Élisabeth Borne veut s’armer d’un « bouclier anti-licenciements » dans le budget 2021
La ministre du Travail et de l’Emploi a présenté devant le Sénat les grandes lignes du projet de loi de finances pour 2021, en insistant sur l’accompagnement des jeunes, notamment via les primes à l’embauche.

Élisabeth Borne veut s’armer d’un « bouclier anti-licenciements » dans le budget 2021

La ministre du Travail et de l’Emploi a présenté devant le Sénat les grandes lignes du projet de loi de finances pour 2021, en insistant sur l’accompagnement des jeunes, notamment via les primes à l’embauche.
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Parmi les ministères qui risquent d’avoir une année 2021 chargée, on pense fatalement au ministère du Travail, dans un contexte de récession brutale pour 2020. Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, a rappelé au Sénat que ses services auront un rôle fondamental pour « préserver les emplois » ou « accompagner les citoyens » dans la formation, et malheureusement aussi dans la reprise d’activité. La ministre était auditionnée ce 18 novembre par la commission des affaires sociales, dans le cadre de ses travaux préparatoires sur le projet de loi de finances (PLF) pour 2021 qui arrive en discussion au Sénat.

Malgré un troisième trimestre qui a redonné du baume au cœur à la rue de Grenelle sur le front du rebond économique et des créations d’emplois, les destructions d’emploi seront plus nombreuses à l’échelle de l’année 2020, d’autant plus avec le reconfinement du 30 octobre. C’est dans ce contexte morose que la ministre a présenté un « budget ambitieux, qui mobilise des moyens sans précédent ». Hors plan de relance, le budget du cœur de mission du ministère (le travail et l’emploi) va augmenter de 400 millions d’euros, pour atteindre 13,2 milliards d’euros en 2021.

« La réponse massive du budget 2021 »

À cela va s’ajouter 10 milliards d’euros, tirés du plan de relance à 100 milliards d’euros, avec comme idée centrale, par exemple, les investissements dans la formation pour les emplois de demain. Si elle a salué ces orientations à la hausse et les arbitrages arrachés par la ministre auprès de Bercy, la commission des Affaires sociales – et elle n’est certainement pas la seule – a regretté un budget « fragmenté » en plusieurs missions, à cause d’un plan de relance séparé dans la comptabilité. « Cela nuit à la lisibilité du budget », a regretté la sénatrice LR Frédérique Puissat. Et donc, au contrôle.

Face à la crise, Élisabeth Borne a défendu la « réponse massive » du budget 2021, un « bouclier anti-licenciements », selon elle, « pour sauver et développer les emplois » mais aussi « réarmer » les « entreprises pour qu’elles soient compétitives. » Elle a détaillé les chiffres : 7,6 milliards d’euros mobilisés pour prendre en charge l’activité partielle. Sur ces 7,6 milliards d’euros, 2,2 sont pris en charge par l’Unédic, l’Assurance chômage.

D’où la question de la rapporteure Frédérique Puissat : la dette de cet organisme paritaire, qui verse les allocations aux demandeurs d’emploi, sera-t-elle soutenable ? « Cela fait partie des chantiers que nous aurons dans le cadre de l’agenda social », a répondu la ministre. À l’image de la dette de l’Assurance maladie transférée vers une caisse d’amortissement, la ministre n’a pas exclu d’isoler le produit de la dette causée par la Covid-19 pour l’Unédic, afin de ne pas la pénaliser pour des causes exogènes ou des décisions gouvernementales de gestion de crise.

« On ne souhaite pas que ce soit une génération sacrifiée »

De façon générale, Élisabeth Borne a centré son propos sur l’accompagnement des nouveaux diplômés, qui arrivent sur le marché de l’emploi dans une période chamboulée. Le ministère du Travail va s’appuyer sur le plan « un jeune, une solution », doté de 5,7 milliards d’euros, dont 3,6 mobilisables en 2021. Depuis l’été, ce sont ainsi des primes versées aux entreprises pour l’embauche de jeunes ou des signatures de contrats d’alternance. Actuellement, ce sont 100 000 demandes de primes à l’embauche qui ont été enregistrées, selon elle. Les sénateurs ont exprimé leur crainte que ces dispositifs ne soient que temporaires.

Revenant sur les chiffres de l’été, la ministre a salué des « signaux » positifs. D’août à septembre, 700 000 embauches de moins de 26 ans ont été constatées en France (CDD de plus de 3 mois ou CDI), soit +1,3 % par rapport à 2019. Quant à l’apprentissage, 314 000 contrats étaient comptabilisés mi-octobre. Je suis convaincue qu’on va dépasser le score très dynamique de 2019 », a même fait savoir la ministre (486 000 l’an dernier). « On ne souhaite pas que ce soit une génération sacrifiée, comme on a pu le dire. » Pour autant, « on n’est pas en train de dire que la situation de l’emploi est formidable », a-t-elle concédé. L’Insee a recensé 650 000 destructions d’emploi dans le privé au premier semestre, et 340 000 créations nettes au troisième trimestre : le solde reste négatif. Pôle emploi va bénéficier d’une enveloppe supplémentaire de 250 millions d’euros, pour renforcer ses équipes.

Elisabeth Borne a par ailleurs annoncé, pêle-mêle, un total de 420 000 jeunes qui seront accompagnés l’an prochain, 50 000 places en garantie jeune, un coup de pouce de 100 millions d’euros pour le financement des missions locales (+ 27 %) ou encore 93 millions d’euros mobilisables pour les emplois francs, dans les quartiers prioritaires de la ville.

« Je ne peux pas laisser dire qu’on fait du traitement statistique du chômage »

Un angle mort a été mentionné par Florence Lassarade (LR) : les petits boulots des étudiants, pénalisés par l’arrêt de la restauration, à l’approche de la fin d’année. Rappelant l’existence de l’aide de 150 euros pour les boursiers ou les allocataires des APL, Élisabeth Borne a reconnu que le ticket de resto U à 1 euro était une mesure « qui ne trouvait pas toute son efficacité ». Et pour cause, leur fréquentation a beaucoup diminué. « Sans doute on n’apporte pas toutes les réponses », a-t-elle concédé, précisant que le dialogue se poursuivait avec son homologue Frédérique Vidal (Enseignement supérieur).

De façon récurrente depuis sa présentation en septembre, les sénateurs sont nombreux à redouter que le plan de relance rate sa cible, à cause d’un manque de simplicité. Ainsi, la sénatrice Colette Mélot (groupe Les Indépendants - République et Territoires) a dit craindre un « manque de lisibilité » avec l’empilement de nouveaux dispositifs. Sensible à la remarque, Élisabeth Borne a assumé l’idée de ne « pas avoir concentré tous les dispositifs sur un dispositif ». « Une hypothèse aurait pu être de mettre tout sur les primes à l’embauche. Ce n’est pas le choix que j’ai fait. J’ai mobilisé tous les dispositifs car dans la situation des jeunes, il y a des situations extrêmement différentes », a-t-elle argumenté.

Interrogée sur le retour des contrats aidés, notamment à gauche, Élisabeth Borne a réfuté toute accusation de revirement, le quinquennat d’Emmanuel Macron ayant voulu rompre progressivement avec ce dispositif. « Je ne peux pas laisser dire qu’on fait du traitement statistique du chômage […] ça ne sert pas à masquer le chômage », s’est-elle défendue. Les contrats aidés ont été réactivés de manière « très modeste », a-t-elle insisté. Quant aux services civiques, ces derniers permettent de « répondre au souhait des jeunes qui peuvent avoir une envie de mener une mission d’intérêt générale ».

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