Elections législatives : les « circos » à surveiller
À un mois du 1er tour des élections législatives, les investitures se précisent et les équilibres politiques se dessinent. L’occasion de se pencher sur les régions, les départements et les circonscriptions les plus incertaines, qui détermineront l’issue des scrutins des 12 et 19 juin prochains.

Elections législatives : les « circos » à surveiller

À un mois du 1er tour des élections législatives, les investitures se précisent et les équilibres politiques se dessinent. L’occasion de se pencher sur les régions, les départements et les circonscriptions les plus incertaines, qui détermineront l’issue des scrutins des 12 et 19 juin prochains.
Louis Mollier-Sabet

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Les élections législatives, c’est un rendez-vous politique majeur, mais c’est aussi une équation complexe pour les directions des principales forces politiques et les commentateurs. Si les équilibres politiques nationaux, et notamment le premier tour de l’élection présidentielle, fixent évidemment les données principales du rapport de force, le découpage des circonscriptions et les jeux d’alliance peuvent faire basculer chacun des 577 scrutins des 12 et 19 juin prochains. Certaines « circos » sont pratiquement jouées d’avance, et ont été réservées par les différentes directions des partis à des leaders politiques, ou des élus locaux particulièrement implantés. Éric Coquerel ne devrait ainsi pas avoir trop de mal à se faire réélire dans la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis, où Jean-Luc Mélenchon a rassemblé 55 % des suffrages au 1er tour de l’élection présidentielle, tout comme Marine Le Pen dans la 11ème du Pas-de-Calais, avec respectivement 45 % et 60 % aux 1er et 2nd tour, ou encore Sylvain Maillard dans la 1ère de Paris, où Emmanuel Macron réalise plus de 41 % des suffrages au 1er tour.

À l’inverse, certaines circonscriptions paraissent extrêmement incertaines, en raison de scores plus serrés à la dernière élection présidentielle, d’une volatilité électorale importante ou de grandes incertitudes sur l’abstention et sur quels électeurs se mobiliseront finalement dans un mois. Le contexte politique local y est parfois plus obscur que dans des circonscriptions où se présentent les personnalités politiques nationales de premier plan, pourtant ce sont ces circonscriptions incertaines qui détermineront si Emmanuel Macron disposera d’une majorité à l’Assemblée nationale ou pas. Tour d’horizon de quatre points chauds à surveiller, sorte de « swing states » à la française, qui détermineront la couleur du prochain hémicycle.

Balle au centre dans la diagonale du vide

Le concept est controversé chez les géographes et les démographes, mais « la diagonale du vide » a recouvert une certaine réalité politique au 1er tour de l’élection présidentielle. C’est bien dans cette région qui s’étend de la Meuse, au nord-est de l’hexagone, jusqu’aux Landes du sud-ouest, que le plus de triangulaires NUPES-LREM-RN seraient possibles, sur la base des résultats du premier tour, selon une projection de France Info. En juin prochain, la participation sera selon toute vraisemblance plus faible qu’à l’élection présidentielle, et la barre pour se maintenir étant fixée à 12,5 % des inscrits, il n’y aura probablement pas beaucoup de triangulaires. Il y en avait d’ailleurs eu une seule en 2017. Pour autant, ces résultats montrent un relatif équilibre entre les trois blocs du 1er tour – Mélenchon et ses nouveaux alliés d’EELV, du PCF et du PS, Emmanuel Macron et Marine Le Pen – dans les circonscriptions de la Creuse, de la Dordogne, de la Nièvre, du Puy-de-Dôme ou de la Haute-Vienne, notamment. De deux choses l’une, soit la participation est plus forte que prévue et ces circonscriptions pourraient être le théâtre de triangulaires assez incertaines, soit elle reste faible – autour du niveau de 2017 (48,7 %) – et l’identité des deux finalistes devrait se jouer à quelques voix à chaque fois, rendant l’issue des élections assez aléatoire.

Dans ces départements, où Emmanuel Macron a battu Marine Le Pen au 2nd tour, une qualification au 2nd tour des élections législatives face au RN ressemble en effet à une presque-victoire pour les candidats de la NUPES et de la majorité présidentielle, qui se qualifieront. Dans la Nièvre par exemple, terre de François Mitterrand et de Pierre Bérégovoy, bastion socialiste tout au long du XXème siècle, passée LREM et MoDem lors des élections législatives de 2017, les candidats investis par la NUPES pourraient par exemple se retrouver au second tour face à un Rassemblement national très haut (29,2 % des voix pour Marine Le Pen au 1er tour), et ainsi ravir des circonscriptions à la majorité présidentielle, alors que Jean-Luc Mélenchon a réalisé un score modeste dans ce département au 1er tour. Cela dépendra de la dynamique effective de l’union à gauche et d’une éventuelle dispersion des voix de droite ou de centre-droit entre les candidats de la majorité présidentielle et LR, sachant que les députés de la majorité présidentielle candidats à la réélection pourraient bénéficier d’une prime au sortant. En tout état de cause, les législatives devraient être disputées dans ces départements, et si la gauche veut avoir un coup à jouer, cela passera par ce type de circonscriptions, alors qu’à l’inverse, la majorité d’Emmanuel Macron devra se maintenir dans ces territoires où il a réalisé des scores importants à la présidentielle.

