En pleine crise, l’Elysée licencie Benalla, toujours en garde à vue
Face à une crise sans précédent, l'Elysée a annoncé vendredi qu'il licenciait son collaborateur Alexandre Benalla, placé en garde à vue après...

En pleine crise, l’Elysée licencie Benalla, toujours en garde à vue

Face à une crise sans précédent, l'Elysée a annoncé vendredi qu'il licenciait son collaborateur Alexandre Benalla, placé en garde à vue après...
Public Sénat

Par Gaëlle GEOFFROY et Eléonore DERMY

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Face à une crise sans précédent, l'Elysée a annoncé vendredi qu'il licenciait son collaborateur Alexandre Benalla, placé en garde à vue après une vidéo le montrant frapper un manifestant le 1er-Mai, sans parvenir à calmer l'indignation des parlementaires qui ont interrompu leurs travaux.

En fin de journée le Premier ministre Edouard Philippe a appelé à la "responsabilité" face à "l'obstruction parlementaire" et la "récupération politique", alors que les parlementaires réclament de l'entendre sur l'affaire Benalla.

M. Benalla n'est pas licencié pour les violences du 1er-Mai mais pour avoir reçu des enregistrements vidéo le concernant: il "aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir", explique l'Elysée.

De quel document s'agit-il ? Selon une source proche du dossier, trois policiers - un contrôleur général, un commissaire et un commandant - ont été suspendus à titre conservatoire pour avoir extrait des images de vidéo-surveillance de la Ville de Paris et les avoir transmises, mercredi, à M. Benalla.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, qui a "condamné lourdement" ces agissements, doit être entendu au Sénat mardi à 17H45.

M. Benalla a été placé en garde à vue vendredi matin à Paris dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte la veille après la diffusion d'une vidéo mercredi soir par Le Monde.

Alexandre Benalla (g) au côté d'Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Angers en février 2017
Alexandre Benalla (g) au côté d'Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Angers en février 2017
AFP/Archives

Il est visé pour des faits de violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public, d'usurpation de fonctions, de port illégal d'insignes réservés à l'autorité publique et de complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection.

Le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a été entendu jeudi comme témoin dans la même enquête. Il avait expliqué au Monde avoir décidé les sanctions contre M. Benalla: mise à pied deux semaines sans versement de salaire et changement d'affectation.

Vincent Crase, un gendarme réserviste et agent d'accueil pour LREM qui était avec Alexandre Benalla le 1er mai, a également été placé en garde à vue vendredi.

- Macron silencieux -

Les investigations ont été confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ainsi qu'à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

D'autres enquêtes seront menées au Parlement, par la commission des Lois de l'Assemblée, et par celle du Sénat, qui va demander lundi d'être dotée des mêmes prérogatives.

Les vidéos montrant M. Benalla, chargé de mission auprès du chef de cabinet de la présidence de la République et chargé de la sécurité, coiffé d'un casque à visière, en train de frapper un jeune homme et une jeune femme le 1er-Mai, ont généré un flot de critiques et de questions.

Alexandre Benalla (d), responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, le 1er mars 2017 au Salon de l'agriculture à Paris
Alexandre Benalla (d), responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, le 1er mars 2017 au Salon de l'agriculture à Paris
AFP/Archives

L'indignation ne s'est jamais aussi vivement exprimée dans la classe politique depuis l'élection de mai 2017, jusqu'à paralyser les débats à l'Assemblée sur la réforme constitutionnelle.

Dans une grande tension, des députés des oppositions accusent Gérard Collomb de "mensonges", demandant que le ministre, voire le Premier ministre, vienne s'expliquer après de nouvelles informations de presse selon lesquelles M. Collomb était au courant dès le 2 mai.

Benoît Hamon (Générations) a demandé la démission de Gérard Collomb. Les députés LFI ont proposé une motion de censure du gouvernement.

Au coeur de la tourmente, Emmanuel Macron est resté silencieux, refusant de répondre aux questions des journalistes. Il travaillera ce week-end à la Lanterne près de Versailles "comme d'habitude", selon l'Elysée.

