En quête d’un second souffle, Hamon se présente en rempart anti-Marine Le Pen

En quête d’un second souffle, Hamon se présente en rempart anti-Marine Le Pen

Alors que le candidat socialiste doit trouver les clefs pour relancer sa campagne, l’accord entre Benoît Hamon et Yannick Jadot est critiqué au sein même du PS. Les jeux ne sont pas faits assurent les soutiens du candidat. Hamon ne veut pas laisser Macron incarner le vote utile contre Marine Le Pen.
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A deux mois du premier tour, Benoît Hamon doit impérativement trouver les moyens d’impulser une nouvelle dynamique à sa campagne, s’il veut conserver ses chances d’être au second tour. Après un effet primaire, où le socialiste était monté à 18% dans les sondages, le candidat est donné à 13% selon une étude Kantar Sofres OnePoint pour RTL, Le Figaro et LCI. Seule consolation : il est devant Jean-Luc Mélenchon dans cette enquête réalisée juste avant l’accord avec l’écologiste Yannick Jadot.

A défaut d’un rassemblement de toute la gauche – Hamon et Mélenchon restent chacun candidat – Benoît Hamon a pu s’afficher ce matin aux côté de l’ex-candidat d’EELV lors d’un déplacement dans un Mc Donald’s sur le thème de l’évasion fiscale. Fort de cet accord, le candidat socialiste cherche aujourd’hui à se placer au cœur de son électorat. « Il me revient de rassembler la gauche. (…) Je ne renonce pas à parler à tous les électeurs, notamment les électeurs de gauche qui voudraient pouvoir voter Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon  » a lancé devant la presse Benoît Hamon (voir la vidéo : images de LCP-AN).

« Nous avons les moyens d’être au second tour de la présidentielle et de battre Marine Le Pen »

Alors qu’Emmanuel Macron, qui voit le député PS Christophe Caresche se rallier à lui, semble profiter de l’alliance avec François Bayrou, Benoît Hamon se présente en seul rempart efficace contre l’extrême droite, qui continue de progresser dans les sondages, y compris au second tour. « J’espère que les électeurs de gauche se retrouverons dans ce projet car nous avons les moyens d’être au second tour de la présidentielle et de battre Marine Le Pen. (…) Si demain il y a un candidat tiède au second tour, nous aurons un scénario à l’américaine, qui est d’avoir cru qu’avec le projet d’Hillary Clinton, qui était mi-chèvre mi-choux, ni droite, ni gauche, on pouvait battre Trump. Ce projet n’a pas plus de chance de battre Marine Le Pen en France, qu’il n’avait de chance de battre Trump » selon Benoît Hamon.

Après l’échec des discussions avec Mélenchon, « évidemment c’est compliqué » pour la campagne « mais ça n’a rien de perdu » assure la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann. « Les citoyens prendront leur responsabilité. Il y a un côté vote efficace, de responsabilité. Non pas parce qu’il est le moins pire, mais car il est porteur d’avenir » croit la sénatrice. De là à parler de vote utile… Marie-Noëlle Lienemann pense que la dynamique va continuer à gauche pour Benoît Hamon. « Il y a aussi des contacts avec Bastien Faudot du MRC ou encore nos amis communistes, dont tous ne sont pas hyper convaincus de l’opportunité de la campagne de Jean-Luc Mélenchon » souligne la socialiste, qui planche sur les services publics pour la campagne. Le candidat tient meeting mercredi à Brest sur le sujet. « Il y a beaucoup d’hésitations chez les fonctionnaires » note Marie-Noëlle Lienemann. Le candidat veut revaloriser le point d’indice et créer 40.000 postes de plus dans l’Education nationale.

« Macron, c’est le Giscard de 2017 »

Pour l’heure, pas de panique chez les proches du candidat. « Les choses se décantent » soutient Pascal Cherki, député PS proche de Benoît Hamon, qui y va de sa comparaison :

« Emmanuel Macorn, c’est de plus en plus un programme de droite, un programme giscardien. Macron, c’est le Giscard de 2017. C’est la même politique que Juncker, Merkel ou Rajoy en Espagne. Il est peut-être plus souple sur les questions de société ou l’accueil des migrants, mais sur le fond économique et social, c’est le programme de la droite ».

L’équipe du candidat pense que la partie reste jouable car « rien n’est cristallisé. A part la très forte détermination des électeurs de Marine Le Pen, tout reste très volatile », souligne Pascal Cherki. Le député ne croit pas que les discussions avec Jadot étaient une perte de temps dans une campagne qui avance vite. « Il fallait qu’on le prenne », justifie-t-il.

« Clairement, ça ne marche pas » selon un parlementaire PS, « c’est n’importe quoi » s’emporte un autre socialiste

Ce n’est pas l’avis de tous les camarades socialistes. Un certain nombre de parlementaire PS toussent en regardant la campagne. Sous couvert d’anonymat, ils se lâchent : « Clairement, ça ne marche pas » dit l’un. « C’est n’importe quoi » s’emporte un autre socialiste qui n’était pas du camp des frondeurs.

Sur Facebook, l’ami de François Hollande, Julien Dray, y va aussi de son commentaire : « Ainsi donc, pendant un mois, on nous a fait croire qu'on discutait programme etc ... En fait, la réalité triviale est là : un groupe a pris en otage le candidat désigné par deux millions d'électeurs... Pour permettre à tous ses sortants d'avoir une circonscription électorale ».

Un député s’étonne que « beaucoup de temps ait été perdu sur la recherche d’un accord impossible avec Mélenchon et pour l’accord avec Jadot afin d’aller convaincre les 9.000 personnes qui ont voté à la primaire EELV. Sur le fond, l’accord avec Jadot est incroyable, que ce soit sur Bure ou Notre-Dame-des-Landes. C’est assez paradoxal de voir le temps passé pour une personne à 2% dans les sondages. Les 800.000 personnes qui ont voté Valls à la primaire font plus dans les urnes » note ce parlementaire qui avait soutenu l’ex-premier ministre et pour qui il faut « d’abord rassembler sa famille politique ». Les vallsistes ont prévu de se voir demain autour du chef.

« Ça ressemble plutôt à une campagne d’agit-prop qu’une campagne présidentielle »

Un parlementaire PS estime que la campagne de Benoît Hamon « ressemble plutôt à une campagne d’agit-prop qu’une campagne présidentielle ». Et le « malaise » ne se limiterait pas aux anciens soutiens de Manuel Valls, selon cet élu. « Certains ont le sentiment d’être considérés comme quantité négligeable ».

Un socialiste compare aimablement la stratégie de Hamon à celle d’un « étudiant attardé de l’Unef, pour déstabiliser Mélenchon… » Quant à appeler au vote utile, « c’est trop tard » pense le même. « Il va se mettre en mouvement pour Macron… » La fronde serait limitée à quelques-uns répondent les soutiens de Benoît Hamon. « Le gros du parti suit », assure Marie-Noëlle Lienemann, « l’heure n’est plus aux états d’âme ». La réunion des parlementaires mardi après-midi au QG du candidat sera l’occasion de le vérifier.

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