A Vescovato, le candidat de "Pé a Corsica" Jean-Félix Acquaviva, enchaîne les verres d'eau et salue les électeurs: ici, comme ailleurs en Corse, pas de vague REM, mais un élan qui pourrait envoyer pour la première fois un député nationaliste à l'Assemblée.
Le quadragénaire aux cheveux bruns, en chemise à manches courtes, déambule dans ce petit village surplombant la mer, qu'Emmanuel Macron avait lui aussi parcouru pendant la campagne présidentielle. "Vous êtes jeune, vous avez l'air honnête, je vous soutiens!", lui lance un sexagénaire attablé à la terrasse d'un petit restaurant.
"On a vu les autres à l'épreuve, maintenant on veut tester les nationalistes", abonde Filippini Toussaint, élu sans étiquette à Orezza qui soutient lui aussi "Jean-Fé", comme le surnomment ses amis.
Président de l'Office des transports de Corse depuis la victoire des nationalistes aux élections territoriales de décembre 2015, Jean-Félix Acquaviva a fait plus de 36% au premier tour des législatives, arrivant largement en tête dans la 2e circonscription de Haute-Corse. Mais il estime qu'"il y a encore des voix à prendre" et que les "18 mois de travail (des élus nationalistes, ndlr) à la tête du conseil territorial ont été reconnus par les Corses, avec des avancées importantes dans le transport maritime notamment".
Opposé au second tour à M. Acquaviva, Francis Giudici, candidat la République en marche (23,41% des voix), espère, lui, que son rival a "fait le plein" au premier tour, et que les reports de voix lui seront bénéfiques.
Le 11 juin en tout cas, la "vague Macron" qui a déferlé sur l'Hexagone n'a pas touché les quatre circonscriptions de l'île de Beauté: seuls deux candidats REM seront présents au second tour des législatives dimanche, contre trois nationalistes et trois Les Républicains. Les candidats nationalistes sont même arrivés largement en tête au premier tour dans les deux circonscriptions de Haute-Corse.
- 'Besoin de renouvellement' -
Jean-Félix Acquaviva (D), candidat de "Pé a Corsica", à Vescovato en Haute-Corse, le 14 juin 2017
AFP
Le FN, quant à lui, s'est effondré entre le premier tour de la présidentielle, où Marine Le Pen était arrivée en tête, et le 11 juin, quand son parti a fait moins de 5%.
Dans les rues ensoleillées de Bastia, Michel Castellani, sorti en tête du premier tour des législatives pour la coalition "Pé a Corsica" ("Pour la Corse") avec plus de 30% des voix dans la 1e circonscription de Haute-Corse, est arrêté par des passants, âgés pour la plupart, qui s'adressent à lui en corse. Le professeur émérite d'économie, grand échalas au visage fatigué, n'est pas rompu à l'exercice: "Je suis bien mieux dans mon amphi avec mes élèves", glisse-t-il.
Adjoint au maire de Bastia depuis 2014, ce septuagénaire revendique "une nouvelle logique": "A la place des gens investis par le haut, nous, nous sommes nés sur le terreau des injustices qui frappent la Corse". Et s'il espère faire reconnaître la situation particulière de la Corse, il se veut aussi rassurant: "On ne veut pas déstabiliser les institutions françaises comme on le dit quelquefois, ce qu'on veut c'est que la Corse ait des moyens institutionnels".
Le combat sera plus difficile pour Paul-André Colombani, arrivé loin derrière le sortant Camille de Rocca-Serra (LR) dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud.
Une des principales figures du nationalisme dans l'île, président du Conseil exécutif de Corse, le premier maire nationaliste de Bastia, Gilles Simeoni, lui, regrette que le mouvement passe à côté du carton plein: dans la première circonscription de Corse-du-Sud, le candidat "Pé a Corsica" Jean-Paul Carrolaggi a terminé 13 voix seulement derrière la candidate REM qui s'est qualifiée au second tour.
"En Corse, comme ailleurs il y a un besoin profond de renouvellement (...) aujourd'hui c'est le mouvement nationaliste qui l'incarne", analyse-t-il auprès de l'AFP: "Le moment est venu que Paris, la République, reconnaisse l'existence d'une question corse".
En ligne de mire pour les nationalistes: le vote attendu à la fin de l'année pour la collectivité unique de Corse, qui doit voir le jour en 2018 de la fusion de la collectivité territoriale actuelle et des deux départements de l'île.
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