Entre « coup de com’ » et « gadget », les sénateurs tancent les annonces d’Emmanuel Macron
Interviewé par Brut, le chef de l’Etat s’est exprimé pendant plus de deux heures sur tous les sujets d’actualité. Sécurité, discriminations, violences policières… Il n’a pas convaincu les sénateurs de droite comme de gauche.

Entre « coup de com’ » et « gadget », les sénateurs tancent les annonces d’Emmanuel Macron

Interviewé par Brut, le chef de l’Etat s’est exprimé pendant plus de deux heures sur tous les sujets d’actualité. Sécurité, discriminations, violences policières… Il n’a pas convaincu les sénateurs de droite comme de gauche.
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Par Pierre Maurer

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Il voulait s’adresser aux jeunes. Il leur a livré un « grand débat ». Emmanuel Macron a choisi d’accorder un entretien fleuve au média de vidéos en ligne Brut pendant plus de deux heures ce vendredi soir. Jeunesse, discrimination, violences policières, précarité… Ses annonces n’ont pas - dans l’ensemble - satisfait les sénateurs de droite comme de gauche, qui dénoncent un « coup de com’pour l’élection présidentielle ». « C’est hallucinant ce besoin de communiquer en permanence ! En allant sur Brut, il s’adresse aux jeunes et il adapte son discours de manière très démagogique », s’exclame la sénatrice Les Républicains Jacqueline Eustache-Brinio. « Il fait des annonces sur Brut alors que le Parlement est en examen budgétaire… », regrette quant à elle la sénatrice centriste Nathalie Goulet.

Face aux accusations d’autoritarisme, Emmanuel Macron a répondu. « Je ne peux pas laisser dire qu’on réduit les libertés en France », a-t-il affirmé, en prônant l’apaisement après les vives polémiques sur les « violences policières » - une expression qu’il a accepté de prononcer. Sur l’emploi du terme, « c’est difficile de dire le contraire avec ce qu’on a vu », remarque Nathalie Goulet. Elle plaide pour une plus grande transparence dans le suivi des affaires de l’IGPN. « Il faut demander que le Parlement soit saisi comme c’est le cas en Grande-Bretagne ou en Belgique avec l’objectif « d’assurer l’indépendance des enquêtes ». Elle souligne que dans ces deux pays, « le contrôle est composé en partie de membres de la société civile », voire « est fait de façon indépendante du ministère de l’Intérieur ». Mais pour Jacqueline Eustache-Brinio, Emmanuel Macron « remet en cause le fait que la police défend les citoyens » en tenant ces propos. « Macron se dit choqué par les images de violences policières. Je crois qu’à un moment donné, il devrait tenir ses troupes et donner des discours plus convaincants », critique la sénatrice écologiste Esther Benbassa.

Sur le très controversé article 24 de la loi « Sécurité globale », paroxysme d’une crise au plus haut sommet de l’Etat, les sénateurs n’ont pas été rassurés. Rachid Temal regrette une « prise d’otage des institutions pour un petit problème interne au gouvernement ». « Bruno Le Maire essaye de se proposer comme futur Premier ministre avec la réforme des retraites, et Darmanin fait la même chose avec l’article 24 », cingle-t-il, fustigeant les « larmes de crocodiles » des députés « Playmobil » de la majorité et un gouvernement qui « se bastonne ». Comme Esther Benbassa, il veut une suppression de l’article 24 au Sénat. Au gouvernement et à la majorité, il recommande « d’acheter le droit constitutionnel pour les nuls ». Et termine : « J’étais tout à l’heure avec des classes de CM2. Ils me demandaient comment fonctionne le Parlement. Je leur ai expliqué. On devrait peut-être aussi le faire avec le gouvernement ! » Jacqueline Eustache-Brinio appelle, elle, à « cesser les palabres. Le Sénat va y travailler, le texte sera voté et passera ensuite en commission mixte paritaire. Laissons le temps législatif faire son travail. »

Plateforme « gadget » pour lutter contre les discriminations

L’annonce par Emmanuel de la création d’une plateforme pour lutter contre les discriminations, lancée en janvier ne recueille aucune faveur. « C’est un gadget », dénonce le sénateur socialiste Rachid Temal. « Le problème aujourd’hui n’est pas de recueillir les discriminations. Il y a une multitude d’études qui l’ont fait. Le problème est d’agir. Avec le groupe socialiste on va déposer une proposition de loi à ce sujet. Le temps de la parole est terminé, il est temps d’agir », tance-t-il. Et de lancer un défi au président de la République : « Je dis chiche à Emmanuel Macron, prenons l’excellent rapport de Jacques Toubon (ancien Défenseur des Droits) et mettons-le en application ! » La sénatrice écologiste, Esther Benbassa raille, elle, « un numéro vert » de plus. « Ce n’est pas avec ça qu’on va régler les discriminations qui sont le vrai séparatisme », estime-t-elle. À droite, Jacqueline Eustache-Brinio s’étrangle : « On est dans un pays d’une extrême liberté, il y a des lois contre les discriminations et on n’est pas discriminés dans ce pays. C’est faux ! C’est démagogique et dangereux parce que notre pays a besoin d’unité. »

Bien qu’il n’adhère pas à ce qu’il a appelé la « cancel culture » (un concept importé des États-Unis), Emmanuel Macron a considéré que « tout une part de notre histoire collective n’est pas représentée ». En prenant l’exemple du père d’Alexandre Dumas, il n’a pas exclu que de nouvelles statues soient érigées et que certaines rues soient rebaptisées. « C’est une très bonne chose, reconnaît Esther Benbassa, la France devrait ériger plus de statues de personnes venant de pays colonisés. Aujourd’hui il y a une demande identitaire, il ne faut pas déboulonner les statues. Mais il faut préciser en dessous des statues la partie grise de l’histoire de chaque grand personnage », pense-t-elle.

Dans l’ensemble, les sénateurs demandent qu’il y ait « un peu moins d’annonces ». « Il faut des textes mieux travaillés et qu’ils aillent au bout », réclame Nathalie Goulet. « Le problème d’Emmanuel Macron, c’est la différence entre la parole et les actes », abonde Rachid Temal. « Cela fait des mois qu’on alerte sur la jeunesse. On connaît les difficultés pour entrer sur le marché de l’emploi. Quand on propose des choses, on se fait jeter. Pourquoi ne peut-on pas faire adopter des propositions ? », interroge-t-il, alors que le chef de l’Etat a annoncé « envisager une nouvelle aide exceptionnelle » pour les jeunes au mois de janvier. Ce que salue Xavier Iaccovelli, sénateur de La République en marche. « Emmanuel Macron a affirmé à la jeunesse qu’elle ne serait pas la génération sacrifiée de la Covid. Des mesures ont été prises pour ne pas les abandonner. Je pense au plan un jeune une solution qui investit 7 milliards pour aider les jeunes à accéder à l’emploi », a-t-il écrit sur Twitter.

« Pourquoi il ne veut pas le RSA pour les jeunes ? », interpelle Esther Benbassa. « Il dit que ça ne les incite pas à travailler. Mais ça leur permettrait de chercher du travail. C’est très moralisateur ».

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