LE HAVRE Rassemblement National annual celebration
National Assembly parliamentary group President for the French far right party Rassemblement National ' s Marine Le Pen delivers a speech during the party ' s annual celebration on labor day Fete de la Nation in Le Havre, on May 01, 2023//LEPIHIFMAXIME_MLI0856/Credit:Maxime Le Pihif/SIPA/2305011711

Elections sénatoriales 2023 : un groupe RN à la chambre haute est-il envisageable ?

Ne disposant d’aucun élu RN à la chambre Haute, Marine Le Pen ne compte pas passer à côté des sénatoriales de l’année prochaine et a lancé, ce week-end, un appel à la mobilisation des élus locaux. L’ancienne candidate à la présidentielle qui a fait de bons scores dans les zones rurales veut transformer l’essai au sein de la chambre des territoires. Mais le mode de scrutin de l’élection sénatoriale reste un frein à ses ambitions.  
Simon Barbarit

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« Corriger cette inconvenance démocratique ». Devant ses troupes rassemblées au Cap d’Agde pour les universités du RN, Marine Le Pen s’est projetée vers la seule élection de l’année 2023, les sénatoriales. Et a donc lancé, dimanche, « un appel aux élus de France, aux maires et aux grands électeurs […] pour se mobiliser avec nous pour la défense de cette démocratie de proximité que sont les communes, même les plus petites ».

Sénatoriales: Marine Le Pen lance un appel aux élus locaux
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« L’une des constantes du parti, c’est le déficit de cadres »

Les sénatoriales, au scrutin universel indirect, peu suivies par le grand public, ne sont pourtant pas historiquement une cible accessible pour le parti à la flamme. « C’était un vieux débat au sein du FN : s’enraciner par le haut ou s’enraciner par le bas ? Jean-Marie le Pen pensait que s‘enraciner par le bas ne servait à rien et que seule comptait l’élection présidentielle. Et la présidentielle, c’était lui. Le RN a fait de très bons scores à la présidentielle et aux élections législatives mais aux dernières municipales sa progression est infirme. Il faut aussi trouver les candidats et l’une des constantes du parti, c’est le déficit de cadres », rappelle Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. En effet, l’élection sénatoriale est une élection assez particulière. Son corps électoral tout d’abord est composé de grands électeurs. Ce sont à 95 % des conseillers municipaux. S’ajoutent les conseillers généraux, les conseillers régionaux et les parlementaires du département. Raison pour laquelle, on a coutume de dire que les élections municipales font les sénatoriales. Et en la matière, le RN a un bilan plutôt mitigé. Aux municipales de 2020, il n’est sorti vainqueur que dans 16 communes, contre 15 en 2014. Ensuite, l’élection combine le scrutin proportionnel et majoritaire, en fonction du nombre d’habitants par département. Dans les départements les plus peuplés, élisant trois sénateurs et plus, la proportionnelle s’applique. Le scrutin majoritaire à deux tours s’applique pour les autres. > > Lire notre article. Sénatoriales : un mode de scrutin original qui combine élection proportionnelle et majoritaire

« Notre objectif est d’avoir un groupe au Sénat »

Si à la présidentielle, Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores dans les territoires ruraux, « le scrutin majoritaire n’est pas idéal pour le RN. Le parti va devoir miser sur les départements semi-urbains avec une surreprésentation des zones rurales. Mais il ne faut pas oublier non plus que les maires ont vu passer l’élection présidentielle et les législatives. Ça pourrait faire sauter un certain nombre de tabous », relève Benjamin Morel, professeur de droit public à Paris-II Panthéon-Assas. « Nous voulons profiter de notre dynamique et chercher des candidats implantés localement. Nous voulons avoir au moins un siège dans les départements où le scrutin est à la proportionnelle. Notre objectif est d’avoir un groupe au Sénat », confirme Laurent Jacobelli, député de Moselle et porte-parole du RN. Comment faire campagne auprès des grands électeurs ? « De nombreux maires non encartés partagent notre constat sur les défaillances du maillage territorial. Nous sommes les seuls à porter une certaine vision de l’administration de la France qui rentre en résonance avec la vie des maires. C’est quand même difficile de leur expliquer qu’on ferme des gendarmeries dans leur commune, mais qu’on y fait venir des migrants », veut croire, le député RN. Marine le Pen a effectivement rebondi sur l’actualité récente pour interpeller les élus locaux dimanche. Emmanuel Macron a, récemment plaidé pour une meilleure répartition des étrangers accueillis sur le territoire, notamment dans les « espaces ruraux, qui eux sont en train de perdre de la population ». Du pain béni pour lancer la campagne de la formation d’extrême droite. « Il ne propose rien de moins que de vous imposer dans vos villages et vos villes une immigration que vous n’avez pas demandée », a tancé Marine Le Pen. « Des projets Horizon (d’accueil des réfugiés. NDLR) comme à Callac, il ne va pas y en avoir sur tout le territoire », tempère Jean-Yves Camus. « Pour avoir une bonne vision de l’implantation locale du RN, il faudrait faire ce travail que personne n’a fait parce qu’il est très fastidieux : recenser les maires sans étiquette des toutes petites communes qui soutiennent le parti », ajoute-t-il. Dans l’esprit du politologue, des communes comme celle de Brachay en Haute Marne où Marine Le Pen a fait 90 % des voix au second tour de la présidentielle. La Haute-Marne fait d’ailleurs partie de la série numéro 1 du Sénat qui sera renouvelée en 2023, tout comme la Moselle et les Pyrénées Orientales, où Laurent Jacobelli pense que le parti à une carte à jouer grâce, selon lui, à une bonne implantation locale.

« Le RN n’a pas grand-chose à perdre dans cette élection »

Parmi les départements concernés par le renouvellement, Mayotte mais aussi le Nord et le Pas de Calais sont également une cible privilégiée pour le Rassemblement national. « A Hénin Beaumont, le RN a un poids municipal. Il y a des parlementaires et une partie de l’appareil. Ce sera intéressant de voir qui sera la tête de liste dans le Pas de Calais », relève Jean-Yves Camus. « Le RN n’a pas grand-chose à perdre dans cette élection. Si Marine Le Pen fait un score intéressant elle pourra toujours s’appuyer dessus. Dans le cas contraire, ça ne pourra pas être considéré comme un échec », complète Benjamin Morel. Lors du renouvellement de 2014, le Front National était parvenu à faire élire deux sénateurs, David Rachline et Stéphane Ravier, un résultat sans précédent et inégalé depuis. « Nous n’avons jamais enjambé cette élection. Mais il était, pour nous, statistiquement, impossible de faire des résultats, ce n’est plus cas », considère Laurent Jacobelli.

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