L'enquête sur des soupçons d'emplois fictifs d'assistants de députés européens du FN s'est accélérée cette semaine et vise désormais Marine Le Pen, qui refuse de répondre à la justice. D'où viennent les soupçons ? Que risque la candidate à la présidentielle ?
D'où viennent les soupçons ?
Marine Le Pen suivie de son garde du corps Thierry Légier le 13 février 2017 à Menton
AFP
La justice française tente de savoir si le Front national a organisé un système pour rémunérer des cadres ou employés du parti en France avec des fonds publics de l'Union européenne, via des contrats d'assistants au Parlement européen.
Dans un premier temps, l'Olaf, le gendarme antifraude de l'Union européenne, saisi par un courrier anonyme, avait ouvert une enquête en juin 2014, qui portait sur la députée européenne Marine Le Pen et ses assistants parlementaires. Parmi eux, l'une de ses proches collaboratrices, Catherine Griset, et son garde du corps, Thierry Légier.
Puis en mars 2015, le président socialiste allemand du Parlement européen, Martin Schulz avait saisi l'Olaf et le parquet de Paris, après les élections européennes remportées en France par le FN, qui avait envoyé 24 des siens à Strasbourg. En cause: la présence de 20 assistants parlementaires sur des postes figurant dans le dernier organigramme du parti en France. De quoi faire douter de la réalité de leur emploi à l'assemblée de Strasbourg. "On ne peut pas être payé par le Parlement européen et travailler pour un parti", avait résumé Martin Schulz.
Le parquet de Paris a conduit une enquête préliminaire, confiée aux policiers de l'Office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff), avant de saisir en décembre des juges d'instruction.
Pourquoi l'enquête s'accélère?
L'affaire n'est pas nouvelle contrairement à celle qui ternit la campagne de François Fillon. Mais cette semaine, elle a connu une accélération: perquisition au siège du FN; garde à vue de Thierry Légier et Catherine Griset, et pour cette dernière, une mise en examen pour recel d'abus de confiance.
Thierry Légier le 23 février 2017 à Paris
AFP
Le camp de la candidate FN à la présidentielle, comme celui de François Fillon avant lui, a dénoncé une instrumentalisation politique de la justice à deux mois du scrutin. "C'est un calendrier qui interroge, ce sont des mauvaises manières judiciaires", a déclaré à l'AFP l'avocat de Marine Le Pen, Me Rodolphe Bosselut. Les investigations se déroulent sous l'autorité des juges d'instruction, qui sont maîtres du calendrier.
Qui est dans le viseur?
Le Parlement européen a déjà lancé à l'égard de plusieurs eurodéputés des procédures de recouvrement de salaires d'assistants qu'il estime indus. Marine Le Pen est visée.
L'affaire des eurodéputés FN : les protagonistes
AFP
Elle doit rembourser environ 340.000 euros, correspondant aux salaires versés à ses deux anciens assistants, Catherine Griset (2010-2016) et Thierry Légier (2011). La première est connue pour être sa chef de cabinet au sein du FN, mais elle était aussi son assistante parlementaire accréditée au Parlement européen, un statut qui suppose une obligation de résidence dans l'un des sites de l'institution: Strasbourg ou Bruxelles. Jean-Marie Le Pen est aussi concerné.
Le Parlement lui réclame 320.000 euros pour l'emploi comme assistant entre 2009 et 2014 de Jean-François Jalkh, un cadre du parti. Ce dernier était devenu en 2010 secrétaire général du FN par intérim, avec pour mission d'organiser le congrès de succession de Jean-Marie Le Pen. D'autres députés sont visés par une procédure de recouvrement, comme Bruno Gollnisch.
Marine Le Pen peut-elle être inquiétée?
La présidente du FN, en tête des sondages au premier tour, a débuté un bras de fer avec la justice, en refusant de se rendre mercredi à une convocation à l'office anticorruption, prévue le même jour que Catherine Griset et Thierry Légier. La candidate a fait savoir à l'AFP qu'elle ne "répondra pas" à une convocation "pendant la campagne électorale". Une position visiblement suivie au sein du parti. Jeudi, une autre députée européenne, Marie-Christine Boutonnet, était convoquée dans les locaux de l'Oclciff et n'est pas venue, a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête.
Concrètement, Marine Le Pen ne peut être entendue que sous le statut d'audition libre, c'est-à-dire avec son accord. Son immunité de députée européenne empêche en effet tout placement en garde à vue et toute mesure coercitive. Ce qui ne la protège pas d'une éventuelle convocation chez les juges d'instruction en vue d'une mise en examen. Les magistrats peuvent aussi demander que son immunité soit levée, mais cela suppose un long processus avant que le Parlement européen ne se prononce.
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