Éric Ciotti, nouveau président de LR, promet « une droite de l’ordre, du travail, de l’autorité, de l’identité »
Le député des Alpes-Maritimes a été élu à la tête des Républicains ce dimanche 11 décembre, avec 53,7 % des suffrages. Bruno Retailleau, 46,3 % des voix, n’est pas parvenu à combler le retard accusé après le premier tour. Éric Ciotti succède ainsi à Christian Jacob, à la direction d’un parti qui n’a cessé de perdre du terrain depuis cinq ans. Durant la campagne, il a largement défendu la candidature de Laurent Wauquiez pour 2027.

Éric Ciotti, nouveau président de LR, promet « une droite de l’ordre, du travail, de l’autorité, de l’identité »

Le député des Alpes-Maritimes a été élu à la tête des Républicains ce dimanche 11 décembre, avec 53,7 % des suffrages. Bruno Retailleau, 46,3 % des voix, n’est pas parvenu à combler le retard accusé après le premier tour. Éric Ciotti succède ainsi à Christian Jacob, à la direction d’un parti qui n’a cessé de perdre du terrain depuis cinq ans. Durant la campagne, il a largement défendu la candidature de Laurent Wauquiez pour 2027.
Romain David

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Éric Ciotti va prendre la direction des Républicains. Le député des Alpes-Maritimes est arrivé ce dimanche en tête de l’élection pour la présidence du parti, avec 53,7 % des voix. Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, récolte 46,3 % des suffrages, selon les résultats annoncés par Annie Genevard, la présidente par intérim de LR, peu après 18 heures, heure de clôture du scrutin. 91 109 adhérents étaient inscrits pour participer à cette élection en ligne, ils sont près de 70 % à avoir pris part au vote.

Éric Ciotti va donc prendre la suite de Christian Jacob, qui a quitté la direction de LR en juin, après les législatives. Il aura la lourde tâche de redresser un parti laminé par les défaites électorales depuis 2017, jusqu’au score historiquement bas de Valérie Pécresse à la présidentielle, et redonner un cap à une droite écartelée entre la galaxie Macron et la dynamique du Rassemblement national. Lors de sa première prise de parole après sa victoire, au 20 heures de TF1, Éric Ciotti a expliqué vouloir bâtir « une droite de l’ordre, du travail, de l’autorité, de l’identité ». « La question est d’abord celle de la survie de la France, aujourd’hui notre pays est frappé par le déclin et il faut redresser la France. J’ai la conviction que seule la droite républicaine, héritière du général de Gaulle, a ce devoir », a-t-il déclaré. Et de marteler: « Je veux une droite ferme, qui rétablisse l'ordre dans la rue où le désordre s'installe.»

Une rampe de lancement pour Laurent Wauquiez

Sur le fond, Éric Ciotti et Bruno Retailleau ont fait campagne sur des lignes très similaires, affichant leur fermeté sur le régalien et un certain conservatisme sur les sujets sociétaux. Les deux ont fait des problématiques liées à l’immigration et à l’insécurité une priorité. À la différence de Bruno Retailleau, Éric Ciotti a répété qu’il considérait Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, comme le candidat naturel de sa famille politique pour la présidentielle de 2027, laissant ainsi entendre qu’il pourrait faire de LR une écurie présidentielle. « Je veux supprimer les primaires, c’était un engagement majeur de ma campagne. Je considère que Laurent Wauquiez doit incarner l’espérance. Il faut que nous ayons un candidat assez vite. Laurent Wauquiez conjugue beaucoup d’atouts pour redresser la droite », a-t-il soutenu dimanche soir. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy n’a toutefois pas encore levé le voile sur ses intentions.

« Plus de 46 % pour moi qui n’étais pas favori, c’est inespéré »

En plein Mondial de football, Bruno Retailleau rêvait d’une remontada pour rattraper un retard d’environ 5 000 voix sur son concurrent à l’issue du premier tour. L’important report de voix dont il semble avoir bénéficié de la part des électeurs du député Aurélien Pradié - le troisième homme, éliminé le week-end dernier avec 22,29 % des suffrages -, n’a toutefois pas suffi à faire la différence. « Plus de 46 % pour moi qui n’étais pas favori, c’est inespéré. C’est un score qui comptera, n’en doutez pas ! », a lâché Bruno Retailleau, dans une brève allocution depuis le siège des LR, rue de Vaugirard à Paris.

