Élections législatives : le groupe Renaissance menacé d’implosion

Élections législatives : le groupe Renaissance menacé d’implosion

Les députés du parti présidentiel traversent de fortes turbulences depuis la campagne des législatives. La recherche d’une coalition législative et l’incertitude politique achèvent de semer le trouble chez les survivants de la dissolution. Sur son aile gauche, le groupe est menacé de départs, qui mettent en lumière les fragilités du parti présidentiel.
Guillaume Jacquot

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La poutre travaille encore, pour reprendre la célèbre métaphore d’Édouard Philippe relative à la recomposition politique amorcée en 2017. Au point de lézarder les murs ? Un état des lieux en profondeur ne sera pas nécessaire pour s’apercevoir que les législatives ont fragilisé la maison présidentielle à l’Assemblée nationale. C’est dans une ambiance lourde que le groupe Renaissance a fait sa rentrée en début de semaine au palais Bourbon. Les ingrédients ont tout du cocktail explosif, entre le sentiment de rancœur provoqué par la décision d’Emmanuel Macron au soir du 9 juin de convoquer par surprise de nouvelles élections, et l’affaiblissement du groupe dans l’hémicycle où peine à se dessiner un chemin pour faire adopter des textes législatifs.

Les survivants de la dissolution font également face à des tiraillements internes sur la stratégie à adopter en vue de dégager une coalition. Plusieurs députés, anciennement LR, défendent la nécessité d’un accord avec les Républicains. « On doit gouverner à droite », clamait dès dimanche soir le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui exclut tout dialogue avec les Ecologistes.

Sacha Houlié claque la porte et envisage la constitution d’un nouveau groupe au centre gauche

Le groupe s’est finalement accordé, dans un communiqué publié ce 10 juillet, en faveur d’une « coalition de projets allant des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement ». Ce qui n’empêche pas Renaissance de vaciller sur son côté gauche, à un moment où le Nouveau Front populaire entend accéder aux responsabilités gouvernementales. Le chamboule-tout des législatives est venu aggraver un phénomène de chapelles et de clivages à Renaissance qui s’était manifesté de façon plus frappante au moment du vote de la loi immigration en décembre. L’une de ses figures, Sacha Houlié, l’ancien président de la commission des lois, a annoncé ce mercredi qu’il ne siégerait pas au sein du groupe, préférant travailler à la formation d’un autre groupe allant de « la droite sociale à la gauche socialiste ». Stella Dupont, députée depuis 2017, et proche de Barbara Pompili et d’Hugues Renson, a aussi appelé à la création d’un nouveau groupe de « centre gauche », distinct de Renaissance. « Il faut construire des passerelles, construire des ponts », a-t-elle expliqué à nos confrères de LCP.

Après sept années de majorité absolue, puis relative, Renaissance serait tout droit menacé de dislocation ? « Les solutions pour dépasser cela, c’est le projet macronien initial. C’est une alliance qui s’élargit sur les deux ailes et non une seule. Cela permettrait de sortir de cette crise », analyse Christophe Boutin, professeur de droit public à l’université de Caen. Le politologue précise que l’impact d’une telle scission à gauche de Renaissance pourrait avoir une signification différente en fonction du casting. « Ce ne sont pas véritablement des poids lourds qui ont parlé. Les choses seraient radicalement différentes si Élisabeth Borne par exemple rejoignait cet élément. »

« Le fait d’avoir dégoupillé la grenade, ça a eu pour effet de remettre les choses en place »

Face à cette possibilité de « fractures imminentes », « il y a des histoires de stratégies ou de tactiques qui dépassent de très loin les convictions qu’on pourrait leur prêter », considère quant à elle Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherches émérite CNRS au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po). La politiste estime que ces éventuels départs et dissidences témoignent de la persistance d’un clivage gauche-droite, auquel elle a consacré un ouvrage en 2020. « La coalition présidentielle qui ne tenait au début par le charisme d’Emmanuel Macron, entre guillemets, et ce discours du ni gauche, ni droite, ne résiste pas à l’épreuve du pouvoir. Finalement, le fait d’avoir dégoupillé la grenade, comme Emmanuel Macron l’a dit, ça a eu pour effet de remettre les choses en place, de montrer qu’il existait toujours une gauche, devenue un peu plus extrême, et une droite, un peu plus extrême. »

« Jamais depuis 1958 un parti n’avait été traversé par autant de forces centrifuges », rappelle Jean de Saint Sernin, maître de conférences en droit public à l’université Paris Nanterre. « Cette dissolution, ayant échoué à rassembler le camp présidentiel et à offrir une majorité absolue, maintient plus que jamais ces dissensions politiques dans un groupe extrêmement hétérogène », observe l’enseignant, auteur d’une thèse sur le système majoritaire et bicamérisme sous la Ve République.

