« En Ukraine, les journalistes sont délibérément ciblés », dénonce Christophe Deloire de Reporters sans frontières
Après la mort de trois journalistes couvrant la guerre en Ukraine et plus de 30 blessés, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) souligne que le « danger est extrêmement important » pour les journalistes ukrainiens qui n’étaient pas préparés au conflit. RSF a ouvert un centre à Lviv pour les aider.

« En Ukraine, les journalistes sont délibérément ciblés », dénonce Christophe Deloire de Reporters sans frontières

Après la mort de trois journalistes couvrant la guerre en Ukraine et plus de 30 blessés, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) souligne que le « danger est extrêmement important » pour les journalistes ukrainiens qui n’étaient pas préparés au conflit. RSF a ouvert un centre à Lviv pour les aider.
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Pour les journalistes internationaux ou ukrainiens couvrant le conflit, le danger est très grand. Trois reporters de plus sont morts. « Ça a été un miracle jusqu’à samedi de ne pas avoir de journalistes tués », souligne Christophe Deloire secrétaire général de Reporters sans frontières, qui rappelle que « plus de 300 journalistes » sont morts aussi en Syrie. Pour les jeunes journalistes qui souhaitent se rendre en Ukraine sans être préparés, il met en garde : « Ce n’est pas un endroit où on va faire du tourisme journalistique ». Entretien.

Deux journalistes, un cameraman franco irlandais, Pierre Zakrzewski, et Oleksandra Kuvshinova, une Ukrainienne qui l’accompagnait, ont été tués lundi près de Kiev dans une attaque. L’Américain Brent Renaud a été tué par balle dimanche dans la banlieue nord-ouest de Kiev. Il y a aussi des journalistes blessés. Dans ce contexte compliqué, comment les journalistes arrivent-ils à faire leur travail sur place ?

Ce n’est pas le premier conflit. En Syrie, il y a eu plus de 300 journalistes tués et peut-être des centaines de plus encore. Simplement, la problématique particulière de ce conflit en Ukraine, c’est que les journalistes sont délibérément ciblés. Ça a été un miracle jusqu’à samedi de ne pas avoir de journalistes tués, car il y a plusieurs équipes TV qui ont fait l’objet d’attaques. Maintenant, les statistiques commencent à monter.

Sur place, il y a deux problématiques différentes : celle des grands reporters et celle des journalistes ukrainiens, qui ne sont pas du tout préparés à la guerre. J’étais sur place samedi. On a ouvert un centre à Lviv pour la formation et apporter du matériel de protection. Pour les journalistes sur place, 80 % de la couverture porte sur la guerre. Et donc une bonne partie des journalistes ukrainiens se sont mis à traiter d’un sujet pour lequel ils n’étaient pas préparés. Le danger est extrêmement important pour eux. Mais le travail des journalistes est d’autant plus important pour une guerre qui a été savamment préparée par une guerre de l’information.

Quels conseils donneriez-vous aux journalistes qui souhaiteraient se rendre en Ukraine ?

Les journalistes qui se rendent sur place et qui sont expérimentés, je n’ai vraiment pas de conseils à leur donner. On entend dire qu’il y a beaucoup de jeunes gens non préparés. Evidemment, il faut avoir suivi des formations avant de se rendre sur un théâtre de guerre et être équipé. C’est le cas pour la plupart des journalistes. Ce n’est pas un endroit où on va faire du tourisme journalistique.

Jean-Yves Le Drian a rappelé l’obligation de garantir la protection des journalistes couvrant les conflits, conformément au droit international. Ce droit est-il généralement respecté sur les zones de conflit ?

Le droit international n’est évidemment pas toujours respecté. Et les moyens de le faire appliquer sont assez faibles. La dernière grande résolution du Conseil de sécurité date de mai 2015. J’étais intervenu au Conseil de sécurité à cette occasion. En tout, il y a eu deux résolutions du Conseil de sécurité sur la protection des journalistes et une résolution bi annuelle de l’Assemblée générale. Les Etats membres doivent protéger les journalistes. Et il est du devoir des belligérants de respecter ça, c’est une obligation. Mais ce qui manque aujourd’hui, c’est un mécanisme d’application du droit international. C’est pour cela que nous demandons un poste de représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies sur la protection des journalistes.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le