- "Le vrai scandale c'est l'Elysée" -

Les critiques sur des thèmes chers à Emmanuel Macron comme l'autorité de l'Etat et l'exemplarité n'ont pas manqué.

Le pouvoir que M. Macron "décrivait lui-même comme jupitérien semble s'affranchir des valeurs sur lesquelles repose notre République", a fustigé la présidente du RN (ex-FN) Marine Le Pen, pour qui cette affaire met "en lumière la tentation de polices parallèles".

Vu la pression politique et médiatique, le licenciement de M. Benalla "était évidemment la seule issue possible", a réagi vendredi le député LREM Matthieu Orphelin.

Alexandre Benalla
Eléments biographiques d'Alexandre Benalla, collaborateur d'Emmanuel Macron qui a frappé un manifestant lors du 1er-Mai, en garde à vue pour violences
AFP

Au groupe LREM, "beaucoup attendaient que ce soit réglé dès hier", rapporte un "marcheur", tandis qu'à droite, le président de LR Laurent Wauquiez assure dans Le Figaro que "cette affaire marque la fin de son discours sur la République exemplaire".

"Le vrai scandale ça n'est pas Benalla, c'est l'Elysée, l'Elysée qui fait le choix de la dissimulation", a ajouté M. Wauquiez.

Luc Carvounas (PS) a estimé qu'"il y a eu un mensonge par omission" de M. Collomb car la police des polices avait déjà été saisie alors que le ministre avait laissé entendre jeudi que c'était nouveau.

Partager cet article

Dans la même thématique

Blois: Political figure at summer convention campusPS.
9min

Politique

« Elle est capable de tout, de balancer un scud » : la présence de Ségolène Royal dans la primaire PS va-t-elle rebattre les cartes pour Raphaël Glucksmann ?

Candidate à la primaire PS/Place Publique, Ségolène Royal va-t-elle bousculer le scénario où Raphaël Glucksmann serait désigné ? « Il y a deux lignes politiques différentes dans la primaire : celle de l’union de la gauche », défendue par Ségolène Royal, et celle « d’union avec le centre droit » de Raphaël Glucksmann, pointe le directeur de campagne de la candidate, Luc Carvounas. Un point commun avec Olivier Faure, qui pourrait faire sens en cas de second tour face au candidat Place Publique…

Le

Paris : Rassemblement Loi Intégrale et Lyhanna
5min

Politique

Loi intégrale : les 1,5 milliard d’euros annoncés par le gouvernement sont-ils à la hauteur des besoins revendiqués par les associations ?

Dans une tribune publiée mardi 15 septembre dans Le Monde, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé près de 1,5 milliard d’euros pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles en 2027, auxquels s’ajouteraient 2,6 milliards d’euros pour la protection de l’enfance. Des montants que les associations jugent insuffisants pour financer l’ensemble des mesures prévues par la « loi intégrale ».

Le

Paris: Conference de presse Bruno Retailleau pouvoir d achat
4min

Politique

Budget : Bruno Retailleau demande au gouvernement le retour de la réforme des retraites

Sur franceinfo, le candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau a développé un peu plus la ligne de responsabilité qu'il entend incarner en indiquant que sa famille politique allait demander le retour de la réforme des retraites dans le prochain budget. Une réforme que le gouvernement avait suspendue l'année dernière, dans le cadre d'un compromis avec les socialistes.

Le

Rachida Dati and Carlos Ghosn Face Corruption Trial in Paris
5min

Politique

Ouverture du procès pour corruption de Rachida Dati : retour sur l’affaire

Rachida Dati a-t-elle touché 900 000 euros pour soutenir les intérêts de Renault au Parlement européen ? L'ex-ministre de la Justice comparaît à partir de ce mercredi 16 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris dans un retentissant procès pour corruption et trafic d'influence, jugée avec l'ex-PDG de Renault-Nissan CV (RNCV), Carlos Ghosn, absent à son procès aujourd’hui, pour avoir perçu de l'argent du constructeur lorsqu'elle était eurodéputée.

Le