La campagne officielle pour les élections européennes du 26 mai a débuté lundi, à deux semaines d'un scrutin à l'issue toujours aussi incertaine...
Européennes : c’est parti pour la campagne officielle
La campagne officielle pour les élections européennes du 26 mai a débuté lundi, à deux semaines d'un scrutin à l'issue toujours aussi incertaine...
Par Dominique CHABROL
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Mis à jour le
La campagne officielle pour les élections européennes du 26 mai a débuté lundi, à deux semaines d'un scrutin à l'issue toujours aussi incertaine, avec La République en Marche et le Rassemblement national au coude-à-coude dans les sondages.
Affichage, spots télévisés... la campagne devrait enfin s'animer avec la multiplication des débats télévisés et des spots audiovisuels soigneusement minutés.
Les 34 panneaux sont déjà installés, ici à Villefranche-de-Lauragais, le 6 mai 2019
AFP/Archives
A l'heure des réseaux sociaux, les experts soulignent l'intérêt de la campagne et des documents officiels "toujours très attendus", couplés aux débats télévisés, qui ont parfois permis de départager les listes ou de faire émerger l'une d'elles dans les jours qui précèdent le scrutin.
D'autant que les derniers sondages donnent LREM et le RN quasiment à égalité, avec autour de 22% d'intentions de vote chacun, loin devant Les Républicains, et que la situation n'est pas encore décantée à gauche.
Dès le matin, les têtes de liste ont repris leurs arguments et leurs attaques sur les radios et chaînes de télé. François-Xavier Bellamy (LR) a attaqué la liste LREM-MoDem dont le programme renvoie, selon lui, "à la gauche traditionnelle".
Manon Aubry (LFI) a dit vouloir qu'Emmanuel Macron sorte "affaibli" du scrutin, tout en ne souhaitant pas que "le Rassemblement national arrive en tête". Et Benoît Hamon (Générations) a déploré que l'élection soit "volée par Emmanuel Macron" qui l'a "nationalisée".
LREM suspendra pour sa part sa campagne mardi matin "pour permettre au plus grand nombre de rendre hommage" aux deux commandos marine tués lors de la libération d'otages au Burkina-Faso, "jusqu'à la fin de l'hommage national aux Invalides".
Grand classique de la campagne officielle, 34 panneaux ont été installés par les mairies devant les bureaux de vote pour l'apposition des affiches électorales d'autant de listes en lice.
- Exercice très encadré -
La durée et l'ordre de passage des spots diffusés sur l'audiovisuel public, dont le calcul découle d'un mélange des critères d'équité et de représentativité, a été arrêté par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
Critères d'ailleurs régulièrement contestés par certains candidats qui voient leur temps de parole limité par rapport à des listes concurrentes.
Nathalie Loiseau (LREM), tête de la liste Renaissance, en meeting à Caen, le 6 mai 2019
AFP/Archives
Dès mardi, deux types de spots seront diffusés : des petits formats (autour de 1 minute 30), principalement après les journaux télévisés et dans la soirée, et d'autres de 3 minutes environ, plutôt dans la matinée et l'après-midi.
Les temps de parole vont de 55 minutes 53 secondes pour la liste LREM/MoDem, 48'11 pour celle du RN, 38'20 pour LR, 19'43 pour la liste PS/PP/ND, 18'37 pour LFI, 14'14 pour EELV, à une durée minimale de 3'33 pour une vingtaine de listes restantes, dont deux liées au mouvement des "gilets jaunes".
Benoît Hamon, fondateur du parti Générations.s lors d'un meeting pour les Européennes, le 3 avril 2019 à Paris
AFP
Ils ont été fixés en fonction notamment des performances des formations