FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
Crédits : NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Entre appels à la « clarification » face au RN et mode de désignation du candidat, la tension revient chez les LR, malgré « un bilan positif » des municipales

Les sénateurs LR ont débriefé des municipales jugées réussies dans les villes moyennes, malgré les défaites de Paris et Lyon. Reste le cas de Nice, où Bruno Retailleau n’a pas appelé à battre Eric Ciotti, allié au RN. La sénatrice LR Dominique Estrosi Sassone, présente sur la liste de Christian Estrosi, dénonce « l’absence de clarification de (sa) famille politique ». Le bureau politique de ce mardi soir devrait permettre quelques franches explications…
François Vignal

Temps de lecture :

11 min

Publié le

Trois heures de débrief. Il fallait au moins ça, pour revenir sur les résultats des élections municipales, pour les sénateurs LR. Ce mardi matin, le retour de la réunion de groupe a permis aux sénateurs de faire le bilan, calmement. Avec un certain satisfecit.

Un sénateur sort le temps de répondre à un appel : « Très belle campagne, je suis ravi », félicite l’élu LR, avant de retourner dans la salle Médicis, dans les sous-sols du Sénat. A la sortie, tout le monde file pour un déjeuner de groupe, qui prolonge ces retrouvailles post-municipales. Max Brisson, le porte-parole des sénateurs LR, s’attarde un peu. Il assure que « ce matin, flottait un air plutôt sympathique, un air guilleret. C’était printanier, car les résultats, dans plusieurs départements, sont bons ».

Pour les sénatoriales, « il peut y avoir une stabilité de notre groupe »

Il en veut pour preuve de bons résultats globaux, passés un peu sous les radars. « Le bilan est tout à fait positif pour LR, marquant notre ancrage territorial », souligne le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques. Il relate le point fait par le sénateur LR Roger Karoutchi, à la tête de la CNI (commission nationale d’investiture) : « En regardant les voix obtenues par des candidats LR, ou de droite, soutenus par LR, en dehors des candidats du bloc central, on est à 36 % au premier tour, dans les communes de plus de 9.000 habitants. Sur ces 1.100 communes de France, 630 maires LR et divers droite ont été élus », se félicite Max Brisson, qui parle de la « sphère LR ».

Si « on n’arrive pas à s’implanter ou à reprendre les plus grandes villes, Paris, Lyon, Marseille ou Nantes, même s’il y a des progressions, il y a des bascules assez grandes, comme Brest, Clermont-Ferrand, Besançon. Il y a une vraie percée, avec une implantation dans les communes de plus de 9.000 habitants », ajoute Stéphane Piednoir, sénateur LR du Maine-et-Loire.

Evidemment, ces résultats sont de bon augure pour les élections de sénatoriales de septembre prochain, où la moitié des sièges seront renouvelés. Car avec 95 % des grands électeurs composés de conseillers municipaux, les municipales sont l’antichambre des sénatoriales. « Il peut y avoir une stabilité de notre groupe, alors qu’on annonçait un recul », soutient Max Brisson, même s’il faut analyser « les distorsions, d’un département à l’autre ». Ce que feront les sénateurs LR, lors d’un séminaire prévu en avril, a priori à Nancy. Les investitures pour les sénatoriales sont attendues début mai.

« Sur Nice, Bruno Retailleau a dit qu’il avait parlé avec son cœur »

A écouter les sénateurs, tout va bien donc. Mais en réalité, les LR ont quelques dossiers sensibles sur le feu. Car les résultats des municipales ont été entachés par le cas de Nice. Dans la préfecture des Alpes-Maritimes, le président des LR, Bruno Retailleau a préféré laisser aux électeurs choisir entre le maire sortant Horizons, Christian Estrosi, soutenu officiellement par LR au premier tour, et Eric Ciotti, allié au RN. Comme on le sait, c’est ce dernier qui l’a emporté. L’affaire a entraîné une sérieuse polémique. Les poids lourds des LR sont montés au créneau, de Xavier Bertrand à Michel Barnier, en passant par le président du Sénat, Gérard Larcher, pour défendre l’accord. En vain.

