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Emeutes : les sénateurs divisés sur les pistes de sortie de crise

Après une semaine de violences urbaines liées à la mort du jeune Nahel, tué par un policier lors d’un refus d’obtempérer, droite et gauche se divisent sur les pistes de sortie de crise, entre mesures répressives et mesures structurelles en faveur de la politique de la ville et des services publics.
Simon Barbarit

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« Nous ne sommes pas d’accord sur le diagnostic, alors je ne suis pas sûr qu’un débat parlementaire va apporter de l’apaisement ». Le sénateur LR de l’Oise, Jérôme Bascher est plus que dubitatif sur l’initiative de ses collègues socialistes qui ont demandé lundi au gouvernement la tenue d’un débat au Parlement afin de confronter les propositions et d’impliquer un peu plus le pouvoir législatif dans la gestion des émeutes qui ont suivi la mort de jeune Nahel, tué par un policier lors d’un refus d’obtempérer.

Lundi soir, la réception des groupes parlementaires à Matignon, c’est soldé par un antagonisme indépassable, entre d’un côté, la droite, l’extrême droite et l’exécutif centrés sur une réponse sécuritaire et répressive, et de l’autre la gauche qui appelle à des mesures structurelles en faveur de la politique de la ville et des services publics.

« Un refus total du gouvernement d’aborder des questions de fond »

« C’était assez stupéfiant et inquiétant. Je n’ai pas eu l’impression d’une prise de conscience chez Élisabeth Borne. C’est comme si elle avait à faire face à une petite crise et qu’avec de la répression tout allait rentrer dans l’ordre. Il y a un refus total du gouvernement d’aborder des questions de fond », rapporte, Guillaume Gontard, le président du groupe écologiste du Sénat.

Le sénateur de l’Isère se dit même choqué par les propos de son collègue Bruno Retailleau. Le patron des sénateurs LR a défendu, hier soir, une certaine idée de l’unité républicaine mais a cependant durement attaqué La France Insoumise, « qui a choisi son camp ». Ce n’est pas le camp de la République, c’est le camp de la violence théorisée », selon lui. « Parler de deux camps, ce n’est pas républicain. Dans la République, il n’y a qu’un camp », rétorque Guillaume Gontard.

D’un bout à l’autre de l’échiquier politique semble s’installer un dialogue de sourds sur les solutions restaurer durablement l’apaisement dans le pays. « Moi, par exemple je ne suis pas d’accord avec le laisser-aller de M.Piolle (maire écologiste de Grenoble) et son refus de déployer des caméras de vidéosurveillance dans sa ville. Pour faire société, il faut un préalable, c’est accepter l’autorité », souligne Jérôme Bascher.

La veille Bruno Retailleau s’était « félicité » que le ministre de la Justice ait rappelé que la loi permet « d’engager la responsabilité des familles ». Mais pour lui, il faudra aller plus loin, et « rétablir la possibilité de priver ces familles d’allocations sociales et familiales. Quand il n’y a pas de responsabilité familiale, qu’il n’y a pas de devoirs assumés, il n’y a donc pas de droits consacrés ». Sans oublier un troisième élément de réponse cher au chef de file de la droite sénatoriale : « Mettre fin au chaos migratoire ».

En visite dans une caserne du XVIIème arrondissement de Paris, lundi, Emmanuel Macron a d’ailleurs confirmé la volonté de l’exécutif de cibler les parents des émeutiers. « Il faudrait qu’à la première infraction, on arrive à sanctionner financièrement et facilement les familles, une sorte de tarif minimum dès la première connerie », a-t-il glissé aux policiers.

