Paris: Hidalgo attends a press conference to present her electoral programme

Elections sénatoriales : la bataille de Paris a déjà commencé à gauche, comme à droite

Toutes les formations politiques se préparent pour les élections sénatoriales à Paris, où 12 sièges sont en jeu. Le PS peut espérer trois sénateurs, EELV deux et le PCF, qui pourrait partir uni avec les socialistes, un élu. La droite devrait conserver quatre sièges, mais la composition de la liste fait débat en interne… Le point sur toutes les tractations.
François Vignal

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C’est un peu l’élection dans l’élection. Pour le scrutin sénatorial, où la moitié des sièges du Sénat seront renouvelés le 24 septembre prochain, Paris, comme toute l’Ile-de-France, fait partie des départements renouvelables. Dans la capitale, on ne s’adresse pas aux maires et conseillers municipaux comme ailleurs. Ce sont surtout les conseillers de Paris, et les 16 délégués qu’ils désigneront chacun, qui élisent les 12 sénateurs de la ville lumière. Il faut 248 grands électeurs pour faire un siège.

Au PS, les sortants Rémi Féraud et Marie-Pierre de la Gontrie veulent à nouveau être candidats

La gauche peut théoriquement faire élire au total 7 sénateurs, comme actuellement, peut-être 8 si la droite et les macronistes partent divisés, mais même dans ce cas, c’est peu probable. Le Parti socialiste peut compter sur 3 sièges. Pour le scrutin de septembre, des discussions sont en cours pour faire liste commune avec le Parti communiste. Si ce n’est pas encore acté, la volonté est partagée. « On se dirige vers une liste commune », confirme un élu de la gauche parisienne. « C’est plutôt en bonne voie », selon un socialiste. Ce qui par ailleurs arrangerait le PCF. Avec 11 conseillers de Paris, « en partant seul, c’est serré », reconnaît un communiste.De l’autre, une liste d’union serait bien vue de la maire de Paris, la socialiste Anne Hidalgo. « C’est un signal important aussi avant les prochaines municipales. C’est une manière de montrer l’unité de la majorité », décrypte un élu du Conseil de Paris.

Le communiste Ian Brossat probable candidat

Si rien n’est encore totalement arrêté, ni figé, la liste devrait, selon plusieurs sources, être menée par le sortant Rémi Féraud. Il préside le groupe de Paris en commun de la majorité, à la mairie de Paris. « Et le président du groupe conduit la liste, traditionnellement », souligne un socialiste parisien. La seconde place revenant automatiquement à une femme, elle serait occupée par Marie-Pierre de la Gontrie, l’autre sortante (David Assouline ne se représente pas, tout comme Marie-Noëlle Lienemann, élue sur la liste PS en 2017, avant de rejoindre le groupe communiste).En cas de liste commune avec le PCF, le nom du communiste Ian Brossat revient plusieurs fois pour occuper la troisième place. Si le PCF mène sa propre liste, il y a de « forte probabilité » pour que l’adjoint au logement d’Anne Hidalgo soit de toute façon candidat pour son parti.

« Rebonds éventuels du congrès du PS »

Si tout n’est pas encore acté, la cinquième place pourrait être occupée par Bernard Jomier, sénateur sortant apparenté au groupe socialiste. Il est à la tête du micro parti Paris en commun, qui rassemble les élus pros Hidalgo qui ne sont pas membre du PS.Pour la quatrième place, c’est là que ça se corse. « Là, c’est tout le débat. Qui sera la femme socialiste ? Tout ça n’est du tout clair », confie un connaisseur du dossier. Le nom de Colombe Brossel, adjointe PS de la mairie de Paris en charge de la propreté, revient régulièrement. Mais du côté de la direction du Parti socialiste, on pousse en faveur de Fatima Yadani, trésorière du parti, et soutien d’Olivier Faure. Un deuxième nom est aussi mis sur la table, celui de Maxime Des Gayets, conseiller régional d’Ile-de-France. « La majorité du parti représente 40 % à la fédération de Paris. Donc on exige une place de sénateur à Paris », glisse un soutien du premier secrétaire. « On est dans les rebonds éventuels du congrès du PS », constate une socialiste parisienne, « et comme ils nous ont écrasé le pied aux législatives, le climat est assez tendu ».👉 Lire aussi : Sénatoriales 2023 : comment va se dérouler la seule élection de cette année ?

