French Parliamentary Elections, Paris, France – 07 Jul 2024

Élections législatives : quelles leçons retenir des résultats de ce second tour ?

Victoire du Nouveau Front populaire, désillusion pour le Rassemblement national, figures élues ou au contraire éliminées… Que faut-il retenir du second tour de ces élections législatives ? Public Sénat fait le point.
Rose Amélie Becel

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Avec 177 à 192 sièges, le Nouveau Front populaire réussi son pari

Contre toute attente, c’est le Nouveau Front populaire qui s’affirme comme la première force politique à l’Assemblée nationale à l’issue de ce second tour. Selon les projections Ipsos Talan pour France Télévisions, Radio France, France24/RFI, LCP et Public Sénat, à 22 heures, le bloc de gauche remporterait entre 177 et 192 sièges. Un score surprise, à rebours des sondages qui ont donné le Rassemblement national en tête tout au long de la campagne.

L’alliance des partis de gauche améliore ainsi son score par rapport à 2022, où la Nupes avait obtenu 131 sièges. Le Nouveau Front populaire reste toutefois loin de la majorité absolue et sera contraint de former des alliances s’il souhaite gouverner. Une logique que Jean-Luc Mélenchon semble avoir balayé lors de sa prise de parole, quelques minutes après l’annonce des résultats. Refusant d’avance les négociations avec le bloc macroniste, il assure que le Nouveau Front populaire « appliquera son programme, rien que son programme » et se dit « prêt » à gouverner s’il est désigné au poste de Premier ministre.

La France insoumise reste la première force politique à gauche, mais le Parti socialiste progresse

Dans le détail, La France insoumise reste la première force politique à gauche dans l’hémicycle, avec 73 à 80 sièges. Mais le Parti socialiste se renforce nettement, avec 60 à 64 députés élus il double son nombre de sièges par rapport à 2022. Les Écologistes remportent de leur côté entre 33 et 36 sièges. Quant aux communistes, ils risquent de perdre leur groupe à l’Assemblée nationale, en envoyant 11 à 12 députés dans l’hémicycle contre les 15 requis. Ils pourraient toutefois sauver leur groupe grâce au rattachement de députés divers gauche, venus notamment d’outre-mer.

Si La France insoumise reste en position de force, elle devra donc composer avec les autres partis de gauche et notamment avec les socialistes. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a d’ailleurs exigé « de la démocratie » au sein du Nouveau Front populaire. De son côté, Marine Tondelier a également averti ses alliés de gauche : « Ce soir, ce n’est pas le moment des postures, pas le moment des oukases, ni des courses de petits chevaux ».

La députée LFI fraichement réélue Clémentine Autain appelle tous les élus du NFP à se réunir dès lundi en « assemblée plénière », pour définir leur stratégie et proposer à l’issue d’un vote un nom de Premier ministre, qui ne peut être selon elle « ni Hollande, ni Mélenchon ».

Le Rassemblement national ne résiste pas face au front républicain

Avec 138 à 145 sièges, selon nos projections Ipsos Talan à 22 heures, le Rassemblement national réalise un score bien plus faible qu’attendu. Après être arrivé en tête du premier tour avec 33,2 % des suffrages, le parti visait la majorité absolue et en est aujourd’hui bien loin, en troisième position derrière le Nouveau Front populaire et Ensemble.

Le parti enregistre tout de même la plus forte progression dans l’hémicycle, gagnant une cinquantaine de députés par rapport à 2022 où ils avaient remporté 89 sièges. Dans la soirée du second tour, Jordan Bardella et son allié Éric Ciotti ont vivement dénoncé les accords de désistements passés entre le bloc de gauche et les macronistes pour faire barrage à l’extrême droite. Le chef de file du RN a ainsi fustigé « l’alliance du déshonneur et les arrangements électoraux dangereux passés par Emmanuel Macron et Gabriel Attal avec l’extrême gauche. »

Ensemble sauve les meubles, mais perd tout de même près de 90 députés

Le bloc présidentiel formé par les partis Renaissance, MoDem et Horizons, conserverait 152 à 158 sièges. Un score largement en dessous de celui de 2022, où Ensemble avait remporté la majorité relative avec 245 députés élus, mais moins catastrophique qu’annoncé. Avant le premier tour, les sondages attribuaient au parti présidentiel entre 70 et 110 sièges. Les désistements de candidats du Nouveau Front populaire au profit de candidats Ensemble dans de nombreuses circonscriptions ont donc profité à cette alliance.

