En fin de campagne, François Fillon se place dans le prolongement de la primaire
À moins d’une semaine du premier tour, persuadé de réitérer sa percée surprise des primaires, le candidat se place sur le créneau d’une droite traditionnelle.

En fin de campagne, François Fillon se place dans le prolongement de la primaire

À moins d’une semaine du premier tour, persuadé de réitérer sa percée surprise des primaires, le candidat se place sur le créneau d’une droite traditionnelle.
Public Sénat

Temps de lecture :

8 min

Publié le

Mis à jour le

François Fillon donne-t-il des gages à l’aile droite de son électorat ? À moins d’une semaine du premier tour de la présidentielle, persuadé de réitérer sa percée surprise des primaires, le candidat de la droite s’est placé sur le créneau d’une droite traditionnelle, offensive sur le terrain de la sécurité et des valeurs.

Émanation politique de la Manif pour tous, Sens commun pourrait faire son entrée au gouvernement, en cas de victoire de la droite. « Pourquoi pas », avait répondu François Fillon ce dimanche sur Radio J. Le mouvement, qui l’avait soutenu durant la primaire, avait joué un rôle notable dans l’organisation du rassemblement du Trocadéro. « Sens commun fait partie des hommes et des femmes qui sont fiers de leur pays, attachés à leurs traditions, pour lesquels j’ai beaucoup de respect, c’est des composantes », avait-il expliqué.

Au Sénat, l’entourage du candidat semble en tout cas ne pas être gêné par ce type de majorité. Bruno Retailleau et Jean-Pierre Raffarin répondent tous les deux à notre micro que Sens Commun « fait partie de la majorité ». François Baroin, pressenti à Matignon en cas d’élection de François Fillon, affirme sur BFMTV ne pas avoir « d’a priori » sur ce mouvement.

Malaise chez certains centristes

La possibilité d’un gouvernement qui intégrerait Sens commun a heurté plus d’un député LR dans l’aile centriste. L’ancien ministre Dominique Bussereau, soutien d’Alain Juppé, a ainsi considéré que cette ouverture serait une « faute ».

Le député-maire de Reims, Arnaud Robinet, proche de Bruno Le Maire durant la primaire, a lui aussi exprimé subtilement son opposition sur Twitter :

Face à ces critiques, l’un des tenants de la ligne dure chez les Républicains, Laurent Wauquiez, en appelle au rassemblement et apporte son « soutien » à Sens commun, qu’il voit comme « injustement caricaturé ».

L’appel du MNR (le parti d’extrême droite de Bruno Mégret) à voter François Fillon dès le premier tour, a également fait réagir Hugues Renson, l’ancien conseiller aux affaires sociales de Jacques Chirac. « Pas ma France », s’est exclamé ce soutien d'Emmanuel Macron sur Twitter.

La position de François Fillon n’est pas nouvelle. Le 6 octobre, alors en pleine campagne pour les primaires, le député de Paris imaginait, à l’américaine, « un ticket » avec Madeleine de Jessey, la cofondatrice de Sens Commun :

«Dommage qu'on ne soit pas aux Etats-Unis parce que s'il y avait une vice-présidence, j'aurais proposé de faire un ticket avec Madeleine. »

Si François Fillon se défend de constituer un gouvernement avant l’élection, la déclinaison du programme n’a elle rien d’hypothétique. Dans ses discours du week-end de Pâques, François Fillon place le curseur très à droite dans ses réunions et dans ses discours. Le ton avait déjà été donné lors de son meeting de la porte de Versailles, le 9 avril.

« La sécurité pour tous »

Samedi, au Puy-en-Velay, un haut lieu du catholicisme, il livre un discours centré sur « l’identité de notre nation » et la « culture française ». Avec Laurent Wauquiez à ses côtés, le candidat déclare que « le patriotisme n’est pas un gros mot ». À quelques mètres de la cathédrale, il énumère les références culturelles et littéraires, il parle histoire, géographie ou encore éducation. « Être Français et vivre en France, c’est une chance mais c’est aussi une charge ».

En déplacement à Nice, l’un des fiefs de la droite, François Fillon s’est ensuite positionné sur une thématique sécuritaire, promettant « la sécurité partout et pour tous » et « la guerre au totalitarisme islamique » :

« Je protégerai la France. Je protégerai les Français. Je protégerai nos intérêts économiques, je protégerai la paix, par la force si c’est nécessaire. »

Philippe Dominati, présent à la réunion du groupe du Sénat, se réjouit que « les vrais sujets » soient enfin abordés dans la campagne. Exit les affaires. Le sénateur de Paris, laconique, voit dans ces sujets des « thèmes importants dans la campagne », et « qui intéressent les Français ».

