Brussels Special European Council – Renew Europe

Européennes 2024 : avec son discours de la Sorbonne 2, Emmanuel Macron « entre en campagne », à la rescousse de la liste Hayer

Emmanuel Macron tient jeudi à la Sorbonne un discours sur l’Europe. Si c’est le chef de l’Etat qui s’exprime officiellement pour « donner une vision », il s’agit aussi de pousser son camp, alors que la liste de la majorité patine dans les sondages. Mais il n’y a « pas un chevalier blanc qui va porter la campagne. Ce n’est pas Valérie Hayer toute seule et ce ne sera même pas Emmanuel Macron tout seul », prévient la porte-parole de la liste, Nathalie Loiseau, qui défend l’idée d’« un collectif ».
François Vignal

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Un coup de pouce qui ne sera pas de trop. Emmanuel Macron va tenir ce jeudi 25 avril, à la Sorbonne, à Paris, un discours sur l’Europe. Plus de sept ans après une première prise de parole sur le même thème, prononcé déjà dans ce haut lieu de la connaissance, le chef de l’Etat va donc tenir un discours de la Sorbonne 2, histoire de donner le souffle qui manque à la campagne de la tête de liste de la majorité présidentielle pour les européennes, Valérie Hayer. Reste à voir si cette suite aura le même effet qu’en 2017. La macronie avait présenté cette allocution comme fondatrice.

« Je donnerai un peu le cap de ce que le pays a fait et ce vers quoi nous allons et surtout pour les années à venir », a expliqué Emmanuel Macron la semaine dernière, lors d’une conférence de presse dans le cadre du Conseil européen. Et il l’assume : « J’aurai l’occasion, évidemment, comme je l’avais fait il y a cinq ans, de m’engager dans cette campagne, de dire ma conviction pour l’Europe qui a mes yeux est un sujet essentiel, au sens propre du terme, pour notre pays ». Un engagement qui se fera « dans les moments appropriés, dans le format et le cadre qui convient ».

S’il n’y a pas encore (officiellement) le feu au lac, la campagne n’est pas celle dont Renaissance pourrait rêver. La liste est donnée à 18 voire à 16 %, selon les sondages, loin derrière la liste RN de Jordan Bardella qui caracole en tête autour de 30 %, et suivi par celle de Raphaël Glucksmann (PS-Place Publique), qui s’approche dangereusement (11,5 à 14 %).

« Récapitulatif en termes de promesses faites, de promesses tenues et volonté de donner une vision »

Alors le discours du chef de l’Etat tombe à pic. « Le grand public ne met pas forcément bout à bout ce qui a été dit à la Sorbonne en 2017 et ce qu’il s’est passé depuis. Donc c’est utile, dans un moment où le monde change vite, de faire un petit récapitulatif, en termes de promesses faites, de promesses tenues, et de donner une vision. On sait très bien que l’Europe ne va pas continuer sans changer », explique à publicsenat.fr l’eurodéputée Horizons, Nathalie Loiseau, porte-parole de la liste, qui avait mené celle de 2019.

« C’est normal que le Président s’exprime dans cette campagne à partir du moment où certains transforment le scrutin européen en scrutin national anti-macron », estime pour sa part François Patriat, à la tête du groupe des sénateurs macronistes. Ce fidèle « pense que c’est nécessaire que le Président s’engage, car c’est un leader européen efficace et combatif. On a besoin de son engagement et de sa force, de sa détermination ». « Gabriel Attal et Emmanuel Macron font campagne, ça ne surprend personne. Vous pensez que le Président peut rester inerte dans une campagne où on dit tout et n’importe quoi sur l’Europe ? » demande encore ce macroniste historique.

