FRANCE–EUROPEAN PARLIAMENT-ELECTION

Européennes 2024 : tout savoir sur les « petites » listes

A côté des grosses machines électorales, elles existent difficilement dans les médias traditionnels, misant plutôt sur les réseaux sociaux. Entre une flopée de listes écologistes, des listes souverainistes et des micros partis, tour d’horizon de ces listes qui devraient avoir le plus grand mal à avoir des eurodéputés, mais dont la présence est loin d’être neutre pour le scrutin du 9 juin.
François Vignal

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Le record de 2019 va-t-il être battu ? Il y a 5 ans, le ministère de l’Intérieur avait validé par moins de 34 listes lors de la précédente élection européenne. Pour le scrutin de juin prochain, de nombreuses listes sont déjà en lice. A côté des principaux partis représentés au Parlement, on compte une myriade d’autres mouvements qui se lancent, généralement qualifiés de « petites listes », du fait de leur faible poids dans les sondages – quand elles sont testées – ou de leur existence très faible sur le terrain, que ce soit en nombre d’adhérents ou d’élus locaux. On observe cette année une série de rapprochements, ce qui montre que le record de 2019 ne devrait pas être battu.

Expression de la démocratie, la présence de ces listes n’est pas neutre politiquement. Car si elles auront les plus grandes difficultés pour atteindre les 5 % synonymes d’élus au Parlement européen, ou de dépasser les 3 % permettant un remboursement des frais de campagne, leurs faibles scores attendus pour la plupart entre 0 et 1 % entraînent néanmoins un émiettement des suffrages. En 2019, les 28 listes qui n’avaient pas atteint les 5 % avaient totalisé 19,78 % des suffrages exprimés ! Avec de grosses disparités, de la première de ces listes, celle de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait rassemblé 795.508 voix pour 3,51 % des voix, s’approchant des 5 %, à la dernière liste, « Neutre et actif », qui n’avait attiré que 1.321 suffrages, soit… 0,01 % des voix.

Autant de voix qui n’iront pas aux listes plus installées dans le paysage politique, ce qui peut tout changer pour certaines, le soir du 9 juin, soit peut-être en empêchant une liste d’atteindre les 5 %, soit en influant sur l’ordre d’arrivée. Dans une élection où l’enjeu principal est souvent la mobilisation de son propre électorat, choisir la « grosse » liste ou se faire plaisir en glissant dans l’urne le bulletin de la « petite » liste, peut compter.

Pour y voir plus clair, tour d’horizon des listes que vous n’avez peut-être pas encore remarquées, et qui entendent bien tenter d’exister, à l’occasion de l’élection européenne.

  • Le président du PRG, Guillaume Lacroix, rassemble pour défendre la « gauche démocrate et républicaine »

C’est un peu la gauche plurielle, mais revendiqué sur un credo « gauche démocrate et républicaine ». Le Parti radical de gauche (PRG), qui fait généralement alliance avec le PS, part dans ce scrutin de son côté, mais pas seul. C’est un peu la gauche, hors Nupes, qui s’est retrouvée ici. Mais dans les sondages, ça ne pèse pas lourd pour l’instant : 0,5 % selon l’étude Harris Interactive du 8 avril.

Le PRG, présidé par Guillaume Lacroix, qui mène également la liste, fait alliance avec le parti régionaliste Régions et Peuples solidaires (qui était avec EELV en 2019), le Mouvement des progressistes (parti créé à l’origine par Robert Hue), le Mouvement des citoyens (MDC, scission du Mouvement républicain et citoyen par des élus qui ont refusé le rapprochement de l’ancien parti chevènementiste avec les ex-socialistes Emmanuel Maurel et de Marie-Noëlle Lienemann au sein de la Gauche républicaine et socialiste), le Collectif des sociaux-démocrates réformateurs et Volt France (issu du parti paneuropéen Volt Europa).

