Brussels Special European Council – Renew Europe
French President Emmanuel Macron and Group Renew Europe President and European Parliament election candidate Valerie Hayer discuss after a meeting of Renew Europe group prior to the Special European Union summit at the European headquarters in Brussels, Belgium, Wednesday, April 17, 2024. EU leaders will discuss the challenges of financing green and digital transitions, the European Union's support for Ukraine, relations between the European Union and Turkey, and the situation in the Middle East, after IranÕs attack on Israel. (Photo by Arnaud Andrieu/Sipa Press).//ANDRIEUARNAUD_AA20240417Renew09/Credit:Arnaud Andrieu/SIPA/2404172113

Européennes 2024 : avec son discours de la Sorbonne 2, Emmanuel Macron « entre en campagne », à la rescousse de la liste Hayer

Emmanuel Macron tient jeudi à la Sorbonne un discours sur l’Europe. Si c’est le chef de l’Etat qui s’exprime officiellement pour « donner une vision », il s’agit aussi de pousser son camp, alors que la liste de la majorité patine dans les sondages. Mais il n’y a « pas un chevalier blanc qui va porter la campagne. Ce n’est pas Valérie Hayer toute seule et ce ne sera même pas Emmanuel Macron tout seul », prévient la porte-parole de la liste, Nathalie Loiseau, qui défend l’idée d’« un collectif ».
François Vignal

Temps de lecture :

10 min

Publié le

Mis à jour le

Un coup de pouce qui ne sera pas de trop. Emmanuel Macron va tenir ce jeudi 25 avril, à la Sorbonne, à Paris, un discours sur l’Europe. Plus de sept ans après une première prise de parole sur le même thème, prononcé déjà dans ce haut lieu de la connaissance, le chef de l’Etat va donc tenir un discours de la Sorbonne 2, histoire de donner le souffle qui manque à la campagne de la tête de liste de la majorité présidentielle pour les européennes, Valérie Hayer. Reste à voir si cette suite aura le même effet qu’en 2017. La macronie avait présenté cette allocution comme fondatrice.

« Je donnerai un peu le cap de ce que le pays a fait et ce vers quoi nous allons et surtout pour les années à venir », a expliqué Emmanuel Macron la semaine dernière, lors d’une conférence de presse dans le cadre du Conseil européen. Et il l’assume : « J’aurai l’occasion, évidemment, comme je l’avais fait il y a cinq ans, de m’engager dans cette campagne, de dire ma conviction pour l’Europe qui a mes yeux est un sujet essentiel, au sens propre du terme, pour notre pays ». Un engagement qui se fera « dans les moments appropriés, dans le format et le cadre qui convient ».

S’il n’y a pas encore (officiellement) le feu au lac, la campagne n’est pas celle dont Renaissance pourrait rêver. La liste est donnée à 18 voire à 16 %, selon les sondages, loin derrière la liste RN de Jordan Bardella qui caracole en tête autour de 30 %, et suivi par celle de Raphaël Glucksmann (PS-Place Publique), qui s’approche dangereusement (11,5 à 14 %).

« Récapitulatif en termes de promesses faites, de promesses tenues et volonté de donner une vision »

Alors le discours du chef de l’Etat tombe à pic. « Le grand public ne met pas forcément bout à bout ce qui a été dit à la Sorbonne en 2017 et ce qu’il s’est passé depuis. Donc c’est utile, dans un moment où le monde change vite, de faire un petit récapitulatif, en termes de promesses faites, de promesses tenues, et de donner une vision. On sait très bien que l’Europe ne va pas continuer sans changer », explique à publicsenat.fr l’eurodéputée Horizons, Nathalie Loiseau, porte-parole de la liste, qui avait mené celle de 2019.

« C’est normal que le Président s’exprime dans cette campagne à partir du moment où certains transforment le scrutin européen en scrutin national anti-macron », estime pour sa part François Patriat, à la tête du groupe des sénateurs macronistes. Ce fidèle « pense que c’est nécessaire que le Président s’engage, car c’est un leader européen efficace et combatif. On a besoin de son engagement et de sa force, de sa détermination ». « Gabriel Attal et Emmanuel Macron font campagne, ça ne surprend personne. Vous pensez que le Président peut rester inerte dans une campagne où on dit tout et n’importe quoi sur l’Europe ? » demande encore ce macroniste historique.

