En reconstruction, le PS peine à se faire entendre face à la France insoumise
Entre règlements de compte et tâtonnements sur sa ligne politique, le PS, qui se voit comme la seule "opposition responsable de...

En reconstruction, le PS peine à se faire entendre face à la France insoumise

Entre règlements de compte et tâtonnements sur sa ligne politique, le PS, qui se voit comme la seule "opposition responsable de...
Public Sénat

Par Stéphanie LEROUGE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Entre règlements de compte et tâtonnements sur sa ligne politique, le PS, qui se voit comme la seule "opposition responsable de gauche" à Emmanuel Macron, reste peu audible face au tribun Jean-Luc Mélenchon et à ses "Insoumis".

Illustration des difficultés à tenir un discours clair : les hésitations des socialistes sur leur participation ou non à la manifestation du 12 septembre à l'appel de la CGT contre la réforme du code du travail.

Vendredi, le président du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée, Olivier Faure, a semblé trancher en annonçant que le PS n'y participerait pas, contredisant deux autres membres de la direction provisoire, François Kalfon (aile gauche) et Luc Carvounas.

Mais en soirée, le numéro deux du parti Rachid Temal a corrigé auprès de l'AFP : "c'est bien lundi au bureau national que sera prise la décision sur les actions du PS, dont la question du 12".

Samedi ce sont les Jeunes socialistes qui ont annoncé leur décision prise "à l'unanimité" lors d'un bureau national de manifester le 12 septembre, selon leur président Benjamin Lucas, qui a appelé à "faire entendre la voix de notre génération et des socialistes".

La question de la réforme du travail est particulièrement glissante pour le PS : comment faire comprendre à l'opinion qu'il y est hostile, alors que le projet du gouvernement apparaît pour beaucoup comme le prolongement de la "loi travail" de 2016 ?

Dans un communiqué, la rue de Solférino s'est efforcée d'expliquer que la réforme actuelle reprenait des éléments de la "version 1" de la loi El Khomri justement rejetés par le PS (notamment sur ce qui concerne les règles du licenciement).

Mais au sein-même du PS, certains ne peuvent s'empêcher d'ironiser sur ce qu'ils décrivent comme un revirement : "moi, je m'étais opposé à la loi El Khomri (...) on peut dire que le PS a peut-être changé, mais la rivière est revenue dans son lit", a raillé vendredi sur RFI François Kalfon.

- 'Meilleur proposant' -

Ces dissensions, suite logique des déchirements qui ont marqué le quinquennat Hollande, surviennent après un été marqué par les règlements de compte, où le candidat à la présidentielle Benoît Hamon a été attaqué par les "hollandais" Stéphane Le Foll et Julien Dray sur le montant de ses dépenses de campagne (15 millions d'euros pour un score catastrophique de 6,36% au premier tour), et le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis sur sa gestion du parti.

Le conseiller régional Julien Dray a à nouveau demandé un "audit impartial et transparent" de la campagne de M. Hamon. "Y en a marre ! Maintenant que chacun soit dans le collectif", a réagi auprès de l'AFP Rachid Temal.

Les déclarations estivales de François Hollande, perçues comme une manière de positionner les siens en vue du Congrès de 2018, n'ont pas non plus fait l'unanimité. "Les débats de l'été c'était un peu pathétique... le retour de François Hollande, les saillies de Le Foll... Si notre projet c'est le retour de François Hollande il faut qu'on fasse autre chose", commente un membre de la direction collégiale.

Ces polémiques font bien les affaires de Jean-Luc Mélenchon, perçu par les Français comme le mieux à même d'incarner l'opposition à Emmanuel Macron, selon un sondage Ifop pour le JDD publié la semaine dernière.

Dans son discours de rentrée à Marseille, le chef de file de La France insoumise n'a pas manqué de le souligner : "Nous ne sommes pas nous prostrés (...) à nous disputer les uns avec les autres les maigres os qui restent après le festin des puissants. Non. Nous avons réglé tous les problèmes qui vont occuper pour des mois encore tous les autres", a-t-il lancé le 27 août, en se félicitant que LFI n'ait pas de problèmes "de leadership", "d'égo", de "programme" ou de "stratégie".

Côté PS, on espère que le temps permettra aux socialistes de redresser la tête, et d'apparaître comme une "véritable alternance" face à un Jean-Luc Mélenchon enfermé dans sa "radicalité".

"Ce n'est pas parce qu'on fait du bruit qu'on est les meilleurs opposants, on est meilleur opposant car on est meilleur proposant", souligne Olivier Faure.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Gerard Larcher elu President du Senat
6min

Politique

« Grand oral », « intox » et promesses : un match oppose Patrick Kanner à Rachid Temal pour la tête du groupe PS du Sénat

Les 62 sénateurs PS vont élire ce mercredi leur président de groupe. Le sortant Patrick Kanner, président depuis 2018, voit son poste convoité par Rachid Temal, qui pointe le manque de collégialité. Entre grands oraux passés ce mardi par le courant d’Olivier Faure et discussions de couloirs, cette campagne courte et discrète n’en est pas moins intense.

Le

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action
8min

Politique

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action

La hausse des taux d’intérêt continue de s’élever à un rythme qui n’avait pas été anticipé. Elle renchérit à la fois le coût des nouvelles émissions de dette mais aussi le renouvellement des anciens bons du Trésor. Selon l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, la charge annuelle de la dette pourrait à moyen terme retrouver des niveaux que la France n’avait plus connu depuis l’entre-deux-guerres.

Le

Paris : Block Everything protest day
7min

Politique

Blocus des lycées : « Une fois sorti du tube, le dentifrice ne rentre plus »

Parti de revendications sur les moyens, le manque d’enseignants ou les conditions d’étude, le mouvement lycéen s’étend de ville en ville. Le soutien affiché de La France insoumise et la réponse ferme du gouvernement ont progressivement déplacé la contestation sur le terrain politique. Mais les sociologues insistent sur l’autonomie des élèves et redoutent que l’affrontement entre adultes ne finisse par éclipser leurs revendications.

Le

La Seyne-sur-Mer RN party’s President Jordan Bardella
8min

Politique

Accusations d'antisémitisme : « La défense de Jordan Bardella est assez classique. C’est celle de Fillon en 2017 », selon le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet

Dans la tourmente depuis lundi et l’article de Mediapart qui a révélé des écrits antisémites datant de 2013, le président du RN, Jordan Bardella, a annoncé dans la foulée le dépôt d’une plainte pour diffamation et dénonce une opération destinée à le « tuer politiquement ». Cette mise en avant d’une « manipulation » n’est pas sans rappeler la défense de François Fillon il y a 10 ans et pose la question d’une future mise à l’écart de celui censé former un ticket avec Marine Le Pen pour l’élection présidentielle.

Le