Elections européennes : vers un retour aux listes nationales ?
Pendant deux jours, Emmanuel Macron reçoit les représentants politiques pour évoquer l’avenir de l’Europe et notamment une modification du mode de scrutin des élections européennes.

Elections européennes : vers un retour aux listes nationales ?

Pendant deux jours, Emmanuel Macron reçoit les représentants politiques pour évoquer l’avenir de l’Europe et notamment une modification du mode de scrutin des élections européennes.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Mauvais timing. Ce lundi, Emmanuel Macron débute une grande série de consultations avec les différents responsables politiques et parlementaires pour évoquer les élections européennes, et plus généralement l’avenir du continent. Quelques heures auparavant, Angela Merkel reconnaissait son échec dans sa tentative de former une coalition gouvernementale improbable avec les libéraux et les écologistes, laissant planer l’éventualité de nouvelles élections législatives début 2018.

Le Royaume-Uni a quitté le navire et l’Allemagne reste coincée à quai, la France va donc devoir tenter de manœuvrer seule. Emmanuel Macron comptait pourtant sur la chancelière allemande pour accélérer le rythme. Peine perdue. « On n'a pas intérêt à ce que ça se crispe (...) Ce qui fait que nous, on doit avancer », a simplement commenté le président français, lundi matin. Plus tard, un communiqué de l’Elysée  est venu renforcer cette position. La situation allemande « ne fait que renforcer la nécessité pour la France de proposer, de prendre des initiatives, de travailler à un projet européen ambitieux que nous mettrons en œuvre avec notre partenaire allemand », précise la présidence.

Vers un consensus ?

Pendant deux jours, le chef d’Etat va donc recevoir à l’Elysée plusieurs personnalités du champ politique français. C’est le président du Sénat, Gérard Larcher qui a ouvert le bal, suivi du Secrétaire général des Républicains Bernard Accoyer, sans que ni l’un ni l’autre ne commente cette rencontre. Cette série d’entretiens porte sur plusieurs enjeux européens et notamment celui de déterminer si les prochaines élections européennes, qui auront lieu en 2019, doivent devenir un scrutin unique national et non par régions, comme c’est le cas aujourd’hui. Convié dans la matinée à l’Elysée, le sénateur Rachid Temal, « coordinateur » de la direction collégiale du parti socialiste, s’est montré favorable à une telle option. « Nous souhaitons une liste nationale qui nous permettrait d’avoir un grand débat dans ce pays sur la question européenne » a-t-il expliqué aux côtés du patron des sénateurs PS Didier Guillaume et de la députée européenne Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy. « Nous avons vu après l’élection présidentielle que nous avons plus que jamais besoin d’Europe. »

Elections européennes : "Nous souhaitons une liste nationale" affirme Rachid Temal (PS)
01:10

Même son de cloche du côté de l’UDI. « Nous souhaitons le retour à un scrutin national parce qu’on a besoin d’un débat national sur l’Europe » a insisté le président du parti centriste, Jean-Christophe Lagarde. Nicolas Dupont-Aignan approuve aussi le retour au scrutin national mais a préféré insister sur la nécessité d’un référendum sur le CETA, cet accord de libre-échange avec le Canada, très contesté en Europe. « Il va y réfléchir » assure le leader de Debout la République, devant les journalistes. Dans l’après-midi, Bernard Accoyer a exprimé, lors d’un point presse, son opposition aux listes nationales pour le scrutin européen.

Puis, c’est Christophe Castaner, qui s’est entretenu avec le président. Malgré son statut de Secrétaire d’Etat et de porte-parole du gouvernement, le nouveau délégué général de LREM a assuré que la position du parti sur le scrutin européen n’était pas arrêtée. « Notre ambition est simple : faire en sorte que nous puissions avoir un grand débat européen » explique-t-il. « La dimension nationale porte des caractéristiques qui peuvent favoriser cette ambition du débat européen. L’approche territoriale garantit aussi une proximité. Nous sommes ouverts à ce sujet » souligne-il, promettant un débat interne. Il a enfin rappelé, que les « listes transnationales » pour palier le départ du Royaume-Uni, étaient « toujours d’actualité. »

Christophe Castaner veut "un grand débat européen"
01:27

En creux, c’est aussi l’avenir de l’Union européenne dont il est question à travers ces concertations. Avec la montée des extrêmes dans tout le continent, Emmanuel Macron a fait des réformes en Europe une priorité. Lors de son discours devant le Congrès, en juillet dernier, il avait notamment annoncé des « conventions démocratiques européennes » pour donner un nouveau souffle à l’union continentale. « Nous voulons organiser des débats à travers les territoires, à travers l’Europe, là où les États membres seront d’accord, entre le printemps et l’automne 2018 » a précisé la semaine dernière la ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau dans une interview à La Croix. « Nous proposerons à nos partenaires de mettre en place un ‘chapeau commun’, un questionnaire en ligne qui permettra une vision globale et des comparaisons utiles d’un pays à l’autre » a-t-elle poursuivi, assurant que plusieurs pays comme l’Italie, l’Irlande, la Grèce ou encore l’Allemagne se sont montrés « favorables » à une telle démarche.

LREM a évidemment pris les devants. « Dès le début du mois de décembre, nous mettrons en place au sein de notre mouvement des ateliers de formation pour organiser dès le mois de janvier une grande marche européenne à travers toute la France » a annoncé Christophe Castaner. De son côté, Emmanuel Macron reprendra ses consultations dès mardi. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont notamment attendus.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Elections européennes : vers un retour aux listes nationales ?
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le