Au sein de ce bloc, c’est le parti présidentiel Renaissance qui remporte la grande majorité des sièges, entre 95 et 98. Depuis Matignon, Gabriel Attal a souligné que le parti avait réalisé un score « trois fois supérieur à ce qui était prévu » au début de la campagne.

Gabriel Attal remet sa démission au président de la République

À l’occasion de son discours, le Premier ministre a également acté la défaite de son camp politique et annoncé, « fidèle à la tradition républicaine », qu’il remettrait sa démission au président de la République ce lundi. « Ce soir une nouvelle ère commence », a-t-il affirmé, l’air grave. « Il faudra inventer quelque chose de neuf, de grand, d’utile. Il faudra assumer de tout remettre en question » et « bâtir une offre politique nouvelle », a-t-il ajouté.

À l’approche des Jeux olympiques et alors qu’une période d’instabilité s’ouvre, sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a tout de même fait savoir qu’il assumerait ses fonctions « aussi longtemps que le devoir l’exigera ».

Les Républicains « canal historique » devancent ceux ralliés au RN

Avec entre 63 et 67 sièges Les Républicains « canal historique » ont réalisé un score bien au-dessus de celui des LR soutenus par le Rassemblement national, qui devrait obtenir entre 14 et 17 sièges. Dans une campagne marquée par les déchirements entre deux lignes politiques et émaillée par plusieurs procès, Les Républicains « historiques » conservent finalement un nombre de sièges très similaire à celui de 2022.

De son côté, le président du parti Éric Ciotti, qui a scellé une alliance avec Jordan Bardella, assure qu’une victoire de son camp « n’est plus qu’une question de temps ».

François Hollande, Élisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet, Gérald Darmanin élus

Ce second tour est notamment marqué par l’élection de l’ancien président de la République François Hollande, qui l’a emporté dans une triangulaire dans la première circonscription de Corrèze avec 43,1 % des voix. Autre figure de la gauche, François Ruffin a été réélu dans la Somme avec 52,9 % des voix, après un premier tour qui l’avait placé derrière la candidate du Rassemblement national. Les personnalités dissidentes de La France insoumise réalisent ainsi de bons scores, puisque Alexis Corbière et Danielle Simonnet sont également réélus députés.

Du côté d’Ensemble, l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne est réélue députée dans le Calvados avec 56,3 %, alors qu’elle était menacée au premier tour par le candidat RN arrivé en tête. La présidente sortante de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet conserve aussi son siège. Parmi les ministres, nombreux remportent également ce second tour, c’est le cas par exemple de Gérald Darmanin, Stéphane Séjourné, Aurore Bergé, Marc Fesneau, ou encore Guillaume Kasbarian.

À droite, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est élu avec 61,6 % des suffrages. Il siègera notamment aux côtés d’Olivier Marleix, ex-président du groupe LR à l’Assemblée, réélu en Eure-et-Loire. Éric Ciotti, allié avec le Rassemblement national, est également réélu dans son fief de Nice avec 45,1 % des voix.

Olivier Véran, Stanislas Guérini, Marie-Caroline Le Pen battus

Au contraire, certains ministres essuient une défaite. C’est le cas du ministre de la Fonction publique Stanislas Guérini, battu à Paris par une candidate du Nouveau Front populaire. La ministre chargée de l’Enfance Sarah El Hairy échoue également en Loire-Atlantique, dans une triangulaire où elle est également devancée par le bloc de gauche. Même scénario pour l’ancien ministre de la Santé Olivier Véran, également battu par le NFP en Isère.

Marie-Caroline Le Pen, sœur de Marine Le Pen, ne sera pas non plus députée, battue à 200 voix près dans la Sarthe par la députée sortante de La France insoumise. Député depuis 1997, Nicolas Dupont-Aignan ne briguera pas de 7ème mandat, également battu en Essonne par un candidat du Nouveau Front populaire.

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