Etat d’urgence, le Conseil constitutionnel en censure une disposition
Le Conseil constitutionnel a censuré vendredi une mesure de l'état d'urgence abondamment utilisée au moment des manifestations...

Etat d’urgence, le Conseil constitutionnel en censure une disposition

Le Conseil constitutionnel a censuré vendredi une mesure de l'état d'urgence abondamment utilisée au moment des manifestations...
Public Sénat

Par Aurélia END

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Conseil constitutionnel a censuré vendredi une mesure de l'état d'urgence abondamment utilisée au moment des manifestations contre la loi travail et réclamé une "conciliation équilibrée" entre libertés et ordre public, en pleine controverse sur les projets sécuritaires de l'exécutif.

Les Sages ont estimé que le pouvoir donné au préfet d'"interdire le séjour" à certains endroits et à certaines dates de personnes "cherchant à entraver l'action des pouvoirs publics" était trop étendu, et "devait être assorti de davantage de garanties."

Ils ont d'ailleurs laissé au législateur un délai pouvant permettre de modifier le texte, puisque l'abrogation du passage litigieux de la loi du 3 avril 1955 créant l'état d'urgence ne sera effective que le 15 juillet, date à laquelle prend fin ce régime d'exception.

Le président Emmanuel Macron entend toutefois demander au Parlement de prolonger l'état d'urgence jusqu'au 1er novembre.

Vendredi, le Conseil constitutionnel a critiqué le fait que la mesure d'"interdiction de séjour" pendant l'état d'urgence pouvait être prise sans être "nécessairement justifiée par la prévention d'une atteinte à l'ordre public", puisqu'un soupçon d'"entrave" suffit.

Dans les faits, les préfets en ont usé sans lien direct avec la menace terroriste, dont le niveau très élevé justifie selon l'exécutif de maintenir l'état d'urgence.

Le jeune homme qui avait posé la "Question prioritaire de constitutionnalité" tranchée vendredi a été empêché de "séjourner dans certaines rues et arrondissements de Paris" lors d'une grande manifestation contre la loi travail, le 28 juin 2016.

Son avocat Raphaël Kempf a salué la décision et déclaré à l'AFP: "En démocratie, il faut pouvoir manifester et entraver légalement l'action des pouvoirs publics."

Il a toutefois regretté que cette disposition "contraire aux libertés fondamentales", survive jusqu'au 15 juillet.

Selon Amnesty International, 639 mesures de ce type ont été prises "explicitement" pour "empêcher des personnes de participer à des manifestations", contre la loi travail et à l'occasion de la COP 21 notamment.

Le Défenseur des droits s'est satisfait de cette décision, estimant dans un communiqué qu'il y avait des "risques d’un usage excessif ou détourné" de l'interdiction de séjour, "quelles que soient les exigences légitimes de la sécurité".

- "Droits individuels" -

Cette "interdiction de séjour" censurée (article 5 de la loi de 1955) ne doit pas être confondue avec l'interdiction d'organiser des manifestations, mentionnée à l'article 8 de cette même loi.

Ce pouvoir exceptionnel donné aux préfets d’interdire "à titre général ou particulier, les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre" avait lui été validé par le juge constitutionnel en février 2016.

C'est la septième fois depuis les attentats de novembre 2015, date de sa proclamation, que le Conseil constitutionnel se prononce sur l'état d'urgence, mais la censure annoncée vendredi intervient dans un contexte particulier.

Les fuites dans Le Monde de l'avant-projet de loi antiterroriste prévu pour l'automne inquiètent les magistrats et les associations de défense des libertés publiques, qui dénoncent une "perfusion" de l'état d'urgence, dérogatoire et limité, dans le droit commun.

Le Premier ministre Édouard Philippe s'est voulu rassurant vendredi en évoquant notamment un "contrôle permanent et vigilant du juge", affirmant aussi qu'il ne "faut pas" que l'état d'urgence devienne un état permanent.

"De tout temps, la police, l'administration et l'Etat ont considéré que les droits individuels sont un obstacle à la répression, mais c'est faux. Il faut lutter de manière inlassable contre cet état d'esprit et la décision du Conseil constitutionnel nous y aide", a commenté François Sureau, avocat de la Ligue des droits de l'homme, qui avait plaidé devant les Sages contre la disposition finalement censurée.

"Ce qui nous défend le mieux contre le terrorisme c'est la résilience d'une société libre", a-t-il dit à l'AFP. "A chaque fois qu'on se laisse aller sur cette pente (sécuritaire), on concède une victoire symbolique aux terroristes."

Le texte publié par Le Monde prévoit de confier en permanence aux préfets des pouvoirs d'assignation et de perquisition, "aux seules fins de prévenir des actes de terrorisme". L'institution judiciaire ne jouerait qu'un rôle très limité dans ce dispositif.

Partager cet article

Dans la même thématique

Etat d’urgence, le Conseil constitutionnel en censure une disposition
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le