Jean-Luc Mélenchon Supports Anais Belouassa-Cherifi at Rally in Lyon
Jean-Luc Melenchon attends a major campaign rally in support of Anais Belouassa-Cherifi during the 2026 municipal and metropolitan elections at the Bourse du Travail in Lyon on February 26, 2026.//BONY_1.001389/Credit:Bony/SIPA/2602270845

« Epstine » : Jean-Luc Mélenchon a-t-il enterré la perspective d’une gauche unie ?

Attaque contre les médias, soutien indéfectible à la Jeune Garde, mais surtout des propos ambigus qui prêtent le flanc aux accusations d’antisémitisme, Jean-Luc Mélenchon s’est mis à dos, une nouvelle fois, une grande partie des responsables politiques, après son discours lors d’un meeting à Lyon. De quoi rendre délicate des listes d’union de la gauche aux municipales.
Simon Barbarit

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« Je n’ai pas envie d’en faire de la pub », nous éconduit gentiment une responsable du parti communiste lorsqu’on l’interroge sur la dernière « sortie » de Jean-Luc Mélenchon, jeudi soir à Lyon lors d’un meeting de soutien à la candidate LFI, Anaïs Belouassa-Cherifi.

Devant 2000 personnes réunies à la Bourse du travail, Jean-Luc Mélenchon est resté fidèle à sa stratégie : ne jamais rien lâcher face à ses adversaires politiques qui, depuis 15 jours, pointent la responsabilité morale de LFI dans la mort du jeune militant d’extrême droite, Quentin Deranque, tué sous les coups de militants antifa, lors d’une bagarre de rue à Lyon. Même si deux collaborateurs parlementaires du député LFI Raphaël Arnault, le fondateur du mouvement antifa La Jeune Garde, sont mis en examen dans le cadre de l’enquête, « la demande de dissolution de la Jeune Garde ne repose sur rien […] ce n’est pas une organisation criminelle », a martelé le leader Insoumis.

Connu pour ses relations conflictuelles avec les médias, L’ancien sénateur PS a distribué les bons et les mauvais points. L’Humanité et les nouveaux médias numériques de gauche ont été applaudis. Quant aux médias traditionnels, il leur a lancé : « Foutez-moi la paix. Vous n’avez pas le pouvoir de nous convoquer. Vous n’avez pas le pouvoir de vous inviter de force ».

Mais de tout son discours, ce sont ses propos ambigus sur la prononciation du nom du criminel sexuel, Jeffrey Epstein, qui ont suscité la polémique et provoqué la colère ou au moins l’embarras des responsables politiques de gauche. « Je voulais dire ‘’Epstine’’ pardon, ça fait plus russe ‘’Epstine’’. Alors maintenant, vous direz Epstine au lieu d’Epstein, Franckenstine au lieu de Frankenstein. Eh bien voilà, tout le monde comprend comment il faut faire », a-t-il lancé sous les applaudissements du public.

Des propos pour le moins ambigus qui ont été abondamment commentés et critiqués en particulier à gauche. « Honteuse copie des propos d’Alain Soral qui fait froid dans le dos. L’antisémitisme n’a pas sa place en République », a fustigé sur X le Secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. « Non mais ça va pas non ! Vraiment, rien ne va dans ces propos. Rien », s’est offusquée la patronne des écologistes, Marine Tondelier sur le même réseau social. « Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux », a sermonné le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

« Je ne veux pas voir le logo du PS associé à celui de LFI »

Si cette dernière « sortie » de Jean-Luc Mélenchon donne du grain à moudre aux partisans du cordon sanitaire autour de LFI, elle embarrasse surtout les partenaires du NFP, car dans plusieurs villes comme Marseille ou Toulouse, la gauche ne pourra gagner qu’en étant unie face à la droite ou à l’extrême droite. « Jean-Luc Mélenchon est un personnage sulfureux et dangereux pour la démocratie. La position d’Olivier Faure est loin d’être suffisante car le mot d’antisémitisme n’est pas prononcé. Le Premier secrétaire doit être à l’écoute de ses militants et convoquer un bureau national », demande le président du groupe socialiste, Patrick Kanner qui ajoute : « Je ne veux pas voir le logo du PS associé à celui de LFI au premier tour ou au second tour. Les valeurs doivent l’emporter sur les calculs politiciens ».

Dans l’entourage d’Olivier Faure, on se refuse toujours d’enterrer la possibilité d’un rapprochement avec les Insoumis entre les deux tours et on indique que le Premier secrétaire s’exprimera plus longuement dimanche sur ce sujet. En début de semaine, le secrétaire général du parti, Pierre Jouvet. avait admis de « rares » rapprochements possibles si les candidats insoumis clarifiaient « leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique ».

