Aux alentours de 14 heures, une professeure d’arts plastiques de 60 ans a été poignardée, à trois ou quatre reprises, par un collégien de 3e,, à Sanary-sur-Mer (Var). L’élève, « pas connu pour avoir commis le moindre fait de violences », a été interpellé et placé en garde à vue pour tentative d’assassinat, a annoncé le procureur de Toulon, Raphaël Balland. L’enseignante, prise en charge par le Samu et évacuée à l’hôpital, est actuellement entre la vie et la mort. A ce stade, « aucune connotation religieuse ou politique », n’a été établie. « On sait seulement qu’il y avait eu des tensions avec cette professeure ces derniers temps, et qu’il lui en voulait, a priori d’avoir fait des rapports à son encontre », a poursuivi le magistrat.
« On s’interroge sur cette violence, on se dit quand est-ce que ça va s’arrêter. Tant que l’on ne fait pas une vraie prévention ça peut toujours arriver », a réagi auprès de l’AFP, la secrétaire départementale SE-Unsa du Var, Emilie Vandepoel. Un point de vue partagé par Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur (Snalc) : « On a quand même plus d’agressions ultraviolentes ces dernières années […] devant ou à l’intérieur de l’établissement, jusque dans la salle de classe ». Et d’ajouter : « Ce n’est pas parce qu’on met en place une fouille aléatoire ponctuelle que ça va arrêter quoi que ce soit ». Des contrôles aléatoires à l’entrée des établissements par les policiers et les gendarmes ont, en effet, été mis en place à partir de mars 2025, à l’initiative du ministère de l’Education nationale.
Une proposition de loi au Sénat pour protéger les enseignants
Des fouilles auxquelles les sénateurs ont tenté de donner un cadre juridique à travers une proposition de loi sénatoriale du centriste Laurent Lafon. Sa collègue Annick Billon, rapporteure du texte, y a ajouté une disposition pour permettre les fouilles des sacs et des casiers des élèves par le proviseur, le proviseur adjoint ou le conseiller principal d’éducation. La copie prévoit également l’automaticité de la protection fonctionnelle pour les agents de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur. Afin de rendre plus systématique le dépôt de plainte, un article impose à l’administration, avec l’accord de l’agent concerné ou de ses ayants droit s’il est décédé, de déposer plainte à sa place, lorsqu’il a été victime d’outrages, menaces ou violences du fait de ses fonctions.
Ce texte reprend une partie des recommandations d’une commission d’enquête du Sénat, portant sur les menaces et agressions contre les enseignants. Celle-ci faisait suite à une demande écrite de la sœur de Samuel Paty au palais du Luxembourg. « Le simple fait qu’un professeur ait pu être décapité pour blasphème en 2020 démontre que failles, il y a », avait-elle mis en avant lors de son audition. La proposition de loi a été adoptée à l’unanimité à la Chambre haute en mars 2025. Elle a été examinée par la commission des Affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale en octobre, mais n’a pas encore fait l’objet de discussions en séance publique.
Quid des portiques de sécurité ?
En avril dernier, une attaque au couteau dans un établissement scolaire à Nantes, avait amené le Premier ministre de l’époque, François Bayrou, à considérer l’installation de portiques de sécurité à l’entrée des écoles. « Je pense que tout ce qui peut aller dans le sens de la sanctuarisation de l’école, c’est une notion que j’ai défendue depuis longtemps », avait-il affirmé. A gauche comme à droite, les sénateurs y voyaient une fausse solution. « Ça fait 15 ans qu’on entend parler de ces portiques et ça ne se fera pas plus après les déclarations tonitruantes du Premier ministre », estimait la socialiste Colombe Brossel. Pour la centriste Annick Billon, ces dispositifs sont « inefficaces », car les élèves eux qui « veulent venir avec couteau peuvent venir avec un couteau en céramique ». Et d’ajouter : « C’est trop cher et il vaut mieux soigner le mal à la racine ». Selon la LR Laurence Garnier, il faut cibler l’installation de portiques « dans les établissements à risques » mais « on ne pourra pas mettre un policier derrière chaque lycéen pour l’empêcher d’entrer avec un couteau ». « La question, c’est plutôt les moyens d’alerte, de détection et de traitement d’enfants ou d’ados qui peuvent apparaître comme ayant des difficultés », considérait la socialiste Karine Daniel, alors que l’attaque à Nantes avait remis sur la table la question de la santé mentale des jeunes.