Hôtels, restaurants, vols « sans enfants »… Les espaces dits « no kids » se multiplient en France, pour répondre à la demande de lieux calmes et tranquilles. Ces derniers jours, le lancement d’une classe « Optimum Plus » par la SNCF, à la place de celle « Business Première », fait polémique. Depuis le 8 janvier, les trains TGV INOUI reliant Paris à Lyon proposent un espace pensé « pour les attentes spécifiques de nos clients professionnels ou qui souhaitent une expérience de voyage particulière avec un accompagnement personnalisé et de la flexibilité ». L’une des conditions de ce confort ? Les enfants de moins de 12 ans y sont interdits, là où les animaux de compagnie sont eux acceptés, moyennant un billet facturé dix euros. Cette exclusion, soulignée par le podcast « Les Adultes de demain », a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux.
Dans une vidéo, SNCF Voyageurs a tenté de calmer les esprits, en précisant que cette classe ne représente que 8 % des sièges du train, et n’est disponible que du lundi au vendredi. Une communication insuffisante pour endiguer la vague de contestations. De tout bord de l’échiquier politique, les dénonciations se sont aussi multipliées. Chez les LR, le président du parti Bruno Retailleau a critiqué « tout ce que la France ne doit pas devenir ». A l’extrême droite, l’eurodéputée Identité-Libertés Marion Maréchal a demandé à Stéphanie Rist « d’intervenir pour que cette idéologie ‘no kids’ n’interdise pas l’accès de certains wagons aux enfants ». Du côté de la gauche, le député de l’Après François Ruffin a dénoncé « une société malade » dans laquelle il ne veut « pas vivre », et l’insoumise Sarah Legrain s’est alarmée d’ « un grand pas en arrière pour l’égalité ».
Une proposition de loi pour interdire les espaces sans enfants
Dès 2024, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol s’inquiétait de la hausse de telles pratiques poussant « l’entre-soi à son paroxysme », et y voyait « le signe d’une société intolérante ». L’élue du Val-de-Marne est d’ailleurs à l’origine d’une proposition de loi déposée en mars 2024 au Sénat, visant à « reconnaître la minorité comme un facteur de discrimination ». Le texte entend caractériser comme une discrimination toute « exclusion de mineurs de lieux de vie, de l’espace public, d’espaces commerciaux, des transports et toute autre exclusion qui ne serait pas justifiée par des exigences de sécurité propres aux enfants ou par l’absence de capacité civile ». Une manière de lutter contre la « banalisation » d’offres commerciales bannissant les enfants, expliquait-elle à Public Sénat, car « quand on exclut les enfants, on exclut également les familles ».
« Voyager avec des enfants est une réalité à accompagner »
Cette option n’est pas non plus du goût de Sarah El Haïry, la haute-commissaire à l’Enfance : « Une société qui accueille bien ses enfants est une société qui va bien. Le train doit en être le reflet », estime-t-elle auprès de Public Sénat. L’ex-ministre déléguée chargée de l’Enfance de Gabriel Attal déplore que la SNCF n’accompagne pas sa classe « Optimum », d’une offre conçue pour les familles : « Où sont les wagons avec des allées plus larges ? Les espaces ludiques pensés pour les enfants ? Les rangements réellement adaptés aux poussettes et aux bagages familiaux ? Il ne peut pas y avoir des voyageurs dits ‘Optimum’ et d’autres que l’on accommode comme on peut. Voyager avec des enfants n’est pas un problème à corriger, c’est une réalité à accompagner. Le silence ne peut pas être le seul horizon du confort ». Affirmant que « le no kids n’est pas une option dans un service public », Sarah El Haïry indique avoir proposé une rencontre à Jean Castex, PDG du groupe SNCF, pour échanger à ce sujet.