Elu à la tête de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille entend défendre « l’indépendance » de son parti

Elu à la tête de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille entend défendre « l’indépendance » de son parti

Le président du groupe Union centriste du Sénat succède à Jean-Christophe Lagarde à la présidence de l’UDI. Se disant aujourd’hui « dans l’opposition mais indépendant », il aura pour enjeu de définir la ligne de la formation centriste, qui mêle pro-Macron et élus proches des LR. La direction que prendront ces derniers ne sera pas sans effets sur l’UDI. « Il ne faudrait pas qu’il y ait trop de dérives » sur la droite, met en garde Hervé Marseille.
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Les LR ne sont pas les seuls à élire leur nouveau président ce week-end. L’UDI aussi. Mais il y avait moins de suspense. Sans surprise, Hervé Marseille, le président du groupe Union centriste du Sénat, a été élu président de l’Union des démocrates indépendants lors d’un congrès de la formation, avec le score de... 93,39%. Il était le seul candidat à avoir rassemblé les parrainages nécessaires pour prendre la succession de Jean-Christophe Lagarde, battu aux législatives en juin et confronté à des ennuis judiciaires.

Hervé Marseille maîtrise les arcanes de la politique… comme les imitations

L’élection d’Hervé Marseille à la tête de l’UDI confirme bien que la formation centriste est un parti d’élus. Son parcours parle pour lui-même. Sénateur des Hauts-de-Seine depuis 2011, Hervé Marseille a été maire de Meudon pendant 18 ans, ainsi que conseiller départemental et régional. Aujourd’hui, la formation compte « près de 250 maires, 150 conseillers régionaux, 250 conseillers départementaux, six députés et une trentaine de parlementaires au Sénat au sein du groupe Union centriste », détaille au Figaro le nouveau président, qui assurait déjà l’intérim depuis quelques mois.

Plutôt discret et peu connu du grand public, Hervé Marseille connaît bien les arcanes de la politique et du Parlement. Les discussions feutrées au sein des murs épais du Palais du Luxembourg n’ont pu que renforcer sa capacité à maîtriser les codes. Sans parler de ses talents d’imitateur – notamment d’anciens présidents – dont il fait parfois preuve, sous les yeux amusés des convives, lors de ses déjeuners.

« Il existe des sensibilités diverses au sein de l’UDI »

L’un des enjeux qui s’annonce pour Hervé Marseille sera la ligne de son parti. Si son groupe de l’Union centriste forme la majorité sénatoriale avec le groupe LR, les élus UDI sont de plus en plus nombreux à se tourner vers Emmanuel Macron. Au sein des 57 sénateurs du groupe UC (qui compte aussi d’autres membres de la galaxie centriste comme le Nouveau centre, le Modem et l’Alliance centriste), 8 ont parrainé le chef de l’Etat pour la présidentielle, et en juin 2019, 23 sénateurs du groupe, en partie renouvelé depuis, avaient même voté la confiance à Edouard Philippe, 28 s’étaient abstenus.

Bref, entre opposition et union avec Macron, le cœur de l’UDI balance. « Il existe des sensibilités diverses au sein de l’UDI. Certains pensent que nous sommes dans l’opposition et que nous devons y rester. D’autres voient des solutions dans un accord avec la majorité présidentielle », explique au quotidien le nouveau patron du parti centriste. A publicsenat.fr, Hervé Marseille précise sa pensée, avec cette pointe d’humour qui le caractérise :

Le centrisme est un art. C’est la diaspora centriste, on a passé notre temps à former des gens qui sont chez les autres. Il faut avoir un sens de l’équilibre assez développé !

« Nous sommes responsables, nous votons les textes quand ils nous paraissent devoir être votés »

Alors, où se situe l’UDI ? « Nous sommes dans l’opposition, mais nous sommes indépendants. Aujourd’hui, nous sommes responsables, car comme d’autres, nous votons les textes quand ils nous paraissent devoir être votés car il y a des attentes dans la population sur le pouvoir d’achat, les questions énergétiques ou des problèmes sociaux », a expliqué Hervé Marseille dans Parlement Hebdo, sur Public Sénat et LCP-AN. Regardez :

Cette liberté, qui n’est pas nouvelle, s’est renforcée depuis la réélection d’Emmanuel Macron et le contexte de majorité relative à l’Assemblée. Au Sénat, on a vu les LR et les centristes s’opposer plusieurs fois, sur les énergies renouvelables, les superprofits, l’augmentation du RSA, la CVAE ou la redevance télé. Au point que la situation crée des tensions au sein de la majorité sénatoriale. « Il n’y a pas mort d’homme », nous confiait le patron du groupe centriste.

