Européennes 2024 : ce que dit la composition de la liste du Rassemblement national
Le candidat du Rassemblement National Jordan Bardella, lors d un meeting de campagne pour les elections europeennes, a Lecluse, dans le Nord, le samedi 6 avril 2024//GREUEZFRANCOIS_GREUEZ0134/Credit:FRANCOIS GREUEZ/SIPA/2404070857

Européennes 2024 : ce que dit la composition de la liste du Rassemblement national

Les noms des 34 premiers colistiers de Jordan Bordella ont été dévoilés ce 1er mai. Le RN opère un panachage entre eurodéputés sortants, cadres locaux et personnalités extérieures.
Guillaume Jacquot

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Le Rassemblement national a présenté ce 1er mai le début de sa liste pour les élections européennes, dans l’un de ses bastions, à Perpignan. Elle comprend les 35 premières personnes investies. Une bonne partie d’entre eux se situe en position éligible. Comme l’indiquent plusieurs récents sondages d’opinion, la liste de Jordan Bardella pourrait être en mesure d’envoyer 28 à 30 élus au Parlement européen, si les intentions de vote se confirmaient le dimanche 9 juin.

Toujours en tête dans les intentions de vote, la liste de Jordan Bardella ne se limite pas à des eurodéputés ou des élus locaux du parti, elle embarque également quelques personnalités étrangères à la vie politique. « Le RN a essayé de pêcher à l’extérieur de ses propres eaux pour occuper l’espace en vue », observe Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. Parmi les principales têtes d’affiche : Malika Sorel, ancienne membre du Haut Conseil à l’intégration (2009-2012) et essayiste qui a soutenu François Fillon, est en deuxième position, suivie de Fabrice Leggeri, l’ancien directeur exécutif de Frontex, l’agence européenne chargée du contrôle des frontières extérieures. Le ralliement de ce haut-fonctionnaire avait été annoncé dès février (relire notre article). Il fait l’objet de deux plaintes, déposées par des ONG qui l’accusent d’avoir facilité des refoulements illégaux de bateaux de migrants.

« Une liste qui est assez marquée par la sécurité »

À la septième position, une figure médiatique vient en appui, celle de Matthieu Valet. Ancien commissaire et porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police, le candidat est un habitué de la chaîne CNews. En novembre, le Canard Enchaîné révélait que l’ancien policier avait reçu un blâme de sa hiérarchie pour avoir détourné des bons SNCF appartenant à des collègues. Pascale Piera occupe la dixième position. Cette magistrate, juge d’instruction, était ancienne conseillère municipale de la maire Renaissance de Senlis (Oise). Sur Tiktok, elle a dénoncé « l’absence de politique pénale face à un ensauvagement généralisé ».

Parmi les autres candidats issus de la société civile, on compte une variété de profils : une enseignante, une commerçante une agricultrice à la 20e place de la liste, une infirmière retraite, une avocate ou encore la dirigeante d’une petite entreprise en Charente-Maritime. « Il manque, pour aboutir à une normalisation complète, un certain nombre de profils. Il manque la catégorie des grands patrons, mais également un intellectuel de renom. On n’a pas, jusqu’ici qui que ce soit connu dans le paysage qui ait décidé de franchir le Rubicon », énumère Jean-Yves Camus, à l’étude de la liste. « C’est assez contrintuitif, on n’a pas de haut gradé de l’armée, dégagé de son obligation de réserve », note-t-il par ailleurs. Cette carence saute d’autant plus aux yeux, par effet de comparaison. La liste de François-Xavier Bellamy (LR) accueille en troisième position le général Christophe Gomart, ancien patron du renseignement militaire.

Relégué à une position plus confidentielle, à la 25e, Pierre Pimpie, directeur adjoint de l’établissement public de sécurité ferroviaire (EPSF) achève de donner une certaine teinte à l’équipe de Jordan Bardella. « On a quand même une liste qui est assez marquée par la sécurité. Ce n’est pas anormal quand on regarde les préoccupations des Français de voir le RN capitaliser là-dessus », résume Jean-Yves Camus.

Des figures locales ou des cadres fidèles « promus »

Plusieurs cadres occupent également une place importante dans l’architecture de la liste et bénéficient d’un vent de « promotion », selon Jean-Yves Camus. Rouage essentiel au parti, le directeur général Gilles Pennelle obtient une confortable 15e place. Comme lui, trois autres présidents des groupes RN dans des conseils régionaux ont intégré la liste, à l’image de Julien Sanchez, maire de Baucaire (Gard).

Un nombre important de proches de Marine Le Pen ont été intégrés à l’équipe. Bien que placé à une lointaine 33e place, Christophe Bay, ancien directeur de campagne de la candidate à la présidentielle, ancien préfet de Dordogne de 2014 à 2016 épinglé par la presse pour son train de vie, fait néanmoins partie de cette première salve de noms.