Un détail qui n’en est pas un : quatre composantes de la liste font partie du mouvement La Convention, lancé par l’ex-premier ministre, Bernard Cazeneuve, en rupture avec le PS, dont il a dénoncé le rapprochement avec LFI. Sur la liste, on trouve une eurodéputée sortante de Régions et Peuples solidaires, Lydie Massard, qui a remplacé Yannick Jadot depuis son élection au Sénat, ainsi que l’ex-secrétaire d’Etat PS aux Victimes, Juliette Méadel. Celle qui avait soutenu Emmanuel Macron en 2017 et 2022 a aujourd’hui quitté la Fédération progressiste, mouvement lancé par l’ex-ministre et maire de Dijon, François Rebsamen.

  • Le sénateur du Tarn Philippe Folliot et le maire Neuilly, Jean-Christophe Fromentin, ensemble pour représenter les territoires et le centre

C’est l’histoire d’un rural et d’un urbain qui se retrouvent sur la même liste. Pour les européennes, plutôt que partir solo, ils ont décidé d’unir leurs forces. Et qu’importe si elles semblent maigres dans l’immédiat, ils veulent se faire entendre. Le sénateur du Tarn, Philippe Folliot, qui s’était lancé début décembre avec son parti, l’Alliance centriste, menant la liste « Ruralités, l’avenir dans le bon sens », fait finalement liste commune avec celle de Notre Europe du maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromentin. Cet ancien de l’UDI, formation qui a rejoint Renaissance pour les européennes, est à la tête de Territoires en mouvement.

Un drôle d’attelage au premier abord. Les Hauts-de-Seine et le Tarn, ce sont deux mondes. Au contraire, pour Philippe Folliot, « la symbolique est forte, moi, au cœur de la montagne tarnaise qui s’entend avec le maire de Neuilly sur des sujets relatifs à l’Europe », avance le sénateur dans Le Figaro, qui expliquait en décembre à publicsenat.fr vouloir défendre « le bon sens paysan ». L’objectif est de réconcilier les territoires. Et pour mener la liste, les deux hommes en ont trouvé un troisième, avec Gilles Mentré, élu du 16e arrondissement de Paris. Là encore, ça pèche dans les sondages : 0,5 % selon Harris interactive. Mais ces élus locaux veulent continuer à rassembler au centre. Des discussions sont en cours avec certains députés du groupe Liot membres de l’association Utiles…

  • Jean-Marc Governatori, pour « une écologie européenne et centriste »

Ce sont les autres listes écologistes, qui ne font pas les affaires de Marie Toussaint, tête de liste des Ecologistes (EELV), qui peine à décoller dans les sondages (6-7 %). Comme celle de Jean-Marc Governatori, L’Ecologie au centre. Celui qui avait été candidat à la primaire écologiste pour la présidentielle de 2022, mène campagne pour défendre « une écologie européenne et centriste ». Il vise particulièrement la députée Sandrine Rousseau, qui « porte un préjudice mortel à l’écologie politique ». Pour l’élu niçois, « l’écologie n’est ni de droite, ni de gauche ».

  • Yann Wehrling candidat pour défendre « l’écologie de gouvernement »

Yann Wehrling a vu du pays. Du moins, du paysage politique, tant son évolution politique est large. L’ancien numéro 1 des Verts, il rejoint ensuite le Modem, avant de se rapprocher de la droite et de devenir, en 2021, l’un des vice-présidents de la région Ile-de-France auprès de Valérie Pécresse. Après avoir quitté le Modem, il forme son propre parti, Ecologie Positive, qui se revendique de « l’écologie de gouvernement ».

Pour les européennes, il mène la liste « Ecologie positive et territoires », allié à CAP 21, la formation de Corinne Lepage, France-Ecologie, « 100 % Citoyens », « Les universalistes-Mouvement Homme Animaux Nature » ou encore les régionalistes de la Fédération des pays unis. Yann Wehrling entend occuper le créneau de l’écologie non radicale. Défendant le nucléaire, il explique dans Le Figaro vouloir « redonner envie en étant plus dans la proposition que dans la critique ».

