Etudiants en situation de handicap : « Il reste encore beaucoup de chantiers à mettre en œuvre »
La mission d’information sénatoriale sur les conditions de la vie étudiante a organisé ce mardi une audition, pour mesurer les conditions d’études et d’accès à l’emploi des jeunes en situation de handicap.

Etudiants en situation de handicap : « Il reste encore beaucoup de chantiers à mettre en œuvre »

La mission d’information sénatoriale sur les conditions de la vie étudiante a organisé ce mardi une audition, pour mesurer les conditions d’études et d’accès à l’emploi des jeunes en situation de handicap.
Public Sénat

Par Jules Fresard

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le rapporteur de la mission d’information, le sénateur centriste du Val-de-Marne Laurent Lafon, l’a rappelé dans son propos introductif. La question des étudiants en situation de handicap est « peu traitée » dans le débat public.

Les chiffres disponibles sur le sujet viennent témoigner d’une situation toujours préoccupante. D’un point de vue des diplômes d’abord, avec seulement 20 % de jeunes handicapés possédant un niveau équivalent au baccalauréat, contre près de 70 % pour l’ensemble de la même classe d’âge. Les chiffres du chômage pointent dans la même direction. Le taux de jeunes en situation de handicap sans emploi est deux fois supérieur à celui de l’ensemble des jeunes français, avec près de 30 % d’entre eux sans activité.

Dans ce contexte, la mission d’information sur les conditions de vie étudiante, présidée par le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, a tenu à auditionner une dizaine d’acteurs concernés directement par ce sujet, pour évoquer les conditions d’études mais également d’accès à l’emploi de cette catégorie de la population.

Des mesures pour améliorer les conditions d’études

Avec un point positif d’abord. Selon Nicolas Oppenchaim, vice-président en charge du handicap à l’université de Tours, « le nombre d’étudiants en situation de handicap a considérablement augmenté dans les établissements, avec une multiplication par plus de huit en 10 ans ». Mais pour accueillir ces jeunes toujours plus nombreux, il faut mettre en place un certain nombre de mesures. Or, « les financements ne suivent pas toujours » conclut-il.

Emilie Arnault, directrice du service de santé étudiant au sein de la même université, rappelle ainsi que de nombreux projets « sont encore à mettre en œuvre ». « Il faut améliorer l’accès aux enseignements, les rendre tous accessibles sous forme numérique, avec des cours en sous-titrage par exemple pour les étudiants malentendants », suggère-t-elle.

« A l’échelle nationale, on voit une disparité des aides proposés par les établissements. Les aides classiques, comme le tiers-temps, se retrouvent partout, mais la partie aménagement de cursus, avec du matériel spécialisé, est induite par des financements locaux, qui ne sont pas toujours disponibles », regrette Thomas Fauvel, premier vice-président de la FEDEEH, une fédération étudiante se donnant pour mission d’améliorer les conditions de formation et d’insertion professionnelle des jeunes handicapés.

Des difficultés d’accès dans les filières sélectives

Et quand on resserre la focale, un autre problème émerge. Toutes les filières n’accueillent pas la même proportion d’étudiants en situation de handicap. « A l’université, on voit une surreprésentation dans les sciences humaines, où ils représentent 3,5 % des effectifs, contre 1 % en médecine », détaille Nicolas Oppenchaim.

Pour Thomas Fauvel, ces différences s’expliquent en partie au travers de la sélectivité desdites filières. « Les jeunes handicapés sont plus orientés vers les sciences humaines et sociales, car il y a une plus grande facilité d’accès. D’autres étudiants, souhaitant de base s’orienter vers des classes prépas, se réorientent finalement vers des IUT pour les mêmes raisons ».

En dehors de cette question de la sélectivité académique, c’est également l’accès physique aux bâtiments qui pose problème. Les classes prépas sont moins accessibles aux jeunes handicapés, notamment pour les personnes à mobilité réduite. « On voit des étudiants qui n’ont tout simplement pas accès aux écoles auxquelles ils prétendent », regrette Fabien Gaulué, délégué général de la FEDEEH.

Une crise sanitaire compliquant un peu plus l’accès aux stages

Pour Nicolas Openchaim, les véritables conséquences de la crise sont à observer du côté de l’accès aux stages, notamment ceux de fin d’études. « La question du stage, c’est terrible, on a repoussé les dates de réalisation au maximum dans les cursus », explique-t-il. Avec des premiers effets qui commencent à se faire sentir. Selon les chiffres partiels dont il dispose, les taux de réussite dans les années diplômantes ont déjà commencé à chuter.

Christian Grapin, président de Tremplin Handicap, une association mettant en relation des employeurs avec des jeunes en situation de handicap, regrette « les trop grandes exigences des entreprises ». « Tremplin, c’est 140 employeurs. Parmi eux, beaucoup sont à la recherche de jeunes en situation de handicap, à condition qu’ils aient un niveau bac + 5. Or on sait très bien qu’il y a peu de jeunes en situation de handicap qui accèdent à ce niveau ». Une observation qui révèle un problème plus ancien à l’émergence de la pandémie.

Partager cet article

Dans la même thématique

Ursula Von Der Leyen NATO Meeting In Brussels
5min

Politique

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sous pression

Après avoir reçu une lettre du président français, Emmanuel Macron, mardi 8 septembre, insistant sur la nécessité d’adopter un « texte européen » pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen reçoit aujourd’hui une nouvelle lettre ouverte de familles endeuillées demandant une meilleure mise en œuvre de la législation européenne sur les plateformes. La présidente est attendue le 16 septembre pour présenter ses annonces.

Le

Etudiants en situation de handicap : « Il reste encore beaucoup de chantiers à mettre en œuvre »
4min

Politique

« Pour distribuer de la richesse, il faut la produire ! », estime le Nobel d'économie Philippe Aghion

Si Donald Trump a échoué à ravir le Nobel de la paix, lui a obtenu celui d’économie cette année, une consécration pour son modèle économique schumpétérien où la croissance est portée par l’innovation. De Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron en passant par François Hollande, tous ont eu droit aux conseils économiques du professeur passé notamment par Harvard. En quoi son modèle permet-il d’appréhender les révolutions technologiques actuelles ? Comment la croissance économique pourrait-elle profiter à tous ? Que retient-il du bilan des présidents de la République qu’il a conseillés ? Philippe Aghion était l’invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Etudiants en situation de handicap : « Il reste encore beaucoup de chantiers à mettre en œuvre »
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le