Une campagne de Valérie Hayer « un peu trop calme »

De quoi muscler un peu le jeu de la majorité. Et donner un coup de pouce à la liste ? « Coup de pouce, je ne sais pas, mais il va redonner la vision dans laquelle s’inscrit la délégation française au Parlement européen et son projet. Il va donner sa vision en tant que chef de l’Etat », avance l’eurodéputée Renaissance, Fabienne Keller. « Il y a un enjeu de la part de la majorité de rentrer véritablement en campagne. Jusqu’à présent, Valérie Hayer a été seule en piste. Il fallait construire sa notoriété. 16-18 %, avec une tête de liste pas encore connue des Français, un programme pas encore publié, ce n’est pas une surprise. On en a sous le pied », assure Nathalie Loiseau. Mais précision de l’ancienne ministre chargée des Affaires européennes : « Ce n’est pas un discours de campagne. Il n’est d’ailleurs pas certains que les eurodéputés soient présents, car il y a encore session. C’est un bon signal que ce sont deux choses différentes », souligne Nathalie Loiseau. C’est aussi un enjeu de financement de campagne, pour ne pas risquer que ce discours soit comptabilisé par la commission nationale des comptes de campagne… L’opposition réclame également auprès de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, que le temps de parole du Président sur les enjeux européens soit attribué à la liste de la majorité.

Nathalie Loiseau s’était retrouvée à la tête de la liste LREM en 2019. Comment trouve-t-elle aujourd’hui le début de campagne de Valérie Hayer ? « Un peu trop calme. C’est aussi dû au fait que les Français sont ou étaient encore en vacances. 70 % ne savent pas encore qu’il y a une élection le 9 juin. Le rythme s’accélérera le dernier mois. Je prends les sondages avec attention, comme un signal. Je ne dis pas que ça ne veut rien dire. Ça veut dire déjà qu’il y a beaucoup plus d’abstention, ce n’est pas un bon phénomène », lâche Nathalie Loiseau, selon qui « chacun doit prendre sa part » pour convaincre. Autrement dit, Emmanuel Macron ne sera pas le sauveur suprême, même pour son propre camp :

 Il n’y a pas une personne, pas un chevalier blanc qui va porter la campagne. Ce n’est pas Valérie Hayer toute seule et ce ne sera même pas Emmanuel Macron tout seul. C’est une élection à la proportionnelle, on incarne un collectif. 

Nathalie Loiseau, eurodéputée Horizons et porte-parole de la liste Besoin d'Europe.

« On vote pour une vision à l’échelle européenne et on ne règle pas des questions de court terme de la popol nationale »

L’ambition est aussi de rappeler le travail réalisé jusqu’ici. « Il n’a pas ménagé ses efforts », souligne le président du groupe RDPI du Sénat. « Il a été moteur pendant la crise du covid, très à l’initiative sur l’achat des vaccins, sur la question de la défense, lors de l’agression russe en Ukraine. Donc sa parole sera très attendue en Europe et bien sûr en France », ajoute Fabienne Keller, pour qui il convient de parler avant tout d’Europe : « Il faut aussi se rappeler l’enjeu de l’échéance du 9 juin. On vote pour une vision à l’échelle européenne et on ne règle pas des questions de court terme de la popol nationale, comme le font toutes les autres listes pour cliver ».

Pour arriver à décoller dans les sondages, et surtout le jour J, il faut aller chercher la base de l’électorat. « Je pense que les sympathisants de la majorité attendent que le Président entre en campagne. Et ce n’est pas la peine d’aller essayer de convaincre les anti-Macron, mais plutôt ceux qui ont voté Macron », de quoi ainsi grapiller « 5 à 6% de l’électorat pour être à 20/22% », avance François Patriat, qui insiste :

 Il faut cibler les électeurs qui sont des européens convaincus, aller chercher les électeurs du centre gauche et du centre droit. 

François Patriat, président du groupe RDPI du Sénat.

« On voit bien qu’il y a, plus qu’on ne pourrait s’y attendre, un électorat qui a voté Macron en 2022 et qui aujourd’hui ne se déplace pas pour l’instant pour la liste Renaissance. Ils vont ailleurs et aussi ne comptent pas voter », confirme le sondeur Jean Daniel Levy, directeur délégué d’Harris Interactive France. Autrement dit, « comme souvent, ce sont des enjeux de mobilisation différentielle », soit savoir quelle liste mobilisera le mieux son électorat. C’est pourquoi « l’aspect marquant aussi de cette campagne, c’est qu’on n’a pas de thématique de campagne extrêmement forte. Chacun raconte son histoire comme il l’entend, et n’est pas avide de s’inscrire dans un grand débat », analyse le responsable de l’institut de sondage.

