Emmanuel Macron, le parler cash comme outil de communication
Pognon de dingue, mâle blanc, bordel, cette année, particulièrement, le débat politique a porté sur des mots… Des mots d’Emmanuel Macron si polémiques qui ont beaucoup fait parler jusqu’à même parfois crisper le débat. Alors, pourquoi ces mots dans la bouche d’un président de la République ? Pourquoi Emmanuel Macron utilise-t-il ce registre ? Décryptage de cette stratégique de communication…

Emmanuel Macron, le parler cash comme outil de communication

Pognon de dingue, mâle blanc, bordel, cette année, particulièrement, le débat politique a porté sur des mots… Des mots d’Emmanuel Macron si polémiques qui ont beaucoup fait parler jusqu’à même parfois crisper le débat. Alors, pourquoi ces mots dans la bouche d’un président de la République ? Pourquoi Emmanuel Macron utilise-t-il ce registre ? Décryptage de cette stratégique de communication…
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Un parler sans filtre très contrôlé par l’Élysée


12 juin 2018, Emmanuel Macron prépare son discours sur la politique sociale qu’il prononcera le lendemain devant les acteurs mutualistes. Le président teste ses éléments de langage et l’un d’eux fait le buzz : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux ».
Une expression d’argot intergénérationnelle « qui ne vielli pas et que tout le monde comprend » comme le souligne la linguiste Danièle Manesse.

Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron commémore l’appel du 18 juin, appel à la résistance lancé depuis Londres par le général de Gaulle en 1940.
Interpellé par des collégiens, il réclame le respect de la part de l’un d’entre eux :
« Tu ne m’appelles pas Manu, tu dis Monsieur le président de la République ou Monsieur. Si un jour tu veux faire la révolution, tu apprends d'abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même ».

Mais alors pourquoi le locataire d’Élysée recadre-t-il sévèrement ce jeune homme alors qu’il utilise parfois lui aussi un langage populaire ? Y a-t-il une contradiction dans l’usage qu’Emmanuel Macron fait de ces mots…
Pour Danièle Manesse, le président « décide de ne pas occuper sa place tout le temps », un moyen de jouer avec les registres entre « solennité et proximité » souligné par le communicant Gilles Masson.

« Il y a chez lui un parler cash très étonnant, qui a l’air d’être un parler sans filtre mais qui est très contrôlé par l’Élysée ».

Un moyen d’imposer son rythme et de mettre en mouvement un pays que le président considère comme trop immobile selon le communicant.

Déshabillons-les, le parler cash d'Emmanuel Macron anlysé par le communicant Gilles Masson
01:08

Inventer le registre de langage qui va frapper l’opinion
 

Tout comme le président Chirac avait inventé des mots comme « abracadabrantesque », le président Macron « imprime sa marque » en utilisant des mots qui ne laissent pas l’opinion indifférente selon le psychanalyste Jean-Pierre Winter.

« Il y a dans la démocratie, un pouvoir des mots dont il sait faire usage… quitte à choquer mais ça fait partie du jeu ».

Et même si ces mots ont parfois plus de résonance que le fond du sujet lui-même, c’est une communication parfaitement maîtrisée pour Jean-Pierre Winter.
Emmanuel Macron invente ainsi « le faire semblant spontané », un moyen de casser les codes du politique « à la marge ».
À la différence de certains qui, comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, cherchent à « renverser la table », pour le psychanalyste, le président tient compte des institutions restant toujours « sur la limite, sur la marge, de sorte qu’on ne puisse pas trop le lui reprocher ».

Déshabillons-les, pour Jean-Pierre Winter, Emmanuel Macron imprime sa marque par le choix des mots
01:18


En inventant son style « sur le fil », Emmanuel Macron invente donc sa posture présidentielle, une posture contrôlée qui n’est pas sans risque de surenchère.    

Retrouvez l’intégralité de l’émission Déshabillons-Les, le débat prisonnier des mots, samedi 21 juillet à 15h sur Public Sénat.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES :  Electoral posters for municipal elections.
12min

Politique

Municipales : les sondages sont-ils fiables ?

Faut-il se méfier des sondages pour les municipales ? Durant la campagne, la question s’est posée après la publication de deux sondages Odoxa et Ifop sur Nantes, totalement contradictoires. « C’est probablement la méthodologie qui a été choisie qui explique les écarts importants », explique Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa. « Les enquêtes par téléphone ne sont pas les plus efficaces ou faciles, et beaucoup sont réalisées par téléphone » dans les villes moyennes, ajoute Jean-Daniel Levy, directeur délégué de Harris Interactive. Plongée dans la fabrique des sondages.

Le

Illustration of the posters for the first round of the municipal elections in Paris
8min

Politique

Municipales 2026 : les enjeux du second tour parti par parti

De nombreux enseignements seront à tirer du second tour des municipales dimanche 22 mars. La France Insoumise et le RN vont tenter de confirmer leur implantation locale par des victoires dans quelques grandes villes. Au PS et chez les LR, une victoire à Paris sera déterminante. L’union des partis de gauche sera-t-elle payante à Lyon, Toulouse ou encore Nantes ? Le parti Renaissance pourra-t-il s’appuyer sur des victoires symboliques à Annecy et Bordeaux ?

Le

Emmanuel Macron, le parler cash comme outil de communication
5min

Politique

« Certains souhaitaient la fusion, d’autres non » : à Paris, le camp de Pierre-Yves Bournazel divisé sur le choix de rejoindre Rachida Dati au second tour

La décision du candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel de fusionner avec la liste de Rachida Dati, tout en se retirant à titre personnel, pourrait relancer la droite dans un scrutin parisien très mal embarqué. Mais le choix de rejoindre Rachida Dati ne fait pas consensus dans son camp, ni chez ses électeurs, reconnait à Public Sénat l’ex-député macroniste Clément Beaune, qui a refusé de figurer sur la liste d'union et reste vague sur ses intentions de vote au second tour.

Le