En milieu rural, le manque de pompiers volontaires pourrait avoir des conséquences pour la sécurité des habitants
A Gignac, commune semi-rurale de l’Hérault, tous les pompiers de la caserne sont volontaires. Entre les contraintes professionnelles, le manque de reconnaissance et la crise des vocations, il reste très peu de monde pour assurer les astreintes la journée. Pourtant la sécurité des habitants en dépend. Reportage.

En milieu rural, le manque de pompiers volontaires pourrait avoir des conséquences pour la sécurité des habitants

A Gignac, commune semi-rurale de l’Hérault, tous les pompiers de la caserne sont volontaires. Entre les contraintes professionnelles, le manque de reconnaissance et la crise des vocations, il reste très peu de monde pour assurer les astreintes la journée. Pourtant la sécurité des habitants en dépend. Reportage.
Public Sénat

Par Audrey Vuetaz

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ce jour-là, le lieutenant Cyril Zieba, chef de centre à Gignac a de la chance. Ce sont les vacances scolaires, alors Dominique, pompier volontaire qui travaille habituellement dans un collège a pu prendre les gardes du matin et de l’après-midi.

Mais même avec cela, le chef doit se rajouter au tableau, pour faire le nombre, le temps que Gérard, ripeur à Montpellier, termine son travail et commence son « astreinte pompier » à 16h.

La journée, de 7h à 19h le tableau blanc des astreintes est devenu un casse-tête, car dans la caserne de Gignac tout le monde est volontaire, tout le monde a donc un métier à côté.

80 % des interventions consistent à faire du secours à la personne. « Pour cela il faut une ambulance et trois pompiers aux compétences différentes : un conducteur, un chef d’agrès et un équipier », détaille Cyril Zieba. S’il y a deux conducteurs et pas de chef d’agrès, le véhicule ne peut pas être déclenché.

Il faut alors faire appel aux casernes aux alentours qui travaillent avec des pompiers professionnels. Les délais de réponses sont alors rallongés à un moment où des vies peuvent en dépendre.

Cyril Zieba se démène pour que cela arrive le moins possible.

 

« Je viens de terminer une garde d’ambulancier et là j’enchaîne avec les pompiers »

En France, 80 % des pompiers sont volontaires, ils doivent accomplir au moins une nuit d’astreinte par semaine et un week-end par mois mais la plupart font beaucoup plus comme Mickaël Bourrat, ambulancier de métier : « Je viens de terminer une garde de nuit et là j’enchaîne la journée avec les pompiers volontaires. C’est beaucoup de sacrifices, mais en même temps si on est là c’est qu’on aime ça. » Des sacrifices, car sa fonction de pompier rogne sur ses loisirs, sur sa vie de famille aussi.

« Si les pompiers disparaissent dans le monde rural c’est aussi le lien social avec la population qui disparaît, car une grande part de notre mission c’est aussi de faire face à la détresse sociale. »

Pourtant les pompiers volontaires viennent à manquer… Ils sont de moins en moins nombreux à pousser les portes de la caserne. En cause, des formations qui prennent du temps sur la vie personnelle, des métiers à côté trop contraignants et un manque de reconnaissance d’après eux.

Bernard Martinez, pompier depuis 38 ans se souvient d’une période bien différente : « Avant on partait avec les anciens et on apprenait sur le tard. Maintenant il faut beaucoup plus d’engagement, beaucoup plus de temps, s’ils ont une copine il faut sacrifier la copine pour les formations, il y a des formations qui peuvent durer une année. Il y a beaucoup plus de contraintes qu’avant. »

 

90 centimes d’euros pour une heure d’astreinte

Le chef de centre sait qu’il ne peut pas compter sur le levier financier pour motiver ses pompiers où attirer de nouvelles recrues. « On ne fait pas pompier volontaire pour l’argent » et pour cause, lorsque les pompiers ne sont pas déclenchés ils ne sont payés que 90 centimes d’euros par heure d’astreinte.

Alors Cyril Zieba mise sur d’autres points : « Les anciens, il s’agit de les faire évoluer au niveau de la caserne, qu’ils prennent de plus en plus de responsabilités qu’ils évoluent en compétences. » Car peu le savent, mais un pompier volontaire qui a un grade supérieur peut être amené à diriger des pompiers de métier.

Il mise aussi sur un tout nouveau camion incendie, flambant neuf qui a été reçu en septembre. Son coût : 270 000 euros. « Ça montre la reconnaissance qu’on nous porte et ça fait vraiment plaisir et puis ça permet aussi d’attirer de potentielles recrues qui voient qu’on travaille avec du bon matériel, c’est motivant. »

Cyril Zieba tente aussi de démarcher des collectivités pour décrocher des conventions : un accord de l’employeur qui permet d’adapter l’emploi du temps professionnel et l’activité de pompier volontaire.

« Mais peu d’employeurs l’acceptent, » nous confie un pompier « ils sont peu nombreux à accepter que l’on abandonne notre poste pour aller sur un feu, ou que l’on arrive fatigués au travail parce qu’on a été en intervention toute la nuit. Et si on se blesse en mission et que l’on ne peut plus travailler pendant un temps ? »

 

Un manque de reconnaissance pour les pompiers volontaires

Tous s’accordent à dire que leur engagement n’est pas assez reconnu. « La population oui, elle nous remercie, mais pour le reste rien », affirme Bernard Martinez. » Après 40 de carrière de pompier volontaire », j’aurais le droit à 1950 euros de retraite par an.

Les pompiers de Gignac pensent cependant que la loi Matras va dans le bon sens. Elle devrait permettre plus de reconnaissance pour le volontariat avec notamment d’octroi d’une bonification de retraite. 3 trimestres après dix ans d’engagement, complétés par un trimestre supplémentaire tous les cinq ans). Bernard pourrait ainsi partir avec trois ans d’avance.

» Lire aussi : Pompiers volontaires : que contient le texte adopté par le Sénat ?

Partager cet article

Dans la même thématique

En milieu rural, le manque de pompiers volontaires pourrait avoir des conséquences pour la sécurité des habitants
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le

Nationwide protests over cost of living – Dijon
6min

Politique

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.

Le