Eurogroupe : la Grèce espère un accord rapide pour son plan d’aide

Eurogroupe : la Grèce espère un accord rapide pour son plan d’aide

La dette grecque, et l’examen des réformes engagées, se retrouvent au menu de l’Eurogroupe ce lundi. Athènes espère le déblocage rapide d’une nouvelle tranche d’aide.
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Sept ans après le début du premier plan de sauvetage, l’avenir de la Grèce continue de se jouer entre les mains de ses créanciers. Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent ce lundi à Bruxelles pour tenter de parvenir à un accord avec la Grèce, sur les conditions de la mise en œuvre du troisième plan d’aide, conclu à l’été 2015, et qui prévoit le versement jusqu’à 86 milliards d’euros jusqu’en 2018.

L’accord doit permettre le déblocage d’une nouvelle tranche d’aide. Le temps presse pour Athènes, le pays doit en effet rembourser, pour un montant de près de sept milliards d’euros, des prêts qui arriveront à maturité en juillet. Le calendrier est d’autant plus délicat pour la Grèce que plusieurs échéances électorales majeures dans la zone euro vont peser sur la bonne tenue des négociations : les Pays-Bas qui votent aux législatives le 15 mars, la France à partir d’avril, mais surtout, l’Allemagne, qui renouvelle son Bundestag en septembre. Selon l'AFP, le ministre grec des Finances Euclid Tsakalotos a indiqué aux créanciers qu'il était d'accord pour pré-légiférer des mesures afin de remplir les objectifs.

Schäuble annonce une « position commune » des créanciers

Depuis dimanche, le ministre allemand des Finances se montre serein sur la suite des évènements. En ouverture de l’Eurogroupe, Wolfgang Schäuble a même déclaré « partir du principe » que les créanciers avaient désormais « une position commune ». Dans un entretien à la chaîne ARD, il avait affirmé ce dimanche que la participation du FMI au plan d’aide serait chose faite « dans les prochaines semaines » et que la Grèce se trouvait « sur la bonne voie ». « Tout de passera bien pour la Grèce si elle s’en tient à ses promesses de réforme », a-t-il cependant averti.

Car les discussions patinent depuis plusieurs semaines entre Athènes et ses créanciers. Les divergences portent sur trois points principaux : l’ampleur des réformes structurelles à mener en Grèce, la définition des objectifs budgétaires à réaliser, et les éventuelles mesures d’allègement de la dette à concéder.

Au prix d’une austérité destructrice sur le plan social et économique, la Grèce a réussi à dégager un excédent budgétaire primaire de 2% en 2016, hors intérêts de la dette. L’objectif avait été fixé à 0,5%. L’Union européenne fixe pour 2018 un objectif est plus contraignant, réclamant un excédent primaire à 3,5%.

Le FMI appelle à restructurer une dette « explosive »

Sans réformes supplémentaires, cette trajectoire est jugée impossible à réaliser de l’avis du FMI, qui préconise un objectif plus réalité de 1,5%. Début février, dans un rapport présenté à ses États membres, le Fond avait jugé la dette grecque (qui s’élève aujourd’hui à 170% du PIB) « intenable » et « explosive ».  Cantonné dans un rôle de conseiller, il n’a pas pris part au troisième plan d’aide (contrairement aux deux premiers), ses statuts lui interdisant d’apporter sa contribution dans le cas d’une dette jugée insoutenable. L’institution avait alors recommandé à la zone euro à réaménager la dette de façon significative : en réduisant la charge et en allonger les périodes de remboursement. Une option dont l’Allemagne, partisane de l’orthodoxie budgétaire, ne veut pas entendre parler avant la fin du programme d’aide actuel en 2018, même si elle a fait de la participation du FMI une condition nécessaire au renflouement de la Grèce.

« Partie de poker »

Face à ces divergences entre les Européens et le FMI, les créanciers demandent depuis plusieurs mois à la Grèce de mettre en œuvre des mesures d’austérité supplémentaires. Le 11 février, le Premier ministre grec a haussé le ton, appelant Berlin à cesser de « jouer avec le feu » :

« Le FMI poursuit une partie de poker en faisant traîner les choses car il ne veut pas rejeter la faute sur l’intransigeance du ministre allemand [...] et brandit sans cesse de nouvelles demandes absurdes pour que la faute soit rejetée sur la Grèce. »

En marge de la venue d’un groupe d’experts examinant les réformes structurelles engagées, le 13 février, Alexis Tsipras a fait savoir à Pierre Moscovi, le commissaire européen aux Affaires économiques, que de nouvelles mesures d’austérité seraient destructrices et qu’une « alliance de la raison » était nécessaire.

Tsipras en difficulté face à sa majorité

Le Premier ministre grec de gauche radicale dispose de peu de marges de manœuvre. D’une part, au Parlement grec, son assise s’est rétrécie au fil des réformes d’austérité. D’autre part, les rares bouffées d’air offertes au pays n’ont pas été du goût de l’Eurogroupe. En annonçant début décembre une prime aux retraités et en reportant la hausse de la TVA sur certaines îles de la mer Égée confrontées à la crise des réfugiés, Alexis Tsipras a provoqué la suspension par le Mécanisme européen de stabilité des premières mesures d’aménagement de la dette.

De son côté, le commissaire Pierre Moscovici se pose en médiateur, et appelle les parties à un compromis, en insistant sur l’impossibilité d’un « tour de vis supplémentaire » :

« Il est impossible d’imposer plus de mesures d’austérité au peuple grec. Mais il est nécessaire et légitime d’avoir plus de réformes afin de rendre la Grèce plus compétitive et d’avoir un système économique plus solide. Je pense que nous devons trouver le bon équilibre entre ces deux impératifs. »

La Grèce « n’est pas du tout sur le chemin du Grexit »

Pierre Moscovici, en marge de la réunion de l'Eurogroupe, le 20 février 2017

Rencontre Merkel-Largarde

Comme lors de la précédente réunion de l’Eurogroupe en janvier, un nouvel échec dans les négociations alimenterait l’incertitude et les inquiétudes des marchés. Depuis décembre, les taux des emprunts d’États grecs se sont à nouveau tendus. Le 13 février, devant la commission des affaires économiques du Parlement grec, le gouverneur de la Banque centrale grecque Yannis Stournaras avait plaidé pour un accord rapide afin de ne pas mettre en péril la timide reprise :

« Les négociations sur le plan de sauvetage en sont à une phase très critique. La dynamique positive de l'économie doit être confortée par la conclusion rapide de la revue [des réformes engagées par la Grèce, NDLR] »

Selon Elstat, la Grèce a renoué avec la croissance en 2016 (+0,3%), après huit années de récession. Celle-ci pourrait même s’amplifier en 2017 : 2,7% sont attendus.

Dans la foulée de l’Eurogroupe, une autre rencontre pourrait être déterminante pour les finances grecques : celle prévue entre la chancelière Angela Merkel et la directrice du FMI Christine Lagarde ce mercredi.

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