Laurence Rossignol candidate à Paris ?

A moins qu’une autre option sorte du chapeau socialiste. Celle de Laurence Rossignol. Actuellement sénatrice PS de l’Oise, la vice-présidente du Sénat voit sa place contestée par le premier fédéral du département de l’Oise, Alexandre Ouizille, un soutien d’Olivier Faure. La fédération du département a déjà acté en ce sens. Un communiqué a été publié ce jeudi. 
Une décision qui passe mal chez certains sénateurs socialistes. « C’est inadmissible ! » lâche l’un d’eux. « Laurence Rossignol est un pilier du groupe », soutient un autre, un poids lourd du groupe, « et sa personnalité est nationale ». L’ancienne ministre est très active sur le dossier des droits des femmes. Par ailleurs, alors que l’heure est à la féminisation des postes d’élus, il paraît difficile de remplacer une sénatrice, sortante donc, et féministe qui plus est, par un homme…Si la liste de l’Oise en restait là, certains imaginent déjà une « piste de sortie », ou plutôt « un terrain d’atterrissage » pour Laurence Rossignol : Paris. C’est là que la quatrième place entre en jeu. « Ça peut être une solution de compromis qui pourrait peut-être aller à tous », confie un membre de la direction du PS. Il faudra aussi attendre le vote des militants, prévu courant mai. Il est généralement suivi. Mais « le national » a le dernier mot, et peut en décider autrement, au cas par cas. « Et Paris pourrait faire partie des cas par cas », dit-on. Mais ce choix se ferait forcément au détriment d’une autre femme, donc compliqué… « Tout ça prend du temps et on n’y est pas encore. Rien n’est tranché », ajoute le même membre de la direction, prudent. « C’est prématuré. On en est aux prémices », ajoute une élue de Paris. Il faut donc encore laisser le temps aux escargots de dégorger… Les candidats ont jusqu’au 24 avril pour déposer leur candidature à Paris, avant un vote par le conseil fédéral le 10 mai, et un éventuel vote des militants, s’il y a une deuxième liste, vers le 22 mai.

14 candidats à la candidatures chez les écologistes

Du côté des écologistes, Europe-Ecologie-Les Verts semble vouloir partir pour l’heure avec sa propre liste, même si les socialistes sont prêts à leur tendre la main pour une liste d’union de toute la gauche. Les écolos connaîtront forcément une progression, conséquence des dernières municipales. Ils passeront ainsi d’un à deux sièges assurés.De quoi aiguiser les appétits, puisque chez les écolos, on ne compte pas moins de… 14 candidats à la candidature ! 9 hommes : l’ancien candidat à la présidentielle Yannick Jadot, tout comme Jean-Baptiste Pegeon, son ancien directeur adjoint de campagne… – « peu connu, mais une étoile montante », dixit un élu parisien – ou encore l’adjoint à la mairie de Paris Frédéric Hocquard, Jérôme Gleize, Floran Dupuis, Thomas Galarneau, Denis Gouzerh, Loïc Munier et Thomas Perraud. Et 5 femmes : Antoinette Guhl, Alice Coffin, Anne Souyris, l’adjointe à la mairie de Paris Sandrine Charnoz et Frédérique Dutreuil. Il y aura un vote sur le collège homme et un vote sur le collège femme.

« Ça se joue entre Antoinette Guhl, Anne Souyris et Alice Coffin. Et entre Yannick Jadot et Jean-Baptiste Pegeon »

