France Politics
French Prime Minister Gabriel Attal leaves the weekly cabinet meeting, Tuesday, July 16, 2024 in Paris. (AP Photo/Aurelien Morissard)/PAR110/24198410919206//2407161328

Emmanuel Macron a accepté la démission de Gabriel Attal et de son gouvernement

Plus d’une semaine après le second tour des législatives anticipées, le chef de l’Etat a accepté la démission de son Premier ministre et du gouvernement. Néanmoins, l’exécutif devrait rester en place plusieurs semaines pour gérer les affaires courantes, du moins jusqu’à ce qu’une majorité en mesure de gouverner ne parvienne à se forme à l’Assemblée nationale.
Romain David

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Edit à 18h20 avec le communiqué de l’Elysée.

Six mois et puis s’en va. Emmanuel Macron a accepté ce mardi 16 juillet la démission de son Premier ministre Gabriel Attal et celle de son gouvernement. Dans un communiqué publié ce soir, l’Elysée précise : « Gabriel Attal a remis la démission du Gouvernement au Président de la République, qui l’a acceptée ce jour. Il assure, avec les membres du Gouvernement, le traitement des affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau Gouvernement. » Et de conclure : « Afin que cette période s’achève le plus rapidement possible, il appartient aux forces républicaines de travailler ensemble pour bâtir un rassemblement autour de projets et d’actions au service des Françaises et des Français. »

Traditionnellement, un gouvernement chargé des « affaires courantes », selon la formule consacrée, se contente d’assurer le bon fonctionnement de l’Etat et, le cas échéant, de répondre aux situations d’urgence, mais il ne présente plus de réformes. « Nous aurions pu disparaître. Nous avons évité le pire. L’avenir est à écrire », a déclaré Gabriel Attal en présence du chef de l’Etat, alors que la relation entre les deux hommes s’est largement refroidie ces derniers jours. « Et je sais, Monsieur le président de la République, pour connaître les femmes et les hommes autour de cette table, que toutes et tous ont la France au cœur et que la flamme ne s’éteint jamais pour ceux qui veulent servir les Français », a-t-il ajouté selon une déclaration transmise à l’AFP.

L’Assemblée nationale, nouvel épicentre de la vie politique

La démission de Gabriel Attal intervient l’avant-veille de l’ouverture de la XVIIe législature. La démission du gouvernement permet aux ministres élus députés de retrouver leur mandat parlementaire et ainsi de participer à l’élection de la présidence de l’Assemblée nationale et à la répartition des postes stratégiques au Palais Bourbon. L’élection d’un ou d’une nouvelle présidente à l’Assemblée nationale, jeudi 18 juillet, sera scrutée de près ; elle pourrait permettre de distinguer le centre de gravité de la nouvelle assemblée, scindée en trois grands blocs, en fonction du camp dont sera issue la personnalité qui accédera au perchoir.

Au soir du second tour des législatives, qui ont vu le Nouveau Front populaire arrivé en tête, suivi par le camp présidentiel et le Rassemblement national, le chef du gouvernement avait indiqué qu’il présenterait dès le lendemain sa démission au chef de l’Etat, comme le veut la coutume. Mais Emmanuel Macron avait choisi de maintenir son Premier ministre « pour assurer la stabilité du pays », alors qu’aucune majorité suffisamment large pour gouverner n’est sortie des urnes, ce qu’une partie de la gauche a qualifié de « coup de force ».

Ce mardi, Emmanuel Macron a appelé son camp « à mettre une proposition sur la table en vue d’une coalition majoritaire ou d’un large pacte législatif », tandis que certains macronistes estiment que les soutiens du chef de l’Etat doivent se tourner vers les députés LR pour conserver la main au Palais Bourbon.

Premier ministre par temps de crise

Nommé le 9 janvier 2024 à la suite d’Élisabeth Borne, Gabriel Attal est devenu à 34 ans le plus jeune Premier ministre de l’histoire. Son arrivée à Matignon a pris de court Gérald Darmanin, l’ambitieux ministre de l’Intérieur, longtemps pressenti pour prendre la tête du gouvernement, mais dont les vues se sont vraisemblablement heurtées à l’adoption houleuse du projet de loi immigration quelques semaines plus tôt.

La reconduction dans le gouvernement de Gabriel Attal des ministres issus des Républicains, mais également la nomination de Catherine Vautrin à la tête d’un super ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, ainsi que l’arrivée de Rachida Dati à la Culture, ont accompagné la droitisation de ce second quinquennat. Parmi les priorités listées par le Premier ministre : l’éducation, la sécurité, la lutte contre le chômage structurel et le redressement des comptes publics.

Ses premières semaines à Matignon sont marquées par une vive polémique autour des propos tenus par sa ministre de l’Education et des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, sur l’école publique. Elle sera finalement délestée d’une partie de son portefeuille ministériel à l’occasion d’une seconde vague de nominations, début février. Dans le même temps, l’exécutif doit faire face à une importante mobilisation du monde agricole. Gabriel Attal procède à plusieurs séries d’annonces pour calmer la colère du monde paysan, dont la mise en « pause » du plan Ecophyto visant à réduire l’usage des pesticides. Cette décision est largement critiquée par les oppositions de gauche et les écologistes.

Sur le plan institutionnel, le passage de Gabriel Attal à Matignon est marqué par la réforme constitutionnelle du 4 mars 2024, qui voit l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Cette volonté de révision constitutionnelle avait toutefois été amorcée par Emmanuel Macron à l’automne, soit plusieurs mois avant sa nomination à Matignon.

Le début de la fin

Durant la campagne des européennes qui voit le camp présidentiel très largement distancé par le Rassemblement national, Gabriel Attal est d’abord critiqué pour sa relative discrétion. Néanmoins, à l’approche du scrutin, plusieurs interventions médiatiques du Premier ministre sont interprétées comme une manière de cornaquer la tête de liste de la majorité, l’eurodéputée Valérie Hayer, qui ne parvient pas à décoller dans l’opinion.

Le Premier ministre apparaît pris de court par l’annonce de la dissolution, le 9 juin. Il mène tambours battant la campagne de la majorité présidentielle, tapant tout autant sur le Rassemblement national que sur le Nouveau Front populaire. Il appelle toutefois, durant l’entre-deux-tours, à mettre en place un barrage républicain contre l’extrême droite ; à la différence de certains de ses ministres, comme Gérald Darmanin et Bruno Le Maire, Gabriel Attal refuse de mettre sur le même plan La France insoumise et le Rassemblement national, estimant que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’est pas en mesure de prendre le pouvoir.

Au lendemain du second tour, le courant présidentiel échappe à la déroute annoncée et parvient à conserver 168 sièges à l’Assemblée nationale, très loin toutefois de la majorité absolue (289 sièges).

Depuis l’élection, Gabriel Attal ne cache plus ses critiques à l’égard du chef de l’Etat – « Cette dissolution, je ne l’ai pas choisie, mais j’ai refusé de la subir », a-t-il lâché quelques minutes après l’annonce des résultats -, et semble de plus en plus s’émanciper du giron présidentiel. Le 13 juillet, il a été élu président du groupe Renaissance, renommé « Ensemble pour la République ! ». Les autres candidats pressentis, notamment Gérald Darmanin et l’ex-Première ministre Élisabeth Borne, ont finalement se sont finalement abstenus pour laisser la place au Premier ministre sortant.

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