Un quart de siècle après la reconnaissance par la France de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’heure était à la commémoration à l’Elysée. Premier pays à reconnaître la traite négrière comme tel, la France, par la voix d’Emmanuel Macron, souhaite réaffirmer son plein engagement dans la reconnaissance des crimes coloniaux.
Orchestrée et introduite par le Président de la République, la cérémonie a convié de nombreux représentants nationaux et internationaux à l’Elysée. Dans son introduction, Emmanuel Macron est revenu sur la reconnaissance du passé colonial de la France : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », a-t-il reconnu. Parmi les invités d’honneur qui l’ont suivi, Christiane Taubira, autrice du texte reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.
L’ex-Garde des Sceaux est revenue sur le texte et sa portée alors inédite. « Cette loi s’est accoudée à trois générations de descendants qui [se débattent] avec ces héritages composites. » a-t-elle rappelé. La ministre a également souhaité souligner la difficulté à trouver des voies d’apaisement dans la lignée d’un passé historique aussi lourd : « Nous nous débattons avec ces héritages ». Elle a conclu son discours par un message d’espoir : « Nous portons en nous une part de l’espoir du monde […], je suis confiante sur l’avenir »
Le secrétaire général de l’Unesco, Khaled El-Enany, a salué une loi singulière ayant « su transformer un silence douloureux en un impératif juridique et moral ». Favorable aux démarches réparatrices des puissances coloniales et esclavagistes passées, il a tenu à souligner la nécessité d’une reconnaissance des faits historiques, aussi durs qu’ils soient : « La justice commence toujours par le courage de reconnaître la vérité historique, celle d’une tragédie de plus de quatre siècles ».
Le Code noir jamais abrogé, une « offense »
Au cœur des prises de parole de la cérémonie, une proposition de loi visant à abroger le Code noir, portée par le député de Guadeloupe Max Mathiasin (LIOT). Celle-ci a été adoptée à l’unanimité par la commission des lois de l’Assemblée nationale quelques heures plus tôt, le 20 mai. Le texte sera débattu en séance publique le 28 mai prochain, avant d’être transmis au Sénat.
Le Code noir, ensemble d’édits royaux régissaient les règles de l’esclavage n’a jamais été abrogé par le législateur. Bien qu’il ne s’applique plus depuis 1848, date de l’abolition de l’esclavage, Max Mathiasin déplore des écrits « présents dans l’ombre de notre droit ». Pour le Président de la République, le Code noir n’aurait « jamais dû survivre à l’abrogation de l’esclavage », reconnaissant une « faute » et une « offense » faites aux descendants d’esclaves.
A cette occasion, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il aimerait voir cette proposition de loi portée par le Gouvernement.
« On ne pourra jamais réparer ce crime totalement »
Cette évolution dans le discours d’Emmanuel Macron, tournée vers la réparation, intervient deux mois après l’abstention de la France au vote d’une résolution onusienne sur le sujet. La France avait alors refusé de s’exprimer sur une résolution portée par le Ghana visant à reconnaître la traite des Africains et l’esclavage comme « les plus graves crimes contre l’humanité ». Pour la France et d’autres pays européens, cette qualification aurait mené à une hiérarchisation des crimes contre l’humanité, à laquelle ils sont opposés. La résolution, non contraignante juridiquement, a finalement été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies.
La position diplomatique de la France avait alors provoqué un tollé chez les élus d’outre-mer. Le sénateur socialiste Victorin Lurel, ex-ministre des outre-mer, avait alors interpellé Emmanuel Macron dans une lettre ouverte déplorant une « faute morale, historique, diplomatique et politique […et fragilisant] » les démarches de réconciliation avec les anciennes colonies françaises.
Pour la première fois, Emmanuel Macron s’est donc exprimé sur les enjeux de réparation de la traite et de l’esclavage. Bien qu’il n’ait présenté aucune mesure spécifique dans ce sens, il a exprimé le caractère essentiel de cette démarche réparatrice pour « porter, tous ensemble, ce chagrin [et] bâtir l’avenir ».
« Comment réparer un tel crime ? C’est une question qu’il ne faut pas refuser et sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses », a-t-il assuré.