Les départements à surveiller :

  • Creuse (23)
  • Dordogne (24)
  • Nièvre (58)
  • Puy-de-Dôme (63)
  • Haute-Vienne (87)

Quelle poussée du RN dans le nord-est ?

L’autre grand axe d’interrogation autour de la composition de l’Assemblée nationale de la prochaine législature, c’est le nombre de députés qu’aura le Rassemblement national. Les gros scores de Marine Le Pen aux élections présidentielles ou du Front national aux élections européennes ne se sont pour le moment jamais retranscrits lors des élections législatives, sauf en 1986 où les députés avaient été élus à la proportionnelle. Mais il existe un territoire où le RN a parfois réussi à briser le plafond de verre du scrutin uninominal majoritaire à deux tours, et où la progression de Marine Le Pen entre 2017 et 2022 pourrait se concrétiser en sièges de députés, c’est le nord-est de la France. 4 des 8 députés élus en 2017 l’ont été dans le Pas-de-Calais (62), où Marine Le Pen est arrivée largement en tête du premier tour (38,7 %) et du deuxième tour (57,5 %) de la dernière élection présidentielle. Elle a même battu Emmanuel Macron dans 8 des 12 circonscriptions du département lors de ce deuxième tour, et le RN et Ensemble devraient rejouer le match dans beaucoup de ces circonscriptions, où le RN pourrait gagner des sièges par rapport à 2017.

Dans le Nord aussi, Marine Le Pen a réalisé de gros scores à la présidentielle (29,3 % au 1er tour), mais c’est probablement les candidats de la NUPES que les candidats investis par le RN affronteront le plus souvent au deuxième tour des élections législatives. Les circonscriptions urbaines de Lille sont acquises à LFI avec les sortants Adrien Quatennens et Ugo Bernalicis, mais dans les 3ème, 10ème, 13ème, 15ème, 16ème, 19ème et 21ème circonscriptions, les duels entre la NUPES et le RN devraient être acharnés. Notamment dans la circonscription de Sébastien Chenu (RN), 19ème du Nord, que le PCF a considéré comme gagnable, ou en tout cas « de conquête », dans l’accord électoral signé avec LFI.

Les départements à surveiller :

  • Nord (59)
  • Pas-de-Calais (62)

Des duels gauche – RN à venir dans le Sud

La dichotomie entre RN du Nord et RN du Sud est une tarte à la crème de l’analyse électorale, mais il n’en reste pas moins que le seul autre endroit de l’hexagone où le RN peut espérer gagner des sièges lors des législatives, c’est le littoral méditerranéen et la Provence, hormis quelques cas particuliers dans le Sud-Ouest. Les Alpes-de-Haute-Provence (04) et les Hautes-Alpes 05) pourraient par exemple voir des députés LREM sortants éliminés au 1er tour et des duels NUPES-RN faire élire des députés Insoumis, si les équilibres du 1er tour de la présidentielle se maintiennent. À l’inverse, les duels qui se profilent dans le Var (83) et le Vaucluse (84) paraissent moins favorables à l’union de la gauche, ou aux candidats de la majorité présidentielle, selon qui affrontera le RN au 2ème tour.

Dans le Var et dans le Vaucluse, où le RN n’a actuellement pas de députés, Marine Le Pen l’a emporté dans 5 des 13 circonscriptions des deux départements au 2ème tour de la présidentielle. Si les candidats investis par Ensemble semblent mieux placés dans le Var, ce sont bien les candidats NUPES qui pourraient créer la surprise dans certaines circonscriptions du Vaucluse, où la dispersion des voix entre des candidats de la majorité présidentielle et des LR bien implantés comme Julien Aubert pourrait rendre l’accession au 2nd tour difficile face à un RN très haut, et des candidatures uniques à gauche. Pour LREM, l’enjeu est de garder des circonscriptions conquises en 2017, alors que pour la NUPES et le RN, certaines circonscriptions pourraient être reprises. Dans le Sud, les jeux sont ouverts.

Les départements à surveiller :

  • Alpes-de-Haute-Provence (04)
  • Hautes-Alpes (05)
  • Bouches-du-Rhône (13)
  • Var (83)
  • Vaucluse (84)

En Occitanie, ça chauffe à gauche

Enfin, l’Occitanie est un cas un peu particulier. Région traditionnellement socialiste qui a massivement élu des députés LREM en 2017, la NUPES semble avoir toutes les armes pour reconquérir des circonscriptions à la majorité présidentielle, avec la dynamique unitaire. Seulement, Carole Delga et d’autres élus de la région, comme le sénateur PS Hussein Bourgi, ont déjà annoncé « s’asseoir, et bien confortablement » sur l’accord signé entre le PS et LFI, ce qui conduirait les socialistes à présenter des candidats dissidents, dans l’Hérault par exemple. Dans une région où le Marine Le Pen arrive en tête du 1er tour avec 24,6 % des voix, la division pourrait peut-être empêcher des candidats de gauche d’accéder au 2nd tour et permettre à la majorité présidentielle de conserver la majorité des circonscriptions dans des duels avec le RN.

Les départements à surveiller :

  • Haute-Garonne (31)
  • Hérault (34)
  • Tarn (81)
  • Tarn-et-Garonne (82)

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