FRA – ELYSEE – MACRON IBRAHIM
Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/2507042314

Emmanuel Macron retrouve le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale, mais a-t-il intérêt à l’utiliser ?  

Un an après les élections législatives de 2024, Emmanuel Macron peut de nouveau utiliser l’article 12 de la Constitution et dissoudre l’Assemblée nationale. Si cette menace peut se révéler utile pour mettre pression sur les différentes forces politiques, l’utiliser ferait courir un risque inédit au président de la République.
Henri Clavier

Temps de lecture :

6 min

Publié le

A partir de ce mardi 8 juillet, Emmanuel Macron pourra de nouveau dégainer l’arme de la dissolution. Un an après les élections législatives de 2024, le président de la République retrouve la pleine jouissance de l’arsenal constitutionnel. En effet, l’article 12 de la Constitution impose un délai de douze mois avant de pouvoir dissoudre, à nouveau, l’Assemblée nationale. De là à imaginer une nouvelle dissolution de la chambre des députés ? En juin, le principal intéressé assurait que ce n’était pas sa volonté. « Mon souhait, c’est qu’il n’y ait pas d’autre dissolution […] mais mon habitude n’est pas de me priver d’un pouvoir constitutionnel », a-t-il prévenu, n’excluant pas de dissoudre « si des formations politiques décidaient […] de bloquer le pays ».  

Véritable arme nucléaire de la vie politique française, cette ambiguïté autour de la dissolution pourrait être utilisée par le président de la République afin de renforcer son poids sur la vie politique française. Une volonté de revenir dans le jeu politique déjà esquissée le 13 mai sur TF1 lorsque le chef de l’Etat laissait entendre la possibilité d’organiser un référendum sur la fin de vie si les débats s’enlisaient au Parlement.  

Une manière de revenir au centre du jeu politique ?  

La menace de la dissolution pourrait pleinement s’exercer à l’automne lorsque les débats sur le projet de loi de finances de 2026 débuteront. En effet, alors que François Bayrou cherche une voie de passage pour économiser 40 milliards d’euros sur le prochain budget, les oppositions de gauche et d’extrême droite devraient exercer une pression maximale sur le gouvernement et dégainer une motion de censure contre le Premier ministre. Le spectre de la dissolution pèserait principalement sur le RN puisque Marine Le Pen, qui fait toujours l’objet d’une peine d’inéligibilité, ne pourrait pas se présenter. La menace aurait cependant du mal à influencer la gauche alors que les socialistes ont tenté de censurer le gouvernement de François Bayrou après l’échec des négociations sur les retraites.  

« Le pouvoir de dissoudre ne donne au président qu’un pouvoir d’appuyer sur le bouton de l’élection, mais on a vu depuis 2024 qu’il est ensuite bien impuissant devant les résultats. Il ne récupère donc aucun pouvoir. La seule vérité institutionnelle de son pouvoir pourrait être celui de menacer de dissolution une Assemblée qui renverserait le Premier ministre, mais là encore ce n’est pas sûr que cela fonctionne », résume la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina. « C’est une arme de dissuasion, mais est-elle vraiment utilisable ? De nouvelles élections ne seront pas forcément favorables », abonde Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et membre du CEVIPOF. A défaut de pouvoir exercer une réelle pression sur les oppositions, la menace de la dissolution pourrait être utilisée pour discipliner le socle commun, en proie à de vives turbulences dernièrement.  

« On sent une volonté de reprise en main de sa famille politique »  

En déplacement à Roquefort, le 3 juillet, le président de la République a déjà lancé un premier coup de pression à destination de l’équipe gouvernementale. « Si on commence à avoir des ministres qui s’occupent de tout, ça ne s’appelle plus un gouvernement. Il faut discipliner la parole » avait déclaré Emmanuel Macron après la tribune de Bruno Retailleau sur le financement des énergies renouvelables.  

Le chef de l’Etat a également exprimé son envie de reprendre la main, devant ses troupes à l’occasion des dix ans des Jeunes avec Macron, devenus les Jeunes en Marche depuis ce week-end. « Si dans les deux ans qui viennent, on passe notre temps à parler de 2027, à ne rien faire, à être dans les calculs, à être dans les divisions, ce ne sera aucun d’entre nous dans deux ans », a lancé Emmanuel Macron devant ses troupes. « Je suis venu vous dire que ça n’était pas fini. J’aurai besoin de vous dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans ! » a-t-il également ajouté. Une façon de prévenir ses potentiels successeurs et notamment Gabriel Attal, avec qui il entretient des relations glaciales depuis la dissolution, qu’il faudrait toujours compter sur lui après 2027. Car même s’il ne pourra pas se présenter en 2027, Emmanuel Macron continue d’évoquer à demi-mot une éventuelle candidature pour 2032. 

« C’est une façon de dire qu’il reste le grand patron du macronisme et que son projet reste d’actualité. On sent une volonté de reprise en main de sa famille politique », estime Luc Rouban. Néanmoins, agiter la menace de la dissolution pour remobiliser ses troupes pourrait se révéler contre-productif. « Risquer une dissolution coûterait plutôt très cher au bloc central. Sachant la rancœur qui règne dans les rangs du bloc central eu égard à la dissolution de 2024, je pense qu’agiter la menace ne pourrait que souffler sur les braises », analyse Anne-Charlène Bezzina.  

Une arme à double tranchant  

Enfin, recourir à l’article 12 de la Constitution ferait courir un risque important au locataire de l’Elysée. « S’il devait dissoudre à nouveau, ce serait d’abord perçu comme un énorme aveu d’échec total de ce second mandat », confiait le 4 juillet à l’AFP le politiste Bruno Cautrès. Surtout, en cas de nouvelle dissolution ratée, la pression exercée sur Emmanuel Macron pour réclamer sa démission ne ferait que se renforcer. « Plus le pouvoir de déstabilisation des institutions est fort, plus la remise en cause des mandats est envisageable. Sous les républiques précédentes, lorsqu’un président de la République voyait plus de trois premiers ministres se faire renverser il était amené à démissionner. L’histoire pourrait se répéter », rappelle Anne-Charlène Bezzina.  

« A part EPR, pratiquement tout le monde attend la démission d’Emmanuel Macron », relève Luc Rouban. Sans attendre une dissolution, Manuel Bompard appelle déjà à la démission du président de la République. « La solution la plus raisonnable, ce serait l’organisation d’une élection présidentielle anticipée », a déclaré le coordinateur de la France insoumise sur TF1 ce lundi 7 juillet. 

Partager cet article

Dans la même thématique

Emmanuel Macron retrouve le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale, mais a-t-il intérêt à l’utiliser ?  
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le