Marseille: Raphael Glucksmann campaign meeting

Européennes 2024 : Raphaël Glucksmann espère arriver « deuxième » et « chambouler la vie politique française »

Toujours au coude à coude dans les sondages avec Valérie Hayer, le candidat de la liste PS-Place Publique termine sa campagne « grave et heureuse » en espérant « tourner la page de ce duel Macron/Le Pen ». Avec « une liste féministe, pro européenne, sociale, écologique » et « sérieuse en matière de défense et de sécurité », il ambitionne de « refonder la social-démocratie » en Europe.
François Vignal

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Occuper le terrain jusqu’au bout. Surtout quand une part significative des électeurs, en particulier à gauche, prend sa décision au dernier moment. Au lendemain d’une prise de parole polémique, où Emmanuel Macron s’est invité au dernier moment dans la campagne en appelant les électeurs au « sursaut » face à l’extrême droite, Raphaël Glucksmann a tenu son ultime conférence de presse de la campagne des européennes, avant, ce vendredi soir, un dernier meeting à Lille, que la tête de liste PS-Place Publique veut placer dans « les pas » de Jacques Delors, « grande figure » pro européenne et sociale-démocrate. De quoi conclure une campagne qu’il décrit comme « à la fois grave et heureuse ».

Dans une fin de campagne où une part d’incertitude règne pour chaque liste, à l’exception peut-être du RN, qui semble quasi certain d’arriver en tête – la question étant de savoir si Jordan Bardella dépassera ou pas les 30 % – chaque camp se raccroche aux signaux positifs qu’il voit. Pour Raphaël Glucksmann, c’est le scrutin aux Pays-Bas, qui a eu lieu dès hier. S’il faut attendre dimanche pour les résultats, un sondage de sortie d’urnes montre que l’alliance des sociaux-démocrates et des écologistes sort en tête de l’élection, juste devant l’extrême droite, qui était arrivée en tête des législatives.

Les bons résultats de la gauche aux Pays-Bas montrent que « notre famille politique sera la digue face à l’extrême droite »

Pour le candidat qui se revendique de la social-démocratie, il n’en fallait pas moins pour y voir la direction que va prendre l’Europe. « On est très heureux de ce qu’il s’est passé aux Pays-Bas, où un gouvernement d’extrême droite a été mis en place grâce à des libéraux, alliés d’Emmanuel Macron », réagit Raphaël Glucksmann. Pour l’eurodéputé Place Publique, « cela montre que notre famille politique sera la digue face à l’extrême droite, en Europe et en France ». Ces résultats tombent en effet à point nommé pour le candidat, qui a construit son récit durant la campagne notamment sur ce thème du barrage à l’extrême droite.

Le scrutin néerlandais montre aussi « qu’une élection n’est pas jouée tant qu’elle n’est pas finie », ajoute le candidat. Il rappelle qu’« au début, on était à 8-9 %, et on a réussi à créer une dynamique ». Il ajoute :

 On a réussi à créer une espérance. Personne ne nous a vus venir. 

Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place Publique pour les élections européennes.

Une dynamique qui se tasse ?

Une campagne, c’est en effet des dynamiques. Et depuis quelques jours, on voit la liste LFI de Manon Aubry frémir dans les sondages, grappillant quelques dixièmes de points, autour de 8 %, quand la liste des Ecologistes de Marie Toussaint est dans la zone rouge des 5 %, risquant de n’avoir aucun élu si les écolos terminent sous le seuil fatidique. Ce qui affaiblirait la gauche en général.

Pour les socialistes, la lecture dépend des sondages. Globalement, la dynamique est là, sans aucun doute. Mais certaines études montrent une forme de tassement, voire un léger recul, de la liste PS-Place Publique. D’autres pas. Raphaël Glucksmann préfère ainsi citer « un sondage ce matin qui nous donne à un point de la liste de Macron » – encore un signe positif sur lequel s’accrocher. En effet, selon notre baromètre Odoxa, réalisé avec Mascaret, pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale, sa liste est à 14 % (+0,5) et talonne celle de la majorité présidentielle de Valérie Hayer (15 %).

« Croisement, pas croisement, je n’en sais rien. Ça dépend des prochaines 48 prochaines heures »

Avec la marge d’erreur, Raphaël Glucksmann est potentiellement devant, dimanche soir… Le cauchemar des macronistes et le rêve des socialistes et de Place Publique. « Croisement, pas croisement, je n’en sais rien. Ça dépend des prochaines 48 prochaines heures », lance le candidat, qui sait bien qu’« il reste peu de temps » pour faire la différence et « être deuxième de cette élection », ambition affichée.