Le sujet, sensible, a été évoqué lors de la réunion de groupe. « Bruno Retailleau a dit qu’il avait parlé avec son cœur. Et Gérard Larcher a dit qu’il y avait eu une petite différence, mais que ça ne posait pas de problème majeur, en substance. Il ne veut pas en faire une affaire d’Etat », raconte un sénateur LR. Reste que le sujet a montré un clair désaccord entre les deux figures du Sénat. « Le cas de Nice a été évoqué par le président Retailleau lui-même », confirme Max Brisson. « Il assume, il a dit qu’il parlait toujours en sincérité, que ça pouvait être un défaut, mais qu’il assumait », explique ce proche du candidat Retailleau, qui pointe l’attitude de Christian Estrosi : « Aller chercher des voix dans les mosquées, c’est bien du communautarisme ».

Mine des mauvais jours

Il y en a une qui a préféré sécher la réunion de groupe. C’est Dominique Estrosi Sassone. La sénatrice LR des Alpes-Maritimes était la cheffe de file LR à Nice et soutenait Christian Estrosi, dont elle est l’ex-épouse. Ce qui revient à un coup de poignard dans le dos pour la sénatrice LR, reste très difficile à avaler. Quelques minutes après la réunion de groupe, on la croise au milieu de la Cour de jonction, non loin des grilles qui mènent à la présidence de la Haute assemblée. Derrière ses lunettes de soleil, Dominique Estrosi Sassone ne peut cacher la mine des mauvais jours. Des sénatrices viennent lui dire un mot de soutien, spontanément.

Elle avoue qu’elle n’avait « pas trop envie d’aller à la réunion » de groupe. Mais elle a des choses à dire. Ses propos, elle les réserve pour le bureau politique des LR, prévu en fin de journée. Un BP qu’elle prédit « tendu ». Elle ne cache pas cependant son amertume, comme elle l’avait déjà exprimé à publicsenat.fr. « Je dirai ce que j’ai vécu à Nice. Et ce que j’ai reproché à ma famille politique », explique-t-elle, avant de pointer « l’absence de clarification de ma famille politique ».

« Ils disent que c’est juste Nice, mais tôt ou tard, ça ne sera pas juste Nice… »

Dominique Estrosi Sassone alerte sur « l’absence de clarification, localement. Il y a une porosité prégnante, entre bon nombre d’élus locaux LR et des députés UDR ou RN ». Elle rappelle l’épisode du général Gomart, encarté LR, qui a soutenu Eric Ciotti, sans être exclu.

« Surprise et déçue » par l’attitude de Bruno Retailleau, elle rappelle avoir été « pendant six ans sa vice-présidente au groupe » et l’avoir « soutenu pour la présidence des LR, dans mon département ». Depuis, pas un appel du président des LR. Elle s’étonne de sa justification aujourd’hui. « Ça veut dire quoi, parler avec le cœur ? C’est le cœur avant la raison », regrette la présidente de la commission des affaires économiques du Sénat, qui pointe aussi le timing : « On ne fait pas ça à trois jours du deuxième tour. Ça n’aurait peut-être pas changé le résultat, mais on n’avait pas besoin de ça… » Dominique Estrosi Sassone apprécie peu aussi ses collègues qui auraient tendance à minimiser l’épisode. « Ils disent que c’est juste Nice. Mais taux ou tard, ça ne sera pas juste Nice… »

« Des personnes qui vont jouer au plaisir de diviser la droite »

La sénatrice des Alpes-Maritimes ne sera pas la seule à demander une clarification au bureau politique. Elle sera épaulée notamment par la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. « Il y aura des personnes qui vont jouer au plaisir de diviser la droite quand elle gagne », regrette Max Brisson, y voyant juste « des personnalités qui veulent faire parler d’elles ». « Il y aura un mélange de gens qui ont un vrai débat de fond et d’autres qui seront dans l’instrumentalisation pour des arrières pensées de candidature. Chacun se reconnaîtra », ajoute Julien Aubert, vice-président des LR.

Sur Nice, « ce n’est pas l’extrême droite, c’est Eric Ciotti, ancien président des LR », ajoute et minimise l’ancien député du Vaucluse, qui pense que « ce n’est pas parce qu’il a fait alliance (avec le RN), que brutalement, ses opinions sont devenues d’extrême droite. A un moment, faut rester raisonnable ». Un autre soutien de Bruno Retailleau va un peu plus loin et ajoute : « Certains considèrent que s’allier avec Emmanuel Macron, c’est moins grave que s’allier avec Eric Ciotti voire Marine Le Pen. Ce qui en soi, mériterait débat ».

Primaire fermée, semi-ouverte, ouverte… ou le président du parti candidat des LR ?