Un autre signe montre que la cohésion n’est pas totalement assurée : l’attentisme qui règne dans les couloirs. Sur les 99 députés Renaissance élus dimanche et investis par le parti, ils étaient 70 en fin d’après-midi à s’être rattachés au groupe, selon BFMTV. « Certains attendent de voir quelle sera la structure d’accueil la plus favorable pour eux », commente Janine Mossuz-Lavau.

Le contexte de la future présidentielle

Dans ce paysage complexe, le contexte de la succession d’Emmanuel Macron, à qui la Constitution interdit de solliciter un troisième mandat en 2027, achève de donner à cette nouvelle législature une atmosphère particulière. « Dans la reconfiguration de ce centre, dans la perspective d’une alliance de gouvernement, il y a à l’évidence la préparation de l’étape suivante », insiste Olivier Rouquan, enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques (Cersa) de Paris. Le politologue explique que dans ce nouvel hémicycle « la reconfiguration des groupes se fait autour de personnalités qui pensent notamment à la présidentielle ».

« Au fond, cela révèle que Renaissance n’est pas le parti du Président, comme pouvaient l’être le PS ou le RPR auparavant. C’est un groupe qui lui a permis dans le passé d’avoir une majorité, mais il n’a pas de fonctionnement partisan et le leadership est extrêmement théorique. J’ai toujours eu tendance à penser que Renaissance était un appareil parlementaire aux mains du président de la République, sans que lui-même ait particulièrement envie d’en faire un axe durable », développe Pierre Mathiot professeur des universités en science politique à Sciences Po Lille. Face à un groupe qui pourrait être dénué d’une véritable autorité à son sommet, sans compter la perspective de nouvelles législatives avant 2027, Pierre Mathiot imagine un autre scénario pour Renaissance avant une éventuelle implosion. « Renaissance peut exister comme un groupe, mais incapable d’assurer une unité de vote. »

Une « fragmentation » de l’Assemblée nationale qui rappelle la IVe République

Autre conséquence, la sortie de Renaissance de plusieurs députés de l’aile gauche, en vue de former un nouveau groupe, pourrait aussi marquer un nouveau record dans le nombre de groupes. Si le groupe LIOT (Groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) réussit à se maintenir, et si un groupe de centre gauche émerge, on pourrait compter 12 formations dans l’hémicycle, battant le record des 10 groupes de la précédente législature. « On est en train d’assister à une fragmentation qui rappellerait plus la IVe République que la Ve, avec des alliances changeantes, et des partis charnières qui jouent un rôle essentiel », anticipe le politologue Christophe Boutin. Rappelons au passage que le nombre de députés minimum pour former un groupe n’a cessé de diminuer sous la Ve République. De trente jusqu’en 1988, ce seuil est passé à 20, puis à 15 en 2009. Pierre Mathiot formule l’hypothèse que le futur Bureau de l’Assemblée pourrait s’accorder pour abaisser ce plafond, afin de permettre à des petits groupes de se maintenir.

« On va retrouver des règles du jeu qui prévalaient sous la IIIe et la IVe, des régimes ouvertement parlementaires. Le président de la République va devoir adopter un comportement plus en retrait, tel qu’on le connaît dans un régime parlementaire », imagine également Olivier Rouquan. Cette dispersion des forces propre aux précédentes Républiques ne serait pas forcément synonyme de chaos. « On a fait une image très répulsive de la IVe République pour faciliter l’arrivée de la Ve. Elle a été caricaturale. Des tas de projets ont été adoptés par des majorités alternatives, des coalitions temporaires. Elle a mis en place des chantiers essentiels », tient à rappeler Christophe Boutin.

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