« Rétablir l’ordre et appliquer les sanctions pour que cesse ce sentiment d’impunité chez les casseurs »

Pour le chef de file des sénateurs macronistes, François Patriat, la réponse de l’exécutif est adaptée à la temporalité. « Dans un premier temps, il est difficile de faire autre chose que ce que demandent les Français. C’est-à-dire rétablir l’ordre et appliquer les sanctions pour que cesse ce sentiment d’impunité chez les casseurs. Il y a quand même eu 1 milliard de dégâts et 700 policiers blessés. Hier, à Matignon à part Mathilde Panot (présidente du groupe LFI à l’Assemblée) qui veut désarmer la police, je n’ai pas entendu beaucoup de propositions ».

Et pourtant, à gauche certains attendent des signes d’une sortie par le haut. « Nous avons besoin d’un grand plan de redressement des services publics dans la prochaine loi de finances, aussi bien pour les territoires ruraux qu’urbains ou les habitants se sentent abandonnés. C’est ça qui divise les Français », appuie la sénatrice membre du groupe communiste, Marie-Noëlle Lienemann. « Il y a une crise éducative. Les enseignants n’ont plus les moyens d’exercer leurs missions, il faut un périscolaire plus encadré, mais on a appauvri le pays par des choix fiscaux. Même si les formules de la France Insoumise n’étaient pas forcément bien choisies, il faut reconnaître qu’on a un problème avec la police pour qui il faut exiger une déontologie totale. On ne peut pas laisser dire aux syndicats de policiers qu’il existe des ennemis de l’intérieur, c’est l’illustration d’un pouvoir faible », ajoute-t-elle.

Une « loi d’urgence » pour la reconstruction

Guillaume Gontard demande lui aussi de « réinterroger la relation entre police et citoyens ». « On ne rend pas service à la police en refusant ce débat », estime-t-il en rappelant les propositions de son groupe lors de l’examen de la loi Lopmi, telle que la réforme de l’IGPN, la généralisation des caméras piétons ou la délivrance de récépissés pour les contrôles d’identité. Il plaide également pour la mise en place rapide « d’un fonds d’indemnisation spécifique pour remettre en état les services publics ».

Sur ce point, Emmanuel Macron a annoncé mardi devant des maires de villes touchées par les émeutes, un projet de « loi d’urgence » pour accélérer la reconstruction des bâtiments, du mobilier urbain et des moyens de transport.

Ancien maire de Bondy, le sénateur socialiste de Seine-Saint-Denis, Gilbert Roger regrette l’absence de « grand plan de cohésion sociale basé sur l’humain ». « Dans ma ville, on a reconstruit des immeubles mais il n’y a toujours pas de mixité sociale. Ça reste un ghetto social. On a supprimé la taxe d’habitation. Ça a laissé les communes exsangues pour recruter des personnels, relancer des centres de vacances, les maisons de parents… »

« Il y a un déficit d’adultes dans ces quartiers »

Reviennent alors dans l’esprit de certains élus de droite comme de gauche (voir notre article), certaines préconisations du rapport Borloo remis en 2018 mais non retenu par Emmanuel Macron. L’ancien ministre de la Ville avait élaboré en concertation avec des élus locaux de tous bords « 19 programmes robustes, structurants, innovants » pour « faire revenir la République » dans les quartiers face au « repli identitaire et communautaire ». « Il y a un déficit d’adultes dans ces quartiers. Ils ont besoin d’une présence qui ne soit pas que répressive. Jean-Louis Borloo, qui n’était pas un gauchiste, préconisait la construction de cités éducatives, de cantines gratuites, de co-construction de la sécurité publique avec des postes d’adultes-relais. Des mesures pour recréer la concorde nationale », souligne Guillaume Gontard.

« Le rapport Borloo n’a pas été rejeté globalement », tempère François Patriat en rappelant que le bâti a continué d’être rénové depuis le premier mandat d’Emmanuel Macron. Le sénateur de la Côte d’Or indique par ailleurs qu’il a bien été question de solutions « pour remettre de l’humain et de la solidarité dans les quartiers » lors du petit-déjeuner hebdomadaire de la majorité, ce matin, « sans pistes concrètes pour l’instant », précise-t-il, renvoyant au prochain discours d’Emmanuel Macron le 14 juillet prochain.

 

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