Une campagne de Valérie Hayer « un peu trop calme »

De quoi muscler un peu le jeu de la majorité. Et donner un coup de pouce à la liste ? « Coup de pouce, je ne sais pas, mais il va redonner la vision dans laquelle s’inscrit la délégation française au Parlement européen et son projet. Il va donner sa vision en tant que chef de l’Etat », avance l’eurodéputée Renaissance, Fabienne Keller. « Il y a un enjeu de la part de la majorité de rentrer véritablement en campagne. Jusqu’à présent, Valérie Hayer a été seule en piste. Il fallait construire sa notoriété. 16-18 %, avec une tête de liste pas encore connue des Français, un programme pas encore publié, ce n’est pas une surprise. On en a sous le pied », assure Nathalie Loiseau. Mais précision de l’ancienne ministre chargée des Affaires européennes : « Ce n’est pas un discours de campagne. Il n’est d’ailleurs pas certains que les eurodéputés soient présents, car il y a encore session. C’est un bon signal que ce sont deux choses différentes », souligne Nathalie Loiseau. C’est aussi un enjeu de financement de campagne, pour ne pas risquer que ce discours soit comptabilisé par la commission nationale des comptes de campagne… L’opposition réclame également auprès de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, que le temps de parole du Président sur les enjeux européens soit attribué à la liste de la majorité.

Nathalie Loiseau s’était retrouvée à la tête de la liste LREM en 2019. Comment trouve-t-elle aujourd’hui le début de campagne de Valérie Hayer ? « Un peu trop calme. C’est aussi dû au fait que les Français sont ou étaient encore en vacances. 70 % ne savent pas encore qu’il y a une élection le 9 juin. Le rythme s’accélérera le dernier mois. Je prends les sondages avec attention, comme un signal. Je ne dis pas que ça ne veut rien dire. Ça veut dire déjà qu’il y a beaucoup plus d’abstention, ce n’est pas un bon phénomène », lâche Nathalie Loiseau, selon qui « chacun doit prendre sa part » pour convaincre. Autrement dit, Emmanuel Macron ne sera pas le sauveur suprême, même pour son propre camp :

 Il n’y a pas une personne, pas un chevalier blanc qui va porter la campagne. Ce n’est pas Valérie Hayer toute seule et ce ne sera même pas Emmanuel Macron tout seul. C’est une élection à la proportionnelle, on incarne un collectif. 

Nathalie Loiseau, eurodéputée Horizons et porte-parole de la liste Besoin d'Europe.

« On vote pour une vision à l’échelle européenne et on ne règle pas des questions de court terme de la popol nationale »

L’ambition est aussi de rappeler le travail réalisé jusqu’ici. « Il n’a pas ménagé ses efforts », souligne le président du groupe RDPI du Sénat. « Il a été moteur pendant la crise du covid, très à l’initiative sur l’achat des vaccins, sur la question de la défense, lors de l’agression russe en Ukraine. Donc sa parole sera très attendue en Europe et bien sûr en France », ajoute Fabienne Keller, pour qui il convient de parler avant tout d’Europe : « Il faut aussi se rappeler l’enjeu de l’échéance du 9 juin. On vote pour une vision à l’échelle européenne et on ne règle pas des questions de court terme de la popol nationale, comme le font toutes les autres listes pour cliver ».

Pour arriver à décoller dans les sondages, et surtout le jour J, il faut aller chercher la base de l’électorat. « Je pense que les sympathisants de la majorité attendent que le Président entre en campagne. Et ce n’est pas la peine d’aller essayer de convaincre les anti-Macron, mais plutôt ceux qui ont voté Macron », de quoi ainsi grapiller « 5 à 6% de l’électorat pour être à 20/22% », avance François Patriat, qui insiste :

 Il faut cibler les électeurs qui sont des européens convaincus, aller chercher les électeurs du centre gauche et du centre droit. 

François Patriat, président du groupe RDPI du Sénat.