« Il réaffirme son projet »

Proche de Nicolas Sarkozy, Alain Joyandet n’observe, lui, pas de durcissement dans la campagne, mais plutôt la continuité de la campagne des primaires :

 « Je ne vois pas de changement […] J’ai plutôt le sentiment qu’il réaffirme le projet qui a été le sien depuis le début. Peut-être que nous avions un peu oublié cela à cause de la perturbation que nous avons eue. »

Alain Joyandet : « François Fillon réaffirme le projet qui a été le sien depuis le début »
00:49
Images : Stéphane Hamalian

Le positionnement de François Fillon peut-il être un obstacle pour élargir son socle électoral ? « À ce stade des élections, il faut laisser notre candidat exprimer son projet, je pense que ce n’est pas le moment de le gêner encore », répond simplement le sénateur de la Haute-Saône, qui rappelle qu’il s’agit d’une campagne de « premier tour ». « Il ne faut pas penser au deuxième tour avant le premier. La spécificité du candidat sera retenue au premier tour. On premier tour, on affirme son projet. »

Alain Joyandet : « Ce n'est pas le moment de gêner notre candidat »
00:42
Images : Stéphane Hamalian

Un autre signe montre que le candidat muscle sa campagne. Dans son discours, il déplore l’actuelle surpopulation carcérale dans des termes très durs, déjà entendus plus tôt dans cette campagne :

 « Disons-le franchement, la prison est devenue l’université de la délinquance et, dans certains quartiers pénitenciers, l’université du fanatisme islamique ! »

Sa formule rappelle les mots qu’avait employés Marine Le Pen lors de la visite d’un centre pénitentiaire en février. La dirigeante du Front national avait réclamé le « rattachement de la pénitentiaire au ministère de l'Intérieur » et le « renforcement du renseignement pénitentiaire » pour que « les prisons ne deviennent pas l'université du jihad et du fondamentalisme islamiste ». La candidate du Front national, avait même été plus loin lors du débat télévisé du 4 avril en affirmait que la France était « une université des djihadistes ».

Tensions avec la presse lors des meetings

Signe d’une campagne qui se tend, le meeting de Nice a lui aussi été le théâtre de nouveaux incidents vis-à-vis de la presse, sifflée lors du meeting. Plusieurs journalistes rapportent avoir été pris à parti durant l’événement, à commencer par une journaliste de BFMTV qui affirme s’être fait cracher dessus.

Deux journalistes du site Buzzfeed rapportent avoir été malmenés par le service d’ordre, alors qu’ils filmaient. Un tableau qui rappelle celui de la porte de Versailles le 9 avril.

« Si la presse se fait siffler, ce n’est pas à ma demande », se défend François Fillon ce matin sur Europe 1, qui se refuse d’excuser les actes de certains de ses partisans :

« Il faut juste parfois vous poser la question de savoir si vous avez zéro responsabilité dans cette situation. Pendant deux mois et demi ou trois mois, on a fait du Fillon-bashing tous les jours […]. Donc il y a un peu de colère chez les militants […] Je la comprends cette colère, je ne l’excuse pas. »

Ces comportements n’ont pas été du goût de Christian Estrosi. Le président de la région Paca a lui aussi été chahuté par le public alors qu’il s’attaquait à Marine Le Pen et à ses déclarations sur le Vél’ d’Hiv.

Le soutien de Nicolas Sarkozy : « dimanche prochain, je vous demande de vous rassembler derrière François Fillon »

À cinq jours du premier tour, les choix de François Fillon sont en tout cas peu commentés à droite, qui fait bloc derrière son candidat et se met à rêver à nouveau d’alternance. Un seul mot d’ordre : « mobilisation générale », nous raconte Jean-Pierre Raffarin.

Comme une illustration de ce « rassemblement », Nicolas Sarkozy a appelé ce mardi soir les électeurs à voter pour François Fillon « sans état d’âme ».

« L'intérêt de la France impose à chacun d’entre nous de voter, sans état d'âme, pour François Fillon. C’est ce que je ferai. »


Partager cet article

Dans la même thématique

En fin de campagne, François Fillon se place dans le prolongement de la primaire
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le