Avec l’espoir que dimanche soir, « une liste féministe, pro européenne, sociale, écologique » et « sérieuse en matière de défense et de sécurité » « chamboule la vie politique française » et permette de « tourner la page de ce duel Macron/Le Pen », qui « fait suffoquer des millions de Français », dénonce le candidat. De quoi, dans l’idéal, peser suffisamment au Parlement européen pour « dès la première semaine » défendre une série de mesures : « Un plan Marshall sur le logement social en Europe », « une directive sur la taxation des plus hauts patrimoines », « la clause de l’Européenne la plus favorisée » pour reprendre les mesures les plus favorables aux femmes de chaque pays, « la phase 2 du Pacte vert », car « dès le lundi, il y aura une confrontation de ce qu’on fait du Pacte vert », ce sera « stop ou encore ». L’aide apportée à l’Ukraine continuera évidemment pour Raphaël Glucksmann d’avoir toute sa place. Il « soutient » d’ailleurs la décision d’Emmanuel Macron de céder des Mirage 2000 aux Ukrainiens.

« Refondation de la social-démocratie » fusionnée « avec l’écologie politique »

Porter ces projets va de pair, pour Raphaël Glucksmann, avec la « refondation de la social-démocratie », fusionnée « avec l’écologie politique ». Il évoque d’ailleurs « l’alliance avec le groupe Vert, au Parlement, pour favoriser le rapport de force face à l’extrême droite ».

Lire aussi » Européennes 2024 : Raphaël Glucksmann prône dans son programme une « révolution écologique »

Et c’est pour se placer dans cette filiation sociale-démocrate que Raphaël Glucksmann termine sa campagne ce soir dans la ville de Martine Aubry, afin de « raviver la flamme humaniste de la gauche française, de Jacques Delors », père de la maire de Lille.

Mais assume-t-il tout l’héritage de la social-démocratie, alors que Les Insoumis se font un malin plaisir de souligner que François Hollande, qui fait figure de chiffon rouge pour une partie de la gauche, le soutient ? « On va refonder la social-démocratie », répond-il. Comprendre, ce ne sera pas tout à fait la même. « Il n’y a pas de continuité absolue avec le passé », ajoute le candidat. Souvent accusé d’être au fond un libéral, il assure que sa social-démocratie dénonce « les accords de libre-échanges » comme « le dogmatisme » du « Pacte de stabilité » budgétaire, dont « on sait qu’il ne sera pas applicable ». « Nous sommes en rupture avec cela », assure Raphaël Glucksmann.

Bataille de leadership à gauche

Reste à convaincre les Français de la « cohérence idéologique » de cette vision « soc dem » revisitée. Il faut pour cela « un récit puissant, aussi puissant que le récit populiste et autoritaire ». Un récit qui pourra avoir un avenir en France ? Car c’est aussi l’autre enjeu, plus national, du scrutin : la bataille de leadership, à gauche, même si le candidat entend se concentrer sur l’Europe. Si les sondages se confirment, la liste PS-Place Publique pourra revendiquer une première place qui rebattra les cartes en vue de 2027. C’est du moins ce qu’espèrent les socialistes, à commencer par la ligne plus sociale-démocrate que Nupes, qui après les 1,75 % d’Anne Hidalgo à la présidentielle, n’en espérait pas tant. On peut cependant parier sur une bataille de lecture, en cas de bon score dimanche soir : est-ce celui d’une ligne PS canal « soc dem » historique ? Ou avant tout le succès d’un homme et d’une incarnation, en la personne de Raphaël Glucksmann ? Selon la réponse à la deuxième question, on verra si le résultat donne des ailes, et quelques autres ambitions, au candidat…

Dans l’ombre de Raphaël Glucksmann, de fait, depuis le début de la campagne, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, présent ce matin au premier rang, a bien en tête que c’est une part du leadership à gauche qui se joue. Interrogé sur la remontée de Manon Aubry, celui dont les relations avec Jean-Luc Mélenchon se sont très sérieusement refroidies, lâche dans un sourire : « Je m’occupe de la Ligue des champions. Pas de la deuxième division… » Une blague qu’aurait pu signer un autre social-démocrate amateur de ballon rond, un certain François Hollande.

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