France Pension Macron
French President Emmanuel Macron attends a meeting with the leaders of the French Employers' association (MEDEF), the CPME and the Union of local businesses, at the Elysee Palace in Paris, Tuesday, April 18, 2023. French President Emmanuel Macron said Monday April 17, 2023 that he heard people's anger over raising the retirement age from 62 to 64, but insisted that it was needed to keep the pension system afloat as the population ages. (Stephanie Lecocq/Pool via AP)/PAR101/23108356289456/POOL PHOTO/2304181200

« Emmanuel Macron est aujourd’hui dans un autre espace-temps »

Dans une allocution solennelle, Emmanuel Macron a tenté, ce lundi 17 avril, de tourner la page de la réforme des retraites. Pari raté, selon le communicant Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, qui considère qu’il existe après ce discours un « risque de réactivation du mouvement social ». Entretien.
Caroline Deschamps

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Sur la forme, Emmanuel Macron a-t-il été convaincant ?

Il a voulu être moins hautain, mais est resté tout aussi lointain. Il avait une tonalité qui pouvait apparaître moins méprisante, notamment quand il essaye d’expliquer qu’il a compris la colère et le mécontentement.

Mais il se dégage quand même cette étrange sensation que le chef de l’Etat est aujourd’hui dans un autre espace-temps, loin du contexte social et politique actuel. On aurait dit qu’il était candidat, alors qu’il est président de la République depuis six ans.

Il a fixé un calendrier : « 100 jours pour apaiser ». Ce clin d’œil à l’histoire napoléonienne est-il bien trouvé ?

La réalité historique des 100 jours, c’est Waterloo puis l’abdication de Napoléon Bonaparte. Il est tout de même curieux qu’aucun communicant de son équipe n’ait attiré son attention sur ce point. Si cette référence est presque anecdotique sur le fond, cela caractérise tout de même une forme d’impréparation.

Sur le fond, voyez-vous quelque chose de nouveau dans le discours d’Emmanuel Macron ?

Il n’y a rien de neuf. On reste à un niveau de généralités qui ne permet pas de savoir vers quoi il souhaite s’orienter. Il a fait du en même temps : en évoquant le sujet de l’immigration, il parle à la droite ; quand il développe ses projets en matière de travail, il fait un clin d’œil à la gauche.

On a le sentiment qu’il essaye de gagner du temps, car il n’a pas de solution immédiate à sa disposition. Toutes les options qui se présentent à lui ont un tel coût politique, qu’il ne peut pas les mettre en œuvre. Dans les semaines à venir, il va devoir faire du cabotage politique et parlementaire pour rester à flot. Le président n’a pas réussi à éponger la crise et il est confronté après ce discours à un risque de réactivation du mouvement social, sous une forme qui est aujourd’hui imprévisible.

Pour sortir de l’impasse, sur le plan parlementaire, les LR sont-ils aujourd’hui la seule solution ?

On risque d’assister à une équation parlementaire qui se durcit à l’Assemblée nationale. Je ne vois pas comment le président peut élargir sa majorité. Il est difficile d’imaginer les LR continuer à être aussi bienveillants à son égard, compte tenu de l’état de l’opinion publique. Ils n’ont aucun intérêt à lui tendre la main. Même pour les députés LR les plus bienveillants, il semble difficilement acceptable dans un tel contexte de se présenter comme la béquille d’Emmanuel Macron.

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