  • Antonio Duarte, l’autre liste Les Ecologistes…

Antonio Duarte est à la tête du parti Les Ecologistes, nom à l’origine d’une bataille juridique avec… Les Ecologistes, c’est-à-dire le nouveau nom d’EELV, auquel il s’oppose. Il entend mener une liste avec sa formation. De quoi créer la confusion, dans les bureaux de vote… Antonio Duarte n’entend pas faire de cadeau à Marie Toussaint, dont il qualifie la liste de « contrefaçon de marque INPI, woke, communautariste, antisémite, anti-nucléaire, décroissant ». De son côté, il propose « un Etat européen avec une gouvernance politique, une armée et une diplomatie européenne », « un vrai projet souverainiste européen ».

  • Equinoxe, un jeune parti écologiste qui revendique « des idées franches sans être dogmatiques »

Jeune parti, Equinoxe est né en 2021. Il présente Marine Cholley, ingénieure dans les énergies renouvelables de 31 ans. Elle revendique avoir « des idées franches sans être dogmatiques, des ambitions sociales et collectives et une réelle intelligence collective ».

« Equinoxe est un parti politique indépendant qui rassemble toutes les personnes qui ont pris conscience des nécessaires changements de nos modes de vie et de la complexité des enjeux », peut-on lire sur le site du mouvement. Défendant la sortie des énergies fossiles par la sobriété, les renouvelables et le nucléaire, la liste propose de mettre en place « un système de quotas carbone individuels », de « développer massivement le train », « consolider les défenses européennes », le soutien à l’agroécologie ou encore la régulation de l’intelligence artificielle.

  • Nathalie Arthaud porte les couleurs de Lutte ouvrière pour la quatrième fois aux européennes

Elle est toujours là, à l’image de sa célèbre prédécesseure, Arlette Laguiller. Nathalie Arthaud, ancienne candidate à la présidentielle, est tête de liste pour mener une nouvelle fois le parti trotskiste aux européennes. « Nous voulons montrer que dans l’institution capitaliste et ultralibérale qu’est l’Union Européenne, il existe une autre voie. Celle des travailleuses et des travailleurs » affirme à La Dépêche la porte-parole de Lutte ouvrière.

« Chez Lutte ouvrière nous sommes les seuls à porter un vrai discours anticapitaliste et à promouvoir la lutte des classes », souligne Nathalie Arthaud, qui explique que « chez LO, nous rêvons d’une Europe des peuples, sans frontières, une Europe unie capable de proposer des politiques sociales comme un SMIC européen par exemple ». Ce sera sa quatrième campagne européenne. Quand on aime (la lutte), on ne compte pas.

  • Le Parti animaliste espère percer après les 2,2 % des européennes de 2019

Ses scores sont toujours petits, mais pas toujours si ridicules. Election après élection, le Parti animaliste tente de s’installer dans le paysage politique français. Pour les élections européennes, c’est Hélène Thouy qui va conduire la liste du parti, dont elle est coprésidente. Celle qui est installée en Gironde est l’avocate de l’association L214.

Entendant défendre la question animale, le Parti animaliste « promeut une évolution de société qui prend en compte les intérêts des animaux et qui repense la relation entre les animaux et les humains », peut-on lire sur le site du mouvement, avec évidemment une photo de chat à l’appui.

« L’Union européenne peut être un véritable moteur pour amorcer des changements internationaux tels que la sortie de l’élevage intensif », affirme le parti. Sur le site, Hélène Thouy affirme que « plus encore que les autres, les élections européennes, par leur mode de scrutin proportionnel, représentent une formidable occasion d’obtenir des avancées concrètes pour les animaux et pourquoi pas, nos premiers élus européens ». Lors du dernier scrutin, avait réalisé un score substantiel de 2,2 % des suffrages, soit 490.000 voix.

  • Jean Lassalle avec le chasseur Willy Schraen pour défendre la ruralité

Le patron de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, avait présenté, en décembre dernier, sa liste Alliance rurale. Défendant une « ruralité heureuse » contre les « ayatollahs de l’écologie », il dénonce une Union européenne devenue « mastodonte administratif » et les « élites déconnectées de la vraie vie ». Les 6,77 % de la liste CPNT de Jean Saint-Josse, en 1999, sont évidemment dans les têtes, comme celle du lobbyiste Thierry Coste, qui donne un coup de main.

