordan Bardella a présenté le nouveau Premier ministre Gabriel Attal comme son principal adversaire, affirmant que « les élections européennes sont d’abord des élections de mi-mandat ».
Rose-Amélie Bécel

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Le Rassemblement national lancera officiellement sa campagne européenne le 3 mars à Marseille, mais ce 15 janvier, lors de ses vœux à la presse, la tête de liste du parti Jordan Bardella a fait du scrutin du 9 juin prochain l’objet principal de son discours. « Ces élections européennes sont des élections internationales, mais ce sont d’abord et avant tout des élections de mi-mandat. Elles constitueront pour le peuple français la dernière occasion de sanctionner la politique du gouvernement », a estimé le président du RN.

Depuis la désignation de Gabriel Attal comme Premier ministre, ce dernier est présenté comme le principal adversaire du RN. C’est donc un exposé de sa vision européenne en miroir de celle d’Emmanuel Macron que Jordan Bardella a présenté lors de ses vœux : « La bataille des élections européennes opposera le camp du renoncement, du déclin, de la soumission, l’Europe de Macron ; à celui de la puissance, de la grandeur, de l’Europe des peuples. »

Une campagne européenne contre le « coup d’État fédéraliste »

Dans le viseur de l’eurodéputé, le « véritable coup d’État fédéraliste » proposé par le rapport Verhofstadt, adopté par le Parlement européen en novembre dernier, qui propose une réforme des traités pour élargir les compétences de l’UE et renforcer le rôle du Parlement. Jordan Bardella a également fustigé le pacte sur la migration, adopté fin décembre, qui punira d’une amende les États qui refusent d’accueillir les demandeurs d’asile. « Les élections européennes doivent constituer un véritable référendum européen sur la submersion migratoire », a indiqué le président du RN.

Autre sujet central de ce scrutin européen : l’agriculture. Début décembre, les agriculteurs français avaient dénoncé une hausse des taxes sur l’eau et les pesticides, depuis abandonnée. C’est désormais en Allemagne que la colère des exploitants s’exprime, contre la suppression d’allègement fiscaux sur le diesel pour les véhicules agricoles. « L’Union européenne veut la mort de l’agriculture française », a dénoncé Jordan Bardella, pointant « l’écologie punitive » comme responsable.

Donné en tête du scrutin, avec 31 % d’intentions de vote selon notre sondage Odoxa réalisé mi-décembre, le RN – membre du groupe Identité et démocratie au Parlement européen – nourri toujours un projet de rapprochement avec les Conservateurs et réformistes européens (ECR). Le groupe politique de droite nationaliste est notamment constitué de parlementaires espagnols du parti d’extrême-droite Vox, des eurodéputés polonais de Droit et justice, ou encore des élus italiens du parti de Giorgia Meloni. « Ce que je souhaite, c’est qu’on puisse mettre en échec les majorités de circonstance actuelles du Parlement européen, entre le PPE [groupe politique de droite et centre droit] et les socialistes. Qu’on puisse faire émerger une minorité de blocage », indique Jordan Bardella, tout en restant évasif sur la forme concrète que pourrait prendre cette alliance.

« La nomination de Gabriel Attal est le signe qu’un autre Macron est possible »

Dans cette prise de parole largement consacrée à son agenda européen, Jordan Bardella a tout de même commenté la composition du nouveau gouvernement : « Un remaniement cosmétique, qui fait office de lifting politique avec la nomination de Gabriel Attal ». Le 9 janvier, lors de son premier déplacement de Premier ministre au chevet des sinistrés des inondations dans le Pas-de-Calais, Gabriel Attal avait salué « cette France qui travaille, laborieuse, qui se lève tôt le matin ». Ce 15 janvier, Jordan Bardella a souligné lors de ses vœux son envie de « rendre justice à cette France du travail, de l’effort, du mérite ».

Mais le parallèle avec le nouveau locataire de Matignon, qui s’impose aussi comme son principal adversaire aux européennes, semble s’arrêter ici. « L’âge n’est en rien un gage d’efficacité, tout comme la jeunesse n’est en rien un gage d’innovation », a souligné le président du RN après avoir estimé que « la nomination de Gabriel Attal est le signe qu’un autre Macron est possible ».

Principale surprise de ce nouveau gouvernement : la nomination de Rachida Dati comme ministre de la Culture, exclue du parti Les Républicains dans la foulée. « Elle illustre à merveille la force de conviction et la loyauté d’une droite soluble dans le macronisme », a ironisé Jordan Bardella. Celui-ci a appelé les électeurs de la droite « qui ne souhaitent pas se ranger derrière Emmanuel Macron » à le rejoindre, estimant avoir « des valeurs qui sont proches ». Pour le moment, Les Républicains n’ont pas désigné leur chef de file pour les européennes, mais c’est vraisemblablement l’eurodéputé François-Xavier Bellamy qui conduira la liste, avec des intentions de vote données pour le moment bien loin de celles du RN.

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