Yannick Jadot est soutenu par « pas mal de gens de la direction », selon une écologiste, tout comme Antoinette Ghul, qui fait un peu figure de candidate de la direction, « du moins d’une partie ». « Ça se joue entre Antoinette Guhl, Anne Souyris et Alice Coffin. Et entre Yannick Jadot et Jean-Baptiste Pegeon », décrypte un élu EELV de Paris, qui connaît bien les rapports de force.Sur le fond, « il y a une problématique Nupes, ou pas Nupes. Est-ce qu’on renforce le groupe au Sénat, avec une approche un peu différente ? Ou on envoie des gens au Sénat qu’on recase ? » décrypte un connaisseur des enjeux internes. Le débat pourrait tourner aussi à un remake de la primaire écolo, autour de l’idée d’une écologie plus consensuelle ou plus clivante et dans le rapport de force. Sur cette ligne, Alice Coffin, une proche de Sandrine Rousseau, mène campagne avec une équipe de militants écologistes, féministes et anti-racistes, dont l’ambition est « d’aller investir une institution comme le Sénat ». Une Haute assemblée, dont le blason a été redoré, auprès de certains militants écolos, avec les commissions d’enquête Benalla ou sur les cabinets de conseil. « Est-ce qu’il n’y aurait pas une nouvelle hype à monter ? » sourit une écologiste. Pour départager les candidats à la candidature, un débat est organisé entre eux le 12 avril, avant un vote des militants du 13 au 16 avril. Les instances nationales devront encore valider les choix début mai.

A droite, Rachida Dati propose une liste sans Pierre Charon…

A droite, comme souvent, certaines dissensions internes peuvent compliquer les choses. Sur le papier, les LR peuvent faire 4 sièges, comme aujourd’hui. Lundi, Rachida Dati a réuni les membres de son groupe « Changer Paris » pour leur présenter les quatre noms qu’elle propose pour mener la liste. Une liste définie avec les maires d’arrondissements qui peuvent « faire » un siège, car apportant « le gros des troupes », c’est-à-dire le 15e, le 16e et le 17e, ainsi que les parlementaires de la capitale.La maire du 7e soutient ainsi la sénatrice sortante Catherine Dumas, suivie du maire du 16e arrondissement, Francis Szpiner, qui avait soutenu le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, pour la présidence des LR. Viennent ensuite la députée européenne Agnès Evren, conseillère de Paris du 15e, et enfin Jean-Baptiste Olivier, conseiller du 13e.

… mais Pierre Charon compte bien se représenter

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Car un autre sortant, Pierre Charon, un fidèle sarkozyste à l’origine, compte bien se représenter. La prochaine étape qui va compter sera celle de la commission d’investiture sénatoriale, avec Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Roger Karoutchi et Gérard Longuet, en tant qu’ancien président du groupe, prévue fin avril ou début mai. « Elle sera sur la protection des sortants », selon un sénateur LR. « La tradition veut qu’on reconduise les sortants. Mais il y a un cas particulier pour Pierre Charon, c’est qu’il n’est plus au Conseil de Paris, et c’est là que sont les électeurs », glisse un élu de droite. Mais rien n’empêche d’être candidat sans être membre du Conseil de Paris. L’avis de cette commission sénatoriale sera important évidemment. In fine, c’est la commission nationale d’investiture des LR, qui décidera et validera officiellement les investitures. Et Eric Ciotti aura son mot à dire.La bataille interne n’est pas encore jouée, car selon un élu LR, « Francis Szpiner est détesté par certains et Agnès Evren est contestée ». On évoque d’autres noms pour être sur la liste, comme Marie-Claire Carrère-Gée ou Valérie Montandon. « Il y a des pourparlers, ça discute », pour l’heure. Pour régler les désaccords, deux listes officielles pourraient être présentées – cela s’est déjà vu dans d’autres départements – même si ce n’est pas l’option idéale. « S’il y a deux listes, dans un microcosme comme celui du Conseil de Paris, ce serait suicidaire », rétorque un soutien de Rachida Dati, pour qui les sénatoriales doivent être « la première étape de la reconquête municipale ».

Les macronistes ne peuvent sur le papier pas faire élire de sénateur

Enfin, n’oublions pas les macronistes dans ce théâtre parisien. Mais les sénatoriales s’annoncent compliquées pour eux dans la capitale. Car avec seulement cinq conseillers de Paris, ils ne peuvent théoriquement pas avoir de sénateur. Le sortant Renaissance, Julien Bargeton, a malgré tout été déjà investi par sa formation. Un empressement qui est mal passé chez les alliés d’Horizons, où le conseiller de Paris Pierre-Yves Bournazel verrait bien les choses autrement, ou chez ceux du Modem. En cas de listes dissidentes, c’est là que des surprises pourraient arriver, en faveur d’une liste ou d’une autre, grâce au mode de calcul au plus fort reste. Tout n’est pas totalement écrit d’avance. Paris réserve souvent quelques surprises.

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