Emeutes : « Au lieu de laisser accuser les mères, je vous propose de les aider à survivre », plaide Laurence Rossignol

Le débat sur la responsabilité des parents des émeutiers s’est invité au Sénat lors de la séance de questions au gouvernement du mercredi 5 juillet. La sénatrice socialiste Laurence Rossignol a dénoncé la ligne gouvernementale et appelle plutôt à aider les mères des quartiers prioritaires. Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, a lui réaffirmé le devoir des parents envers leurs enfants.
Stephane Duguet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Laisse pas traîner ton fils si tu veux pas qu’il glisse », rappait le groupe NTM, il y a 25 ans. La musique en moins, la gravité politique en plus, c’est ce message de responsabilisation des parents que martèlent le chef de l’Etat et les membres du gouvernement depuis vendredi dernier. Une adresse formulée dans un contexte où les scènes de violences et de pillages se multipliaient en France après la mort de Nahel, 17 ans, tué par un policier à Nanterre (Hauts-de-Seine) après un refus d’obtempérer.

Ce débat s’est invité jusque sur les bancs du Sénat où la socialiste Laurence Rossignol a tenu à faire part de son « malaise » lors de la séance de questions au gouvernement de ce mercredi 5 juillet. L’appel à la responsabilité des parents a été propulsé sur le devant de la scène par Emmanuel Macron suite du comité de crise interministériel du 30 juin. Cette ligne politique a ensuite été reprise par Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur ou encore Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, alors que la moyenne d’âge des jeunes arrêtés est de 17 ans.

Capture Public Sénat

« 40 % de mères seules » dans certains immeubles

C’est ce dernier qui a dû répondre à la sénatrice de l’Oise. Laurence Rossignol a dénoncé « le procès des quartiers prioritaires », « une véritable manipulation fondée sur une part de mensonge et une part d’ignorance… j’espère », précise-t-elle. Elle critique d’abord l’idée selon laquelle ces quartiers bénéficieraient d’aides massives de l’Etat. « Non les quartiers prioritaires ne sont pas inondés de subventions publiques payées par des bons français méritants. 6100 euros par habitant par an dans les quartiers prioritaires, 6800 dans les autres quartiers », avance la sénatrice socialiste.

Elle tient également à attirer l’attention sur la situation des parents dans certains de ces quartiers : « Dans certains immeubles, vous avez 40 % de mères seules qui enchaînent deux ou trois boulots par jour, qui gardent les enfants des autres, les nôtres souvent, et qui ne peuvent pas faire garder les leurs ». Celle qui est aussi membre de la délégation aux droits des femmes lance au gouvernement : La sénatrice est d’accord pour poursuivre les « pères évaporés » au motif d’ » abandon de famille » et enjoint à s’intéresser « à la violence que les enfants ont subie chez eux avec leurs mères et leurs pères. »

L’ancienne ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes de François Hollande poursuit : « Au lieu de laisser accuser les mères, je vous propose de les aider à survivre […] Misons sur les mères pour remettre les quartiers d’aplomb, ce serait notre meilleur investissement. »

Capture Public Sénat

« Il y a aussi chez nous des enfants arrêtés, placés en garde à vue, mis en examen, condamnés »

Dans sa réponse, le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti a confirmé qu’il ne voulait pas d’une nouvelle loi et qu’il avait seulement rappelé au procureur les dispositions législatives existantes. « On ne veut pas poursuivre les parents, c’est une caricature. J’ai dit moi-même qu’il n’était pas question de supprimer les allocations », explique le garde des Sceaux qui avait appelé les familles à « tenir leurs gosses ».

Devant les sénateurs, il réitère le message. Les parents ont « une obligation morale à l’égard de leurs enfants », estimant que « ceux qui ne le font pas méritent d’être sanctionnés ». L’avocat de profession tient aussi à signaler que le principe de responsabilité civile, « quand les enfants cassent, les parents paient, ça existe depuis toujours ». En conclusion, Eric Dupond-Moretti dit avoir rédigé un « flyer » à l’attention des parents pour leur rappeler leurs obligations.

Capture Public Sénat

La sénatrice de l’Oise « prend acte du fait que, pour vous, la loi suffit aujourd’hui » mais ne manque pas d’interpeller les parlementaires et les ministres présents. « Il y a aussi chez nous des enfants arrêtés, placés en garde à vue, mis en examen, condamnés. Nos enfants ne sont ni meilleurs ni pires que ceux des autres », observe-t-elle, alors que le fils du ministre de la Justice est mis en examen pour violences conjugales. Ainsi, elle invite les élus à « plus d’empathie et de bienveillance » envers les parents des quartiers prioritaires : « Ils font comme nous, comme ils peuvent, au mieux. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Blois: Political figure at summer convention campusPS.
9min

Politique

« Elle est capable de tout, de balancer un scud » : la présence de Ségolène Royal dans la primaire PS va-t-elle rebattre les cartes pour Raphaël Glucksmann ?

Candidate à la primaire PS/Place Publique, Ségolène Royal va-t-elle bousculer le scénario où Raphaël Glucksmann serait désigné ? « Il y a deux lignes politiques différentes dans la primaire : celle de l’union de la gauche », défendue par Ségolène Royal, et celle « d’union avec le centre droit » de Raphaël Glucksmann, pointe le directeur de campagne de la candidate, Luc Carvounas. Un point commun avec Olivier Faure, qui pourrait faire sens en cas de second tour face au candidat Place Publique…

Le

Paris : Rassemblement Loi Intégrale et Lyhanna
5min

Politique

Loi intégrale : les 1,5 milliard d’euros annoncés par le gouvernement sont-ils à la hauteur des besoins revendiqués par les associations ?

Dans une tribune publiée mardi 15 septembre dans Le Monde, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé près de 1,5 milliard d’euros pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles en 2027, auxquels s’ajouteraient 2,6 milliards d’euros pour la protection de l’enfance. Des montants que les associations jugent insuffisants pour financer l’ensemble des mesures prévues par la « loi intégrale ».

Le

Paris: Conference de presse Bruno Retailleau pouvoir d achat
4min

Politique

Budget : Bruno Retailleau demande au gouvernement le retour de la réforme des retraites

Sur franceinfo, le candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau a développé un peu plus la ligne de responsabilité qu'il entend incarner en indiquant que sa famille politique allait demander le retour de la réforme des retraites dans le prochain budget. Une réforme que le gouvernement avait suspendue l'année dernière, dans le cadre d'un compromis avec les socialistes.

Le

Rachida Dati and Carlos Ghosn Face Corruption Trial in Paris
5min

Politique

Ouverture du procès pour corruption de Rachida Dati : retour sur l’affaire

Rachida Dati a-t-elle touché 900 000 euros pour soutenir les intérêts de Renault au Parlement européen ? L'ex-ministre de la Justice comparaît à partir de ce mercredi 16 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris dans un retentissant procès pour corruption et trafic d'influence, jugée avec l'ex-PDG de Renault-Nissan CV (RNCV), Carlos Ghosn, absent à son procès aujourd’hui, pour avoir perçu de l'argent du constructeur lorsqu'elle était eurodéputée.

Le