Au centre des critiques, Jean-Luc Mélenchon s’est largement défendu sur X. « J’ai ironisé sur la volonté de vouloir faire avec « Epstine » un nom pour « russifier » le problème. Consternante réaction de ceux qui y voient de l’antisémitisme. Ça pose question sur leurs réelles motivations sur cette question. L’antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet ». Le député LFI, Paul Vannier a lui publié un extrait du meeting au cours duquel, le leader Insoumis a dénoncé « la présence de « la statue géante » de Louis IX dans l’hémicycle du Sénat. « Celui qui a inventé le signe pour désigner les juifs et brûler des piles de Thora. Il est temps de l’enlever de là », a martelé Jean-Luc Mélenchon.

« Cela rappelle les pratiques de l’extrême droite et la longue historie de l’antisémitisme »

Pour Jonathan Hayoun, essayiste, réalisateur de la série documentaire « Histoire de l’antisémitisme », diffusé sur Arte, « le problème se situe surtout dans la stratégie offensive de Jean-Luc Mélenchon ». « Jusqu’à présent, lorsqu’il était accusé d’antisémitisme, il répondait qu’il s’agissait d’une instrumentalisation. Là, il accuse carrément ses détracteurs d’être antisémites. Je ne pense pas que ces propos soient condamnables par la loi. Mais convoquer l’origine, faire des jeux de mots sur les noms, cela rappelle les pratiques de l’extrême droite et la longue historie de l’antisémitisme. Sa référence à Louis IX prouve qu’il connaît bien l’histoire et rajoute de l’indécence à ses propos. Ça me rappelle la stratégie de Jean-Marie Le Pen qui pouvait balancer ce genre de jeux de mots dans un meeting tout en affirmant qu’il fallait combattre l’antisémitisme d’Etat de l’union soviétique ».

« LFI devient désormais le mouvement à abattre à gauche »

« Jean-Luc Mélenchon met en difficulté les gens comme moi qui trouvent inadmissible l’ostracisation de LFI, et cette inversion des valeurs à laquelle on assiste depuis quelques jours. C’est-à-dire ce confusionnisme qui consiste à vouloir placer LFI à l’extrême gauche et à intégrer l’extrême droite dans la droite », déplore la sénatrice écologiste, Raymonde Poncet-Monge. « Jean-Luc Mélenchon a dit des choses importantes pendant deux heures et il sait très bien qu’on ne va retenir que ses propos sur Epstein. D’ailleurs, des gens de ma famille étaient au meeting, et ils n’ont pas compris ce qu’il a voulu dire. LFI devient désormais le mouvement à abattre à gauche, en particulier chez les socialistes. Mais attention, on ne peut pas être à l’avant-garde de la critique quand on est le parti qui a mis en scelle Macron après un quinquennat où la gauche avait toutes les cartes en main », ajoute-t-elle.

Le président du groupe écologiste du Sénat Guillaume Gontard invite à « faire la part des choses ». « Il y a une dérive de Jean-Luc Mélenchon avec des propos qui pourraient s’apparenter à de l’antisémitisme, ce qui n’est pas acceptable. Pour les écologistes il n’y a qu’un seul cap, ce qu’on a toujours porté, ce sont nos valeurs républicaines : liberté égalité fraternité. Et quand la candidate LR soutenue par les macronistes à Marseille, Martine Vassal cite la devise de Pétain : Travail, Famille, Patrie, ou quand la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, reprend une expression de Charles Maurras en qualifiant LFI de parti anti-France, c’est tout aussi condamnable ».

Cette séquence s’inscrit dans une stratégie de fond de la France Insoumise pour les municipales. « LFI est dans une logique de rupture, notamment avec le reste de la gauche. Elle consiste à ne pas nouer d’alliance au premier tour, et à faire porter la responsabilité de cette désunion sur les autres responsables politiques. Les dirigeants insoumis savent que leur parti est très nationalisé. Pour que l’organisation soit capable de durer dans le temps, surtout quand Jean-Luc Mélenchon ne sera plus là, elle a besoin de s’ancrer dans le territoire. C’est ce qui a permis aux communistes, aux socialistes ou au LR de durer », analyse Pierre-Nicolas Baudot politiste, spécialiste de la gauche. « Lors des précédentes campagnes présidentielles, Jean-Luc Mélenchon a eu de bons scores en assumant une candidature de rupture. Ça passe par le fait de s’isoler des autres partis politiques pour faire face à l’extrême droite. Il l’a d’ailleurs répété plusieurs fois jeudi soir : il n’y a que deux côtés de la barricade ».

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