Lire aussi » Au Sénat, zone de turbulence entre les LR et les centristes

« Une droite qui se referme sur elle-même, qui regarde sur sa droite, ou qui a des partenaires ? »

Le résultat de la bataille interne chez les LR, qui va départager Eric Ciotti de Bruno Retailleau, ne sera pas sans conséquence pour la suite. « Est-ce que les LR ont envie d’avoir des partenaires ? » demande Hervé Marseille. Comprendre, des partenaires centristes. « Nous verrons la ligne politique qui sera définie par la prochaine direction des LR. Les LR essaient de voir quel type de droite va présider au mouvement. Est-ce que c’est une droite niçoise, vendéenne ? Je ne sais pas si c’est une droite qui se referme sur elle-même, qui regarde sur sa droite, ou qui a des partenaires, et comment ça se passe en 2023 à l’Assemblée pour avoir des majorités ? » demande le nouveau président de l’UDI, qui « attend d’avoir des orientations ». Autrement dit, si les LR oublient le centre droit, la nature ayant horreur du vide, l’UDI sera tentée d’aller voir ailleurs, en l’occurrence de se tourner davantage vers le camp présidentiel.

« Il ne faudrait pas qu’il y ait trop de dérives car sinon, ça va être une action de la droite avec la droite », nous précise Hervé Marseille, qui ajoute :

J’ai toujours entendu Gérard Larcher parler de l’union de la droite avec le centre. Je ne voudrais pas que ça devienne l’union de la droite avec la droite, c’est tout.

Une évolution des LR qui pourrait ne pas être sans conséquence sur le Sénat. Pour l’heure, Hervé Marseille assure dans Le Figaro qu’« au sein de la majorité sénatoriale, il n’y a pas de problème. Nous travaillons en partenariat sous l’autorité de Gérard Larcher, avec le groupe LR et d’autres ».

« Je fais quand même remarquer qu’on est les seuls à ne pas avoir de gens au gouvernement »

Reste que le sénateur estime que « 2023 devra montrer la capacité des partis politiques à trouver des solutions. C’est ce que les Français attendent ». Au point de faire partie un jour du gouvernement ? Des sénateurs LR glissent que leurs homologues centristes sont très courtisés et se retrouvent invités dans les ministères.

De son côté, Hervé Marseille relève « qu’au sein du gouvernement, figurent des gens issus de toutes sortes de partis, sauf de l’UDI ». « Quand certains nous accusent de collaboration, si je puis dire, trop prononcée, avec la majorité présidentielle, je fais quand même remarquer qu’on est les seuls à ne pas avoir de gens au gouvernement », nous précise l’élu des Hauts-de-Seine. Autrement dit, ce serait une preuve que l’UDI n’est pas si proche de l’exécutif, comme certains voudraient bien le laisser croire.

Les sénatoriales en ligne de mire

Après des législatives où l’UDI partait avec son allié traditionnel LR, mais où « les négociations étaient déséquilibrées. On n’avait pas ressenti une très nette volonté de collaboration », grince Hervé Marseille aujourd’hui, le prochain scrutin à venir sera les sénatoriales, en septembre 2023. La moitié des sièges sont en jeu. Pourra-t-il y avoir de nouveaux des accords LR-UDI ? « On en reparlera le moment venu », tempère le nouvel homme fort de l’UDI. Hervé Marseille rappelle que « les sénatoriales sont des élections particulières, avec presque autant de situations que de départements ». Dans l’intérêt de chaque formation, il vaut mieux ainsi parfois partir séparés dans ce scrutin où ce sont les grands électeurs qui élisent les sénateurs.

Il faudra mettre dans l’équation Horizons, le parti d’Edouard Philippe, qui compte 7 sénateurs sur les 14 du groupe Les Indépendants aujourd’hui, et qui présentera des candidats aux sénatoriales. Avec sa stratégie d’implantation locale, avec des mairies comme Nice, Angers, Reims, Fontainebleau, sans oublier bien sûr Le Havre, Horizons fera sans aucun doute des sièges. Et taillera des croupières dans le groupe Union centriste en attirant une partie de ses membres ? « Les sénateurs de mon groupe sont des gens libres, ils sont assez grands », tempère Hervé Marseille, « et les sénatoriales, c’est en septembre, autant dire une éternité ». La sagesse toute sénatoriale de l’élu francilien sera, à n’en pas douter, utile à Hervé Marseille pour diriger l’UDI.

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