« On voit bien qu’il y a, plus qu’on ne pourrait s’y attendre, un électorat qui a voté Macron en 2022 et qui aujourd’hui ne se déplace pas pour l’instant pour la liste Renaissance. Ils vont ailleurs et aussi ne comptent pas voter », confirme le sondeur Jean Daniel Levy, directeur délégué d’Harris Interactive France. Autrement dit, « comme souvent, ce sont des enjeux de mobilisation différentielle », soit savoir quelle liste mobilisera le mieux son électorat. C’est pourquoi « l’aspect marquant aussi de cette campagne, c’est qu’on n’a pas de thématique de campagne extrêmement forte. Chacun raconte son histoire comme il l’entend, et n’est pas avide de s’inscrire dans un grand débat », analyse le responsable de l’institut de sondage.

Sur cette question de convaincre les anciens électeurs d’Emmanuel Macron, il y a « clairement » l’enjeu de la concurrence de la liste de Raphaël Glucksmann, qui peut jouer aussi le credo proeuropéen, en parlant à l’électorat social-démocrate. « Il y a en gros 20 % de l’électorat d’Emmanuel Macron de 2022 qui déclare voter Raphaël Glucksmann aujourd’hui », détaille Jean-Daniel Lévy. Autre tranche de population à qui il faut continuer à parler : les retraités. « La liste n’est pas mauvaise chez les retraités, mais ça ne suffit pas à inverser la tendance. Et il y a des personnes âgées de 65 ans et plus qui déclarent qu’ils n’iront pas voter aux européennes, alors que sur le papier, c’est typiquement le type d’électorat qui va se déplacer », relève encore le spécialiste de l’opinion.

« On n’a pas l’écologie honteuse »

Si on fait aujourd’hui le parallèle avec le discours de la Sorbonne de 2017, Emmanuel Macron avait aussi parlé d’Europe en mai 2022. Il s’était alors prononcé pour la révision des traités européens et avait mis sur la table l’idée d’« une communauté politique européenne » ouverte à l’Ukraine, vantant une « différenciation » entre Etats. « Il a surpris tout le monde », se souvient Fabienne Keller, qui souligne que « cette communauté fonctionne et se réunit régulièrement. Cela inclut les pays d’Europe, hors Union européenne. Je pense qu’il va développer l’idée, ce n’est pas exclu ».

Va-t-il à nouveau surprendre ? « J’ai eu des échanges avec le Président, mais je ne sais pas ce qu’il va sortir de la version finale » du discours, glisse Nathalie Loiseau, « on doit se reparler à quelques-uns pour faire le bilan des échanges ». Si rien ne fuite réellement du discours, on peut s’attendre à ce que les questions de souveraineté européenne soient logiquement au programme. « Il parlera aussi du changement climatique, je pense », glisse Fabienne Keller. Même si « le choc agricole a été un moment difficile », il faut « évidemment » rappeler l’ambition écologique, selon l’eurodéputée européenne, et savoir faire « du en même temps. La réalité est complexe ».

Le sujet de l’environnement, qui peut être mis en partie à l’actif des eurodéputés Renew – le Français Pascal Canfin est même président de la commission de l’environnement du Parlement européen – paraît pourtant avoir été mis de côté, depuis quelques temps. « On n’a pas l’écologie honteuse », assure Nathalie Loiseau. Ce bilan en matière d’environnement, « on l’assume complètement », assure l’ex-ministre. L’ancienne tête de liste de la campagne de 2019 rappelle que « l’idée du Pacte vert était dans nos propositions » et se dit « très fière qu’on l’ait fait ». Donc « on va continuer », mais « maintenant, on doit passer à la mise en œuvre et à l’accompagnement. Ce n’est pas un recul ». Un discours qui pourrait aussi parler à cet électorat de centre gauche que vise aussi le camp présidentiel.

Il s’agit au fond d’assumer le bilan, pour mieux ouvrir un nouveau chapitre. « Nous sommes derrière ces succès, des acquis européens de ces dernières années. C’est une très grosse valeur ajoutée que nous avons », défend Nathalie Loiseau. Pour Emmanuel Macron, jouer la carte européenne jusqu’au bout, comme il l’a fait depuis la campagne de 2017, reste la ligne à suivre.

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