Alors que Willy Schraen a apporté son soutien à Emmanuel Macron en 2017, comme en 2022, promis, il assure conduire une liste « apolitique ». Du côté du RN, on voit pourtant dans la liste des chausseurs la main de l’Elysée, pour tenter de prendre quelques voix au parti à la flamme.

En mars dernier, il voit le renfort de Jean Lassalle. L’ancien candidat à la présidentielle, qui s’était également lancé de son côté, fait alliance avec le représentant des chausseurs. C’est même l’ancien du Modem qui mène la liste, Willy Schraen passant à la troisième place. Les 3,13 % de Jean Lassalle à la présidentielle de 2022 pourraient donner un coup de pouce à l’Alliance rurale. Pour l’heure, la liste n’est créditée que de 1 %.

  • Florian Philippot, candidat pour la sortie de l’Union européenne et de l’Otan

C’est l’ancien bras droit de Marine Le Pen. Mais cette époque est derrière lui. Florian Philippot mène aujourd’hui sa propre barque, celle des Patriotes. Député européen de 2014 à 2019, celui qui a surfé sur la vague antivax et complotiste, lors du covid-19, défend la sortie de la France de l’Otan et le Frexit. Pour le scrutin, le souverainiste fait liste commune avec Jean-Frédéric Poisson, président de Via – La voie du peuple.

La décision du député Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, de jeter l’éponge pour le scrutin européen pourrait lui laisser quelques espoirs. Mais entre le rouleau compresseur du RN Jordan Bardella et la candidature Reconquête de Marion Maréchal, difficile, à l’extrême droite, de se faire une place au soleil.

  • François Asselineau, candidat aux européennes pour défendre le Frexit

Election après élection, il est là, et ne se décourage pas. François Asselineau est candidat et tête de liste pour les européennes. Le président fondateur de l’UPR (Union populaire républicaine). Diplômé de HEC et de l’ENA, François Asselineau s’est fait notamment connaître en tant que chantre du Frexit, c’est-à-dire la sortie de la France de l’Union européenne. Il veut sortir aussi de l’Otan.

Le souverainiste, qu’on lie souvent à la sphère complotiste, avait réussi à se présenter à l’élection présidentielle de 2017, où il avait récolté 0,92 % des voix. Selon Harris Interactive, il est crédité pour les européennes de 0,5 % des suffrages.

  • Caroline Zorn, candidate du Parti pirate, pour le « développement d’un espace européen commun »

A 43 ans, Caroline Zorn est la tête de liste du Parti pirate. Cette conseillère municipale de Strasbourg et vice-présidente de l’Eurométropole est la porte-parole du Parti pirate. La devise de ce parti né en Suède est « liberté, démocratie, partage ».

« L’un des objectifs essentiels de tous les Pirates est de construire une base démocratique solide pour l’Union. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de veiller à ce que les processus politiques soient plus conviviaux pour les citoyens. Ensemble, nous devons encourager le développement d’un espace européen commun pour la culture, la politique et la société civile afin de protéger la richesse et la diversité des cultures au sein de l’Union » explique le parti sur son site internet. En 2019, le Parti pirate n’avait rassemblé que 0,13 % des voix.

  • Thierry-Paul Valette, un ancien des gilets jaunes qui défend un RIC européen

Inconnu du grand public, Thierry-Paul Valette mènera la liste « L’Union pour une Europe Arc-en-ciel ». Il s’est fait connaître lors du mouvement des gilets jaunes, en 2018. Il tentera de mener une liste lors des européennes de 2019, avant de jeter l’éponge. Il cofonde en 2023 le mouvement Europe Equitable.

On peut lire sur le site du parti qu’il vise « en priorité, la mise en place d’un RIC (référendum d’initiative citoyenne) européen accompagné de conseils citoyens au sein des Etats membres dont les modalités seront à définir ». Côté immigration, le mouvement défend « une répartition équitable des migrants par le biais d’une cellule dédiée de coopération entre l’Europe et l’Afrique : l’Afriquope ».

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