L’autre gros sujet au menu de ce bureau politique, c’est la présentation des conclusions du groupe de travail sur le mode de départage pour désigner le candidat des LR à la présidentielle, que dirigeait Gérard Larcher.

Selon Le Figaro, quatre idées seraient proposées : une primaire fermée, une primaire semi-ouverte (soit avec des candidats LR, avec un corps électoral élargi), une primaire ouverte (qui peut inclure des candidats hors LR) ou que le président du parti soit le candidat des LR. Mais selon un membre des LR, l’idée d’une primaire totalement ouverte ne serait pas sur la table. Ce qui est sûr, c’est que ce sera aux militants LR de décider du mode de départage, qui leur sera soumis au vote.

Bruno Retailleau est contre la primaire, quand Gérard Larcher évoque l’idée

Les LR sont partagés sur le sujet de la primaire. Stéphane Piednoir se dit « assez partisan d’une primaire, assez large ». « Si vous n’avez pas de primaire, vous allez frustrer Lisnard, Wauquiez, qui vont se lancer seuls. Ce sera mortifère pour la droite », craint le sénateur LR Stéphane Le Rudulier. D’autres y voient la machine à perdre. « Une primaire ouverte n’a aucun sens. Retailleau et Philippe sont contre. Par ailleurs, ça ne crée pas de dynamique », pense un autre sénateur LR.

Bruno Retailleau est pour sa part contre la primaire. C’est du moins ce que confient ses soutiens, depuis des mois. Mais pour compliquer les choses, Gérard Larcher a évoqué l’idée d’une primaire, le 11 mars dernier. Soit un nouveau point de dissension entre les deux. « Oui, mais je pense que Gérard Larcher, fondamentalement, est pour une primaire avec Edouard Philippe. Car dans une optique sénatoriale, il veut garder une majorité large, car il y aura une poussée RN. Il veut limiter la casse. Il pense aussi que s’il y a trop de candidats, ça fera le jeu de Bardella », avance comme explication un soutien de Bruno Retailleau. Le même ajoute, minimisant l’impact de la différence d’analyse : « Ce n’est pas Gérard Larcher qui fera le candidat. Ce sont les militants qui vont trancher. Et on verra si les militants en veulent à Bruno sur Nice. Je ne pense pas ».

Pour 2027, « il peut y avoir des accords politiques qui interviennent ensuite… »

Primaire ou pas primaire, le président du parti pourra toujours jouer sa carte, pensent ses soutiens. « Ce que le président Retailleau a dit clairement, c’est qu’un parti comme le nôtre a vocation à avoir un candidat à la présidentielle, sinon, c’est un club de boulistes. Après, il peut y avoir des accords politiques qui interviennent ensuite… Mais à l’heure qu’il est, renoncer dès à présent à avoir un candidat serait une sorte d’effacement qui n’a pas de raison d’être », ajoute pour sa part Max Brisson. Entre Bruno Retailleau, si sa candidature est confirmée, et Edouard Philippe, il sera toujours temps d’être « responsable ». Si un tel accord entre les différentes familles de la droite devait avoir lieu, pour qu’il ne reste qu’un candidat, certains l’imaginent début 2027. « Chacun fait sa campagne et deux mois avant, on regarde les sondages et on fait un accord », avance un ancien ministre LR. D’ici là, les LR devraient avoir désigné leur candidat avant l’été.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Presidential Election
10min

Politique

LR, PS, RN, LFI,… objectif 2027 : que révèlent les chiffres des municipales ?

À un an de la présidentielle, les résultats des élections municipales offrent un premier aperçu des forces et faiblesses des principaux partis, sans pour autant prédire ce que va donner la bataille pour 2027. Entre ancrages locaux solides et fragilités stratégiques, la droite (LR), la gauche (PS, LFI), le centre et l’extrême droite (RN) dessinent un paysage fragmenté et incertain, où chaque camp commence déjà à se positionner pour 2027.

Le

Entre appels à la « clarification » face au RN et mode de désignation du candidat, la tension revient chez les LR, malgré « un bilan positif » des municipales
5min

Politique

Accord LFI-PS : les sénateurs socialistes appellent à un changement de ligne de la part d’Olivier Faure

Après les résultats en demi-teinte des socialistes aux élections municipales, la position d’Olivier Faure est fragilisée. Le bureau national du PS, mardi soir va tourner au règlement de compte. Lors de la réunion de groupe des sénateurs PS, ce matin, plusieurs élus ont invité le premier secrétaire à tirer les conséquences de l’échec global des alliances avec LFI.

Le