Emmanuel Macron achève sa visite dans une Guyane toujours sous tension
Emmanuel Macron achève samedi sa visite de 48 heures en Guyane dans un climat toujours tendu, six mois après le large mouvement social du...

Emmanuel Macron achève sa visite dans une Guyane toujours sous tension

Emmanuel Macron achève samedi sa visite de 48 heures en Guyane dans un climat toujours tendu, six mois après le large mouvement social du...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron achève samedi sa visite de 48 heures en Guyane dans un climat toujours tendu, six mois après le large mouvement social du printemps, en exposant le chantier des Assises des Outre-mer, une de ses promesses de campagne.

La veille au soir, le chef de l'Etat avait renoncé à se rendre dans un commissariat de Cayenne devant lequel l'attendaient 150 manifestants du collectif Pou Lagwiyann dékolé (Pour que la Guyane décolle), dans une ambiance tendue mais sans heurts. Il avait choisi à la place de se rendre dans deux quartiers très défavorisés, le Rond-point des 100 boîtes aux lettres à Matoury et le quartier de la Crique à Cayenne, surnommé parfois "Chicago", où l'accueil a été bon.

Emmanuel Macron serre la main de techniciens lors d'une visite du Centre spatial de Guinée à Kourou, le 27 octobre 2017
Emmanuel Macron serre la main de techniciens lors d'une visite du Centre spatial de Guinée à Kourou, le 27 octobre 2017
POOL/AFP

Avant de s'envoler pour Paris, M. Macron exposera l'objectif des Assises des Outre-mer, censées rassembler société civile, acteurs économiques et pouvoirs publics dans tous les territoires ultramarins pour leur permettre, selon l'exécutif, "de se réinventer en territoires d'excellence et d'innovation", tout en redonnant "la parole à ceux qui ne la prennent plus et ont perdu confiance en l'action publique".

Il s'agit, souligne le président de la République, d'"une méthode innovante" basée sur "une responsabilité partagée" entre l'Etat et chaque territoire ultramarin, qui permettra d'établir une feuille de route par territoire, via des remontées de terrain et des consultations, d'ici le printemps 2018.

Le président Emmanuel Macron parle aux habitants du quartier de Cogneau Lamirande, à Matoury en Guyane, le 27 octobre 2017
Le président Emmanuel Macron parle aux habitants du quartier de Cogneau Lamirande, à Matoury en Guyane, le 27 octobre 2017
POOL/AFP

Vendredi soir, lors de sa visite surprise dans les quartiers difficiles de Cayenne et de sa périphérie, Emmanuel Macron avait dit vouloir "se confronter à la réalité du terrain", dans ces lieux où vivent une majorité de clandestins, souvent jeunes, venus d'Haïti, du Surinam, du Brésil ou du Guyana.

- Parole de l'Etat respectée -

"Je voulais venir voir, parce qu'il fallait expliquer à des jeunes qui disent +on demande des papiers+, qu'on ne peut pas donner des papiers à tout le monde", a expliqué Emmanuel Macron, en insistant sur quelques mesures annoncées un peu plus tôt pour faire face aux difficultés que connaît ce vaste territoire français d'Amérique du sud de 83.000 km2 : immigration clandestine massive, insécurité croissante, défaillances dans les services de santé et le système scolaire, taux de chômage très élevé (23%).

Visite de Macron en Guyane
Données sur la Guyane où le président Emmanuel Macron est arrivé jeudi et où ont eu lieu des affrontements dans la soirée entre forces de l'ordre et manifestants réclamant que l'Etat tienne ses promesses
AFP

Pendant qu'il discutait, dans ambiance très détendue, avec la population, M. Macron a questionné : "Dis donc, il y en qui ne fument pas que des cigarettes, hein ?". "J'ai encore du nez", a-t-il plaisanté, avant d'ajouter, face aux éclats de rire: "Ca, ça ne va pas vous aider à bien travailler à l'école (...) Il faut le dire aux plus jeunes !"

Le président a en outre évoqué l'accélération du renforcement des effectifs de sécurité, avec l'arrivée de 90 gendarmes "dès 2018" et la création d'un nouveau commissariat à Cayenne, une "Arlésienne depuis 15 ans".

Pour dissuader l'immigration, le gouvernement va aussi réduire à deux mois le versement de l'allocation versée aux demandeurs d'asile et imposer 15 ans de résidence sur le territoire pour avoir accès au RSA, désormais géré par l'Etat et "démonétisé".

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre devant la préfecture de Cayenne, le 26 octobre 2017  en Guyane
Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre devant la préfecture de Cayenne, le 26 octobre 2017 en Guyane
AFP/Archives

Le chef de l'Etat, qui avait prévenu dès son arrivée qu'il n'était "pas le Père Noël", a aussi réaffirmé que l'Etat respecterait son engagement d'investir plus d'un milliard d'euros sur ce territoire grand comme le Portugal, qui cumule difficultés et retards.

"L'intégralité des deux premiers volets" des accords conclus le 21 avril, sous François Hollande, pour mettre fin au vaste mouvement social du printemps "seront appliqués", a-t-il dit.

L'Etat s'était alors engagé sur un plan d'urgence de 1,08 milliard d’euros et des accords sectoriels. Il avait annoncé qu'il allait se pencher sur la "demande complémentaire" de 2,1 milliards formulée par le collectif Pou Lagwiyann dékolé. Elle pourrait être étudiée dans le cadre des assises des Outre-mer.

Le centre-ville de Cayenne est resté quadrillé par les forces de l'ordre dans la nuit de vendredi. Il n'y a pas eu de heurts, contrairement aux affrontements survenus la nuit précédente, alors que le collectif demandait une rencontre avec M. Macron.

"La République ne cède pas aux gens qui sont en cagoule", a dit le président. Dans la soirée, un de ses conseillers a finalement reçu quatre membres du mouvement des Grands Frères, à leur demande, a informé l'Elysée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Emmanuel Macron achève sa visite dans une Guyane toujours sous tension
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Emmanuel Macron achève sa visite dans une Guyane toujours sous tension
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le