Conseiller spéciale de Marine Le Pen, l’eurodéputé Philippe Olivier figure à la 11e place, et non loin, à la 14e, Catherine Griset, ancienne cheffe de cabinet de Marine Le Pen. Aujourd’hui siégeant à Strasbourg, elle été mise en examen dans l’affaires des emplois fictifs des assistants parlementaires du Front national. Jordan Bardella a lui aussi fait placer quelques proches, comme deux anciens présidents du RNJ, l’organisation jeunesse du parti, Aleksandar Nikolic (19e) et Gaëtan Dussausaye (29e). Et bien sûr, Pierre-Romain Thionnet en 23e position, l’ancien assistant à Strasbourg de Jordan Bardella, et désormais son principal conseiller, sur une ligne identitaire.

Pas plus d’un eurodéputé RN sur deux devrait retrouver son siège

Le parti n’a pas investi l’ensemble de ses 18 eurodéputés sortants. Dans les noms présentés mercredi, on ne relève que dix noms de la délégation actuelle du Rassemblement national. Et dans cette sélection, seuls huit ont de bonnes assurances de retrouver leur siège en juin. C’est plus incertain pour France Jamet et André Rougé, placés respectivement à la 30e et 31e place de la liste.

L’ancien vice-président du FN, Jean-François Jalkh, faisant face à des problèmes de santé mais aussi à un procès pour « provocation à la discrimination » aux côtés d’autres prévenus dans l’affaire du « Petit guide de l’élu municipal du Front national », ne figure pas dans la liste. Son absence n’est donc pas une surprise. Celle de Gilles Lebreton pose question. Décrit comme l’un des plus assidus des eurodéputés RN, cet agrégé de droit public semble faire les frais de sa participation à des compromis politiques sur certaines textes clés au Parlement européen.

Le RN indique que la tête de liste a dû faire des choix. « Jordan avait dit qu’il y aurait un tiers de nouvellement, un tiers de promotion et un tiers de reconductions », rappelle Jean-Lin Lacapelle. Le porte-parole du parti quitte lui aussi les hémicycles de Strasbourg et de Bruxelles, et vise à terme un mandat de député au palais Bourbon. « Je quitte l’Europe pour revenir au national. Je reprends un poste de direction dans l’appareil, et contribuer à préparer le mouvement aux échéances à venir », justifie ce proche de Marine Le Pen.

Loin d’être exfiltré, Thierry Mariani maintenu en bonne position sur la liste

Au rang des autres eurodéputés maintenus sur la liste : Jean-Paul Garraud, le patron de la délégation du RN au Parlement européen (en 5e position), Virginie Joron (16e), figure du mouvement des antivaccins, ou encore Mathilde Androuët (4e) tenante d’une « écologie véritable », en opposition à « l’écologie punitive » dont sont victimes, selon elle, les agriculteurs et les automobilises. Sans oublier Thierry Mariani. Régulièrement attaqué par ses adversaires pour ses sympathies envers la Russie, il avait remplacé Jordan Bardella lors du premier débat télévisé des européennes organisé sur Public Sénat. Après plusieurs semaines d’incertitude – on le disait sur un siège éjectable – l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy a été sauvé sur la liste, à un rang plus qu’honorable, en 9e position.

« C’est Marine Le Pen qui garde la main. Jordan Bardella a certainement pu obtenir un certain nombre d’arbitrages, mais c’est bien elle la décisionnaire », analyse Jean-Yves Camus. Celle-ci doit d’ailleurs occuper l’avant-dernière place de la liste, la 80e. « C’est un symbole, ce n’est pas seulement la liste de Jordan Bardella, c’est la liste de Jordan Bardella avec Marine Le Pen. » Globalement, le spécialiste ne « voit pas de grands chamboulements dans cette liste ».

D’autres noms symboliques au-delà des 35 premiers noms révélés ce mercredi pourraient suivre. Cette première moitié de liste est-elle susceptible de peser sur l’électorat ? Plusieurs observateurs en doutent. « Cela joue extrêmement à la marge. Est-ce que les électeurs regardent dans le détail des listes ? On n’a aucun signal qui vont dans ce sens-là », rappelle Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l’institut Harris Interactive. Jean-Yves Camus considère par ailleurs que le fait que la numéro 2 de la liste, Malika Sorel, avait approché Emmanuel Macron pour intégrer le gouvernement, ne pèsera pas sur les électeurs. « La preuve que ça n’influe pas : cette liste a commencé à 30 %, elle est toujours à 30, c’est un vrai évènement. Généralement, les listes qui partent de très haut, ne dévissent pas mais perdent des points en cours de route. »

Au plus haut des intentions de vote, le parti a toutefois évacué une erreur de casting. Fin avril, le parti s’est résolu retirer de la liste le Mahorais Saidali Boina Hamissi, après la mise au jour de plusieurs publications racistes et conspirationnistes.

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