Sur cette question de convaincre les anciens électeurs d’Emmanuel Macron, il y a « clairement » l’enjeu de la concurrence de la liste de Raphaël Glucksmann, qui peut jouer aussi le credo proeuropéen, en parlant à l’électorat social-démocrate. « Il y a en gros 20 % de l’électorat d’Emmanuel Macron de 2022 qui déclare voter Raphaël Glucksmann aujourd’hui », détaille Jean-Daniel Lévy. Autre tranche de population à qui il faut continuer à parler : les retraités. « La liste n’est pas mauvaise chez les retraités, mais ça ne suffit pas à inverser la tendance. Et il y a des personnes âgées de 65 ans et plus qui déclarent qu’ils n’iront pas voter aux européennes, alors que sur le papier, c’est typiquement le type d’électorat qui va se déplacer », relève encore le spécialiste de l’opinion.

« On n’a pas l’écologie honteuse »

Si on fait aujourd’hui le parallèle avec le discours de la Sorbonne de 2017, Emmanuel Macron avait aussi parlé d’Europe en mai 2022. Il s’était alors prononcé pour la révision des traités européens et avait mis sur la table l’idée d’« une communauté politique européenne » ouverte à l’Ukraine, vantant une « différenciation » entre Etats. « Il a surpris tout le monde », se souvient Fabienne Keller, qui souligne que « cette communauté fonctionne et se réunit régulièrement. Cela inclut les pays d’Europe, hors Union européenne. Je pense qu’il va développer l’idée, ce n’est pas exclu ».

Va-t-il à nouveau surprendre ? « J’ai eu des échanges avec le Président, mais je ne sais pas ce qu’il va sortir de la version finale » du discours, glisse Nathalie Loiseau, « on doit se reparler à quelques-uns pour faire le bilan des échanges ». Si rien ne fuite réellement du discours, on peut s’attendre à ce que les questions de souveraineté européenne soient logiquement au programme. « Il parlera aussi du changement climatique, je pense », glisse Fabienne Keller. Même si « le choc agricole a été un moment difficile », il faut « évidemment » rappeler l’ambition écologique, selon l’eurodéputée européenne, et savoir faire « du en même temps. La réalité est complexe ».

Le sujet de l’environnement, qui peut être mis en partie à l’actif des eurodéputés Renew – le Français Pascal Canfin est même président de la commission de l’environnement du Parlement européen – paraît pourtant avoir été mis de côté, depuis quelques temps. « On n’a pas l’écologie honteuse », assure Nathalie Loiseau. Ce bilan en matière d’environnement, « on l’assume complètement », assure l’ex-ministre. L’ancienne tête de liste de la campagne de 2019 rappelle que « l’idée du Pacte vert était dans nos propositions » et se dit « très fière qu’on l’ait fait ». Donc « on va continuer », mais « maintenant, on doit passer à la mise en œuvre et à l’accompagnement. Ce n’est pas un recul ». Un discours qui pourrait aussi parler à cet électorat de centre gauche que vise aussi le camp présidentiel.

Il s’agit au fond d’assumer le bilan, pour mieux ouvrir un nouveau chapitre. « Nous sommes derrière ces succès, des acquis européens de ces dernières années. C’est une très grosse valeur ajoutée que nous avons », défend Nathalie Loiseau. Pour Emmanuel Macron, jouer la carte européenne jusqu’au bout, comme il l’a fait depuis la campagne de 2017, reste la ligne à suivre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « Michel Debré et La Réunion, dérives d’une ambition républicaine » d’Alice Cohen
4min

Politique

Les « docus de l’été » : L’histoire oubliée de l’île de La Réunion

C’est un chapitre méconnu de l’histoire de France : la politique menée par Michel Debré à La Réunion entre 1963 et 1988. Pendant vingt-cinq ans, l’ancien Premier ministre du général de Gaulle mettra tout en œuvre pour contenir les velléités autonomistes qui traversent l’île, notamment celles portées par les communistes réunionnais. Traumatisé par l’indépendance de l’Algérie, inquiet de la montée des mouvements anticoloniaux et frappé par la misère qui touche alors une grande partie de la population, il engage une politique volontariste de modernisation fondée sur de grands travaux, des investissements massifs mais aussi des mesures beaucoup plus contestées, comme le transfert de milliers de mineurs vers la métropole. Cette période complexe et controversée de l’histoire réunionnaise est au cœur du documentaire d’Alice Cohen, "Michel Debré et La Réunion", dérives d’une ambition républicaine à voir cet été sur Public Sénat.

Le

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le