Le candidat malheureux a adressé ses félicitations à Éric Ciotti. « Je sais que c’est une rude tâche qui l’attend, un peu herculéenne. Il va falloir changer beaucoup de choses, faire la rupture, le renouvellement, le rassemblement… », a-t-il énuméré. « La rupture, pour apporter la preuve aux Français que nous avons tiré les leçons de nos échecs successifs et que nous voulons changer », a encore souligné le sénateur, qui avait plaidé durant sa campagne pour un droit d’inventaire de la droite remontant jusqu’au quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Travailler au rassemblement

Les derniers jours de la campagne ont été assombris par quelques interrogations sur la sincérité du scrutin, notamment après une enquête de Libération faisant état de la mise en place de ce qui pourrait s’apparenter à un système clientéliste pour renforcer le nombre d’adhésions dans les Alpes-Maritimes, le fief d’Éric Ciotti. Dans un courrier adressé à Annie Genevard, son challenger Bruno Retailleau avait réclamé des garanties de sécurité supplémentaires pour renforcer la « légitimité » du vote. Dimanche soir, après la clôture du scrutin, il y avait longtemps qu’un score n’avait plus été aussi serré entre deux postulants à la tête du parti.

Suffisamment pour raviver le souvenir traumatique de la guerre des chefs que s’étaient livrés Jean-François Copé et François Fillon dix ans plus tôt ? « On ne va pas tuer ce parti en engageant des recours », glisse un proche du Vendéen. « On a connu beaucoup plus serré… à quelques voix. Là, l’élection est incontestée et incontestable », balaye le ciottiste Alain Joyandet, sénateur de Haute-Saône.

Par ailleurs, quelques tensions sont apparues entre les parlementaires LR en marge de la campagne ; les charges lancées à l’encontre du Sénat par le camp Ciotti ont nourri un certain agacement du côté des sénateurs de droite, très largement unis derrière leur président de groupe. « J’attends à présent d’Éric Ciotti qu’il prenne davantage en compte le rôle du Sénat. Je reste persuadée que les 150 membres du groupe LR sont une pièce maîtresse de la stratégie de la droite dans ce nouveau quinquennat… Ce que je n’ai pas vraiment entendu dans la bouche d’Éric Ciotti pendant la campagne », relève la sénatrice Laure Darcos, présidente de la fédération de l’Essonne. Cette élue avoue garder un souvenir amer du débat qui a opposé les candidats sur LCI en novembre. « C’était vraiment l’Assemblée contre le Sénat… », soupire-t-elle.

La droite sénatoriale, déterminée à peser dans la reconstruction du parti

« J’ai dit à Gérard Larcher que, bien entendu, la force du Sénat où nous sommes majoritaires, conjuguée au dynamisme du groupe LR à l’Assemblée, doit être le fer de lance d’une opposition sans ambiguïté », a cru bon de préciser Éric Ciotti un peu plus tard dans la soirée, lors d’une seconde prise de parole, cette fois depuis le siège des Républicains. Il a également indiqué que ses deux concurrents, Aurélien Pradié et Bruno Retailleau, avaient vocation à intégrer la direction du parti.

« L’ouverture a commencé pendant le second tour, avec les soutiens d’Aurélien Pradié, elle va continuer de se faire », assure la sénatrice Alexandra Borchio-Fontimp, directrice de campagne d’Éric Ciotti. « Nous sommes affaiblis, toute division nous coûtera très cher. Ce soir Éric a gagné, c’est à lui de travailler à l’unité et au rassemblement. Moi, j’y suis prêt », a lancé Bruno Retailleau.

Ils n’étaient qu’une vingtaine au sein de la Chambre Haute à soutenir le député des Alpes-Maritimes, ce qui devrait limiter le risque de turbulences au sein du groupe. « Il y a ce qui se passe au parti, et il y a le groupe sénatorial, avec la volonté de travailler en bonne intelligence. D’ailleurs, entre sénateurs, je n’ai senti aucune animosité durant la campagne », précise Laure Darcos. « Celui qui n’a aucun intérêt à voir le groupe se diviser… c’est Gérard Larcher. Il va mettre un couvercle sur tout ça », analyse un parlementaire LR, ancien ministre, qui rappelle que le président du Sénat a vivement poussé le sénateur vendéen à candidater.

Pas question non plus de remettre en cause la position de Bruno Retailleau à la tête du groupe. Pour beaucoup, le score conforte son poids politique. « Bruno Retailleau préside et dirige notre groupe depuis un certain nombre d’années, il reste le chef d’orchestre de ces 150 sénateurs », souligne Alexandra Borchio-Fontimp. « Bruno est une personne incontournable de notre famille politique, un leader sur lequel il faudra compter pour reconstruire notre famille », conclut le sénateur Stéphane Le Rudulier, qui avait soutenu Éric Ciotti lors de la primaire de 2021… avant de passer dans le camp Retailleau pour cette campagne.

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