Questions to the Government Session at the National Assembly, in Paris – 28 May 2024
General view at the National Assembly during the session of questions to the government. A weekly session of questioning the French government takes place in the National Assembly at Palais Bourbon in Paris. - Telmo Pinto / SOPA Images//SOPAIMAGES_NationalAssemblySession_Paris_TP_001/Credit:SOPA Images/SIPA/2405290907

Elections législatives : à quoi pourrait ressembler une grande coalition ?

A quelques jours du second tour des élections législatives, le paysage politique apparaît extrêmement fragmenté, divisé entre trois blocs. Dans cette situation, difficile de faire émerger une majorité absolue. Dans ce cas de figure, les autres partis pourraient-ils s’entendre et gouverner ensemble au sein d’une grande coalition ?
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Les partis composant les différents attelages électoraux pourront-ils se transformer en coalition de gouvernement ? C’est la question qui anime un grand nombre de responsables politiques depuis quelques jours, anticipant une Assemblée nationale plus divisée que jamais au lendemain du 7 juillet. « Il faudra sûrement faire des choses que personne n’a jamais faites auparavant dans ce pays », déclare la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier, le 3 juillet, évoquant la possibilité d’une coalition de gouvernement très large. 

Chacun y va de sa proposition, soumettant un périmètre plus ou moins large pour la coalition, avant même l’élection des 577 députés. Le 1er juillet, Gabriel Attal envisage l’option d’une « Assemblée plurielle » regroupant plusieurs groupes de droite et de gauche, tandis que le communiste Sébastien Jumel plaide pour une alliance allant « du gaullisme social jusqu’aux communistes en passant par des gens de gauche de bonne volonté ». Néanmoins, le périmètre d’une éventuelle coalition et le programme sur lequel elle pourrait s’appuyer son plus rarement mentionnés. 

« Pour qu’une coalition fonctionne, il faut une plateforme gouvernementale, c’est-à-dire un accord de gouvernement » 

Assez peu fréquentes sous la Vè République, les coalitions de gouvernement sont un accord entre plusieurs partis afin d’obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. « Les coalitions peuvent se former pour répondre à une crise politique, mais généralement, une coalition apparaît au lendemain des législatives pour s’appuyer sur une majorité claire », explique Christophe Bellon, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université catholique de Lille et spécialiste de l’histoire parlementaire. Le mode de scrutin majoritaire à deux tours, utilisé pour les législatives, favorise l’émergence d’une majorité absolue et minimise les cas de figures nécessitant un rapprochement entre plusieurs partis. Des alliances entre des partis proches ont pu avoir lieu sous la Vè République, notamment entre le PS et le PCF ou entre le RPR et l’UDF. 

« Pour qu’une coalition fonctionne, il faut une plateforme gouvernementale, c’est-à-dire un accord de gouvernement qui permet à la majorité issue de la coalition de le soutenir et de ne pas se disloquer au moindre différend, c’est donc un travail exigeant », analyse Christophe Bellon. « Une fois que l’on s’est accordé sur un programme, il faut se répartir les postes en fonction des rapports de force, s’accorder sur un chef de gouvernement », poursuit l’historien. 

S’accorder sur un contrat de gouvernement

Si la Constitution de 1958 privilégie la formation de majorité absolue c’est avant tout pour « éviter la création de majorités artisanales et changeantes qui ont marqué la IIIè et la IVè République », rappelle Christophe Bellon. La formation d’un gouvernement de coalition nécessite donc de réunir des partis capables de s’entendre sur des projets politiques. « Les coalitions ne se font pas entre partis diamétralement opposés, c’est possible entre des partis différents, mais qui ont tout de même des points communs. Pour former une coalition, il faut que le contrat de gouvernement reprenne une partie des programmes de chaque formation politique, plus la coalition gouvernementale est hétéroclite et plus l’accord se fait a minima », souligne Christophe Bellon. Par conséquent, une alliance très large pourrait avoir du mal à gouverner et porter un projet politique clair. « Si c’est une coalition uniquement contre le RN c’est absurde, dans cette configuration, des accords de gouvernement semblent illusoires et Marine Le Pen en profitera en vue de 2027 », juge Virginie Martin, docteure en sciences politiques. Une analyse partagée par Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas. « Mettez Edouard Philippe, Laurent Wauquiez, Sandrine Rousseau et le Parti Communiste dans un même gouvernement et faites leur voter un budget : ça risque d’être rigolo », affirmait-il sur Public Sénat ce 4 juillet. 

Vers une crise de régime ? 

« La perspective d’une cohabitation à la forme inédite, violente et imprévisible est probable tout comme l’absence de majorité claire à l’Assemblée qui pourrait déclencher une crise de régime », écrivait, le 20 juin, le politiste Rémi Lefebvre sur le site AOC. Si l’hypothèse d’une cohabitation semble de moins en moins probable, celle d’une majorité introuvable se renforce. Alors que l’article 12 de la Constitution pose un délai d’un an avant de pouvoir procéder à une nouvelle dissolution, les options pourraient, au lendemain du scrutin du 7 juillet, se révéler particulièrement limitées. « On est dans une situation inédite sous la Vè, au point qu’on ne sait pas si on peut former un contrat de gouvernement. Sans majorité, ni coalition, on est dans un système bloqué », prévient Christophe Bellon. Au centre du jeu, les parlementaires devraient donc trouver une solution au risque de porter la responsabilité de l’inertie des institutions. « Un gouvernement de techniciens et de hauts fonctionnaires, neutres qui expédient les affaires courantes est peut-être l’option la plus envisageable », estime Christophe Bellon. En cas de blocage total, une dissolution paraîtrait inévitable et poserait assurément la question du futur des institutions.

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le