Européennes: Bannon à Paris, une stratégie à double tranchant
Epouvantail utile pour la majorité, conseiller parfois embarrassant du Rassemblement national, Steve Bannon, ancien stratège de...

Européennes: Bannon à Paris, une stratégie à double tranchant

Epouvantail utile pour la majorité, conseiller parfois embarrassant du Rassemblement national, Steve Bannon, ancien stratège de...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT, Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Epouvantail utile pour la majorité, conseiller parfois embarrassant du Rassemblement national, Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump, s'offre depuis samedi un drôle de tour de piste politique et médiatique en plein sprint final de la campagne française des européennes.

Depuis qu'il a posé ses valises dans sa suite du luxueux hôtel Bristol vendredi, M. Bannon a réussi son pari: faire parler de lui.

D'Emmanuel Macron à Marine Le Pen, en passant par Edouard Philippe et Richard Ferrand : difficile d'échapper au nom de l'ancien banquier de Goldman Sachs. Renvoyé de la Maison Blanche en août 2017 moins d'un an après sa nomination, il est désormais établi à Bruxelles à la tête d'une fondation qui rêve de mettre en réseau les partis nationalistes et populistes et de leur proposer analyses et stratégies.

A son arrivée à Paris, pendant que ces formations se réunissaient sans lui à Milan samedi, M. Bannon, épaulé par une agence de communication, a lancé plusieurs propositions d'entretiens à la presse, entamant sa tournée par Le Parisien. "De toutes les élections (...) c'est de loin, ici, en France, la plus importante", a-t-il estimé, affirmant vouloir "parler du RN" et du "potentiel d'un super-groupe" populiste au Parlement européen.

- "Petits caïds" -

La majorité présidentielle a immédiatement riposté par une batterie de tweets, dénonçant "une atteinte à la souveraineté de l'élection", Pascal Canfin, n°2 de la liste présidentielle qualifiant Steve Bannon de "cheval de Troie de Trump et de Poutine".

Emmanuel Macron a enfoncé le clou en épinglant dans une interview mardi les "lobbyistes comme M. Bannon" dont "l'objectif est le démantèlement de l'Europe".

Sur le perron de l'Elysée, où il était invité mardi à déjeuner avec d'autres écrivains, Bernard-Henri Lévy s'est ému de voir l'Europe "gangrénée de l'intérieur par des petits caïds populistes instrumentalisés par M. Bannon". Au même moment, le député (LREM) Pieyre-Alexandre Anglade a mis le sujet sur la table lors des Questions au gouvernement, provoquant le départ des élus communistes.

Le président de l'Assemblée Richard Ferrand, avec cinq de ses prédécesseurs, s'est pour sa part fendu d'une tribune critiquant "l'ingérence intempestive" de M. Bannon, qualifié de "maître des cérémonies de l’ultradroite", "au service d’intérêts étrangers".

La présence de M. Bannon à Paris conforte la stratégie du camp macroniste, qui n'a cessé d'alerter sur le risque d'une coalition des populistes en Europe et d'ingérences étrangères dans l'élection.

"Cette visite n'est pas anodine et je ne crois pas qu'il faille la passer sous silence", a plaidé M. Anglade, en se défendant de "donner de la force ou de l'écho" à l'Américain.

- "Sparadrap" -

Du côté du RN, la proposition d'aide de M. Bannon ne suscite en façade guère d'enthousiasme. C'est un "conseiller intéressant" mais il n'a "aucun rôle dans la campagne", a assuré Marine Le Pen qui en avait fait son invité vedette lors du congrès du parti en mars 2018.

Prudente, la présidente du RN a expliqué s'être "rapprochée" de M. Bannon pour plusieurs raisons: parce qu'il avait contribué à la victoire de Donald Trump qui est "en train de faire le choix de tourner le dos à la mondialisation sauvage", parce que le RN cherchait une banque européenne pour financer sa campagne et parce qu'il connaît les méthodes américaines de levées de fonds.

Mais "quelle est l'influence de M. Bannon en France ? Assez réduite, soyons honnêtes", a estimé sur Radio Classique mardi le numéro 3 de la liste du RN, Thierry Mariani, connu pour sa proximité avec la Russie.

"Steve Bannon est devenu un peu le sparadrap du capitaine Haddock", analyse auprès de l'AFP le politologue Jean-Yves Camus. "Marine Le Pen semble agacée par lui mais des cadres du RN vont à l'hôtel Bristol" pour le rencontrer, "donnant l'impression d'un double discours", ajoute-t-il, en référence à une visite révélée lundi par Le Parisien.

Le sujet pourrait toutefois encore rebondir après l'élection. Le patron des députés LREM Gilles Le Gendre a repoussé à cette échéance une possible commission d'enquête parlementaire sur les liens entre le RN et M. Bannon, réclamée par plusieurs parlementaires.

Partager cet article

Dans la même thématique

Européennes: Bannon à Paris, une stratégie à double tranchant
3min

Politique

« À l'EHPAD ! » : Gabriel Attal face aux questions sans filtre de nos aînés

Pour le lancement de « À l'EHPAD ! », le nouveau programme d'Au Tableau Productions, des résidents de maisons de retraite interrogent les candidats à la présidentielle 2027. Premier sur le grill : Gabriel Attal, venu à Suresnes à la rencontre des aînés. Un échange spontané et sans détour, à découvrir dès maintenant la chaîne YouTube de l'émission et publicsenat.fr.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
7min

Politique

« L’éléphant dans la pièce » : LFI s’invite encore dans le débat de la primaire socialiste 

Pour leur deuxième débat, les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate ont une nouvelle fois buté sur les mêmes lignes de fracture. La France insoumise, pourtant absente du plateau, s'est imposée dans les échanges, de la mobilisation lycéenne aux alliances en vue des législatives. Sur Gaza, le mot « génocide » a fait voler en éclats la courtoisie de façade entre Olivier Faure, Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj.

Le

Senat : QAG
9min

Politique

Tentative de groupe Nouvelle Energie et de « putsch » contre Claude Malhuret, « psychodrame » : c’est la folle semaine du « mercato » au Sénat

La suite des sénatoriales réserve quelques surprises. Des sénateurs membres de Nouvelle énergie, le parti du candidat à la présidentielle, David Lisnard, ont tenté de créer un nouveau groupe, avec des frondeurs du groupe Les Indépendants, présidé par Claude Malhuret, proche d’Edouard Philippe. L’affaire semble jusqu’ici échouer, mais crée des tensions au Palais du Luxembourg, où la semaine du « mercato » bat son plein.

Le