Emploi et transition écologique : le gouvernement (re)met tout le monde autour de la table

Emploi et transition écologique : le gouvernement (re)met tout le monde autour de la table

Edouard Philippe a demandé aux partenaires sociaux et élus de plancher sur l’emploi, l’apprentissage et l’écologie. Objectif : déboucher sur des solutions concrètes en septembre. Un changement de méthode salué. Mais certains pointent l’absence de la question salariale ou un manque d’ambition écologique.
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Mis de côté au début du quinquennat, le gouvernement replace clairement les corps intermédiaires autour de sa table. Entre temps, la crise des gilets jaunes est passée par là. Un « changement de méthode » amorcé par Emmanuel Macron après le grand débat. Syndicats, patronat, mais aussi associations d’élus et ONG se sont ainsi retrouvés à Matignon, ce lundi matin, avec le premier ministre et plusieurs de ses ministres (voir le sujet vidéo d’Adrien Develay). Un peu comme le faisait le gouvernement d’un certain… François Hollande. Un mini-sommet social, qui ne dit pas son nom.

Edouard Philippe veut faire du « sur mesure »

On connaît le risque de ces grands raouts que la République affectionne : manquer d’efficacité, surtout avec autant de monde invité. C’est justement un format que revendique Edouard Philippe, venu faire le service après-vente à l’issue de l’événement. Le premier ministre veut « que tout le monde se mette ensemble pour trouver la meilleure solution », « c’est une façon de résoudre des problèmes pratiques et concrets » en matière d'apprentissage, d’emplois non-pourvus, de freins à la reprise de l'emploi, d'accompagnement des territoires aux transitions et de gestes écologiques du quotidien, les cinq thèmes arrêtés par le gouvernement.

« Territoire par territoire, il faut qu'on fasse de la de la haute couture, en tout cas du sur mesure » lance Edouard Philippe. Après des réunions régionales, une nouvelle rencontre nationale est prévue en juin, avant d’aboutir en septembre à des « solutions concrètes ». Objectif affiché :

« Faire en sorte que les changements se voient, que les Français voient la différence ».

Un sixième thème de travail a été ajouté, à l’initiative de la CFDT, avec la rénovation thermique des bâtiments. Regardez Edouard Philippe :

Mobilisation pour l'emploi : Philippe plaide pour faire du « sur mesure »
01:42

Laurent Berger : « Objectivement, les thèmes qui sont ouverts sont de bons sujets »

Laurent Berger, à la tête du syndicat réformiste, ne pouvait justement qu’afficher une forme de satisfaction lundi midi, dans la cour de Matignon. En mars dernier, il avait proposé avec Nicolas Hulot « 66 propositions pour un pacte social et écologique »… « Il y a un changement de méthode, il faut le noter » salue Laurent Berger, qui ajoute : « La porte est entrouverte. Il faut y mettre le pied pour essayer de pousser nos idées. C’est ce qu’on va faire avec les associations qui ont élaboré le pacte social et écologique qu’on a élaboré ». Regardez :

Mobilisation pour l’emploi : « Il y a un changement de méthode, il faut le noter » estime Laurent Berger
04:58

Le leader de la CFDT reconnaît qu’« objectivement, les thèmes qui sont ouverts sont de bons sujets », même s’il souhaite davantage sur « la justice sociale et la lutte contre la pauvreté ». Laurent Escure, secrétaire général de l’UNSA, salue pour sa part « un bon début, car on a le sentiment qu’on va pouvoir s’exprimer ». Il insiste cependant sur « l’encadrement » des salaires dans l’entreprise. Sur la forme, François Hommeril, président de la CFE-CGC, a estimé que « la productivité d’une telle réunion, avec 35 intervenants, est un peu à remettre en question ».

La CGT et Solidaires ont de leur côté boycotté la réunion, qui ne répond pas « au mécontentement et à la colère du monde du travail et de ceux qui en sont exclus » estime le syndicat de Philippe Martinez. La CGT absente, c’est FO qui a endossé le costume – sans difficulté – du syndicat contestataire. « On nous renvoie à des groupes de travail en région. Nous, on n’était pas là pour essayer de se faire instrumentaliser politiquement par le gouvernement, ni par les régions » prévient Michel Beaugas, secrétaire général de FO emploi, qui a « dit au premier ministre que le grand absent de sa présentation, c’est l’augmentation des salaires et le pouvoir d’achat. (…) Ces questions sont écartées ». Regardez :

Michel Beaugas (FO) : « Nous, on n’était pas là pour essayer de se faire instrumentaliser politiquement par le gouvernement »
01:13

Presque pire : le responsable de FO ne comprend pas pourquoi le sujet des freins à l’apprentissage se retrouve parmi les cinq thèmes de travail. « Il me semble qu’il y a à peine 2 ans, il y a eu une concertation qui a duré plus de 4 mois. Et une loi a été votée le 5 décembre 2018 qui parle de tout ça… » Il ne voit même « pas de changement de méthode. On nous écoute poliment. (…) Je ne suis pas sûr qu’on nous entende ».

Tensions sur le forfait mobilité pour les salariés

Côté patronat, le Medef a salué « un changement de méthode du gouvernement » et « la déclinaison en région ». Avec la CPME, ils ont surtout pointé du doigt l’idée d’une prime mobilité obligatoire pour les salariés. Ils ne veulent pas en entendre parler, préférant une prime optionnelle. Sinon, « vous allez donner une prime à éloigner des salariés de leur lieu de travail » craint François Asselin, à la tête de la CPME.

Prise de position qui suscite l’ire des ONG environnementales. « Nous attentions du président de la République des mesures concrètes. (…) Cette discussion aujourd’hui sur un exemple très concret du forfait mobilité n’a pas apporté de décision. (…) Or il y a urgence, suite à la crise des gilets jaunes, à accompagner les citoyens dans les transitions » souligne Pierre Cannet, du WWF. Il ajoute :

« A ce jour, silence radio de la part du gouvernement, aucune décision prise de la part du premier ministre. (…) Prendre des choix avec courage, c’est aller vers ce forfait mobilité qui ne coûte que 0,03% de la masse salariale ».

« La réunion s’est extrêmement bien passée » selon François Baroin

Si le gouvernement a voulu mettre tout le monde autour de la table, les élus locaux ont eu droit à une première réunion préalable. Pour le coup, ils sont ressortis de Matignon plutôt satisfaits. La réunion s’est même « extrêmement bien passée » selon François Baroin, président LR de l’Association des maires de France. Le maire de Troyes salue « l’ambition d’une décentralisation où l’Etat va se recentrer sur ses missions ». On est loin de la guerre de tranchées qui a marqué les deux premières années du quinquennat entre élus locaux et exécutif.

Mais pour connaître comment sera révisée la loi NOTRe sur les régions, il faudra attendre après les européennes. La mobilisation tous azimuts lancée ce matin par Edouard Philippe se fait « à cadre législatif constant, sans imaginer le grand soir », comme le précise Loïc Hervé, sénateur UDI de Haute-Savoie et secrétaire général de l’Association des petites villes de France. Il suit clairement l’exécutif dans son initiative : « On ne peut pas demander au gouvernement de faire davantage confiance aux collectivités locales et aux acteurs sociaux, et dès lors qu’ils le font, s’étonner que ça n’aille pas. Ceux qui ne sont pas là, tant pis pour eux. Ceux qui sont là sont prêts à aider le gouvernement à trouver des solutions extrêmement concrètes, de court terme, dès les semaines qui viennent. La main a été tendue, elle a été saisie par les acteurs locaux ou les partenaires sociaux ». Regardez :

Loïc Hervé : "Ceux qui sont là sont prêts à aider le gouvernement à trouver des solutions extrêmement concrètes, de court terme, dès les semaines qui viennent."
02:50

Pour qu’Edouard Philippe puisse présenter des mesures aux Français en septembre, le plus dur reste encore à faire. « C’est simplement un lancement. L’efficacité se jouera avec les partenaires sociaux au niveau des territoires » souligne François Asselin. Laurent Escure de l’UNSA résume : « Maintenant, tout le reste est à écrire ».

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