Empêtré dans la polémique, François de Rugy contraint à la démission
Le ministre de la Transition énergétique, empêtré dans une succession de polémiques, a présenté sa démission, alors que Mediapart a révélé l’utilisation indue de son indemnité de frais de mandat, quand il était député. C’est un nouveau coup dur pour l’exécutif, qui entend faire de l’écologie une priorité.

Empêtré dans la polémique, François de Rugy contraint à la démission

Le ministre de la Transition énergétique, empêtré dans une succession de polémiques, a présenté sa démission, alors que Mediapart a révélé l’utilisation indue de son indemnité de frais de mandat, quand il était député. C’est un nouveau coup dur pour l’exécutif, qui entend faire de l’écologie une priorité.
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L’affaire aura été fatale à François de Rugy. Le ministre de la Transition écologique a présenté mardi 16 juillet sa démission. Il était depuis la semaine dernière au centre d’une polémique suite à des dîners fastueux, lorsqu’il présidait l’Assemblée nationale. Sa démission tombe alors que Mediapart, qui a révélé l’affaire, allait publier un nouvel article. Selon le site d’investigation, François de Rugy a utilisé en 2013 son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), cette enveloppe permettant aux députés de régler leurs frais liés à l’exercice de leur mandat, pour payer une partie de sa cotisation à Europe Ecologie-Les Verts, son ancien parti. Une utilisation indue. Par ailleurs, l’ex-député avait déduit ces versements du calcul de son impôt sur le revenu 2015, alors que l’IRFM est défiscalisée…

Pour le ministre chargé de défendre la priorité de l’acte II du quinquennat, l’écologie, la situation n’était plus tenable. Un an après l’explosion de l’affaire Benalla, le gouvernement traverse ainsi une nouvelle crise.

« Volonté de nuire, de salir, de démolir »

Dans un message publié sur Facebook, François de Rugy se défend. « Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction. La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute » s’indigne-t-il. « Face aux contre-vérités de Médiapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale en diffamation » annonce François de Rugy. Parlant de « moments douloureux », il « pense enfin à (sa) femme et à (sa) famille » qu’il entend « protéger ».

Le désormais ex-ministre affirme ne pas être « en mesure d’assumer sereinement et efficacement (sa) mission ». François de Rugy reconnaît que son maintien au gouvernement pouvait affaiblir son ministère : « Je suis trop attaché à l’écologie à laquelle j’ai consacré tout mon engagement militant, pour accepter que notre action écologique soit affaiblie par des mises en cause personnelles incessantes ».

« C’est un truc qui fait beaucoup de tort »

Quelques minutes avant l’annonce, un membre du gouvernement craignait aussi que la polémique complique la tâche de l’exécutif en matière d’écologie :

« Si tout ce qu’on fait est écrasé par cette histoire, c’est déprimant » (un ministre) 

Le même ajoutait : « Il ne faut pas que ça dure. C’est un truc qui fait beaucoup de tort »… Reste que cette démission peut surprendre. D’autant que l’état d’esprit, au gouvernement, semblait à vouloir faire corps derrière François de Rugy. « La première volonté, c’est de ne pas céder à la pression de Mediapart » confiait ce même membre de l’équipe gouvernementale, comptant sur l’enquête interne diligentée par Matignon. « Tout ça est censé atterrir à la fin de la semaine », pensait-on… sans écarter toutes les éventualités : « On verra s’il a des choses à se reprocher. Et le premier ministre et le Président en tireront les conséquences ». Elles ont été tirées plus vite que prévu, suite aux nouvelles révélations du site fondé par Edwy Plenel.

Cette nouvelle crise pourrait plonger la macronie dans le doute et compliquer l’été pour l’exécutif. Mais cette démission est aussi une manière de tourner la page. « Ça renforce la crise, mais ça l’arrête aussi peut-être », espère un conseiller ministériel.

De la primaire de la gauche à l’Hôtel de Lassay

Candidat à la primaire de gauche pour la présidentielle 2017, François de Rugy avait rejoint Emmanuel Macron en février 2017. Ce soutien, marqué à gauche, version sociale-démocrate, et représentant de l’écologie, lui avait ouvert les portes de l’Hôtel de Lassay. Une présidence de l’Assemblée nationale qu’il a quittée pour entrer au gouvernement, après la démission fracassante de Nicolas Hulot, en septembre 2018. Il y défend une vision pragmatique de l’écologie.

Sa démission tombe le jour même où il devait défendre, cet après-midi, au Sénat, l’examen de son projet de loi sur l’énergie et le climat. C’est sa secrétaire d’Etat à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, qui va s’en charger à sa place. Pourrait-elle aussi le remplacer à la tête du ministère ? Issue de la même promotion de l’ENA que le premier ministre, elle connaît bien les dossiers. A moins que les deux têtes de l’exécutif lui préfèrent la plus médiatique Brune Poirson, ou une autre personnalité. Mais Emmanuel Macron, qui n’aime pas décider sous la contrainte des événements, pourrait aussi très bien attendre avant de remanier.

Règles à préciser pour les ministres ?

La question de nouvelles règles à fixer pourrait aussi se poser. « La sortie sera de prendre une initiative plus générale sur les règles applicables. Ce ne serait pas délirant de faire une circulaire pour préciser certaines règles », notamment sur les invitations à déjeuner, imagine ce membre du gouvernement. Il évoque le problème du symbole des ministères hébergés dans les « hôtels particuliers du VIIe arrondissement », ou encore la « zone grise sur ce qui est professionnel et ce qui est privé », pour des ministres qui travaillent quasiment sept jours sur sept. Mais pour l’heure, l’exécutif doit traverser un nouveau coup de chaud en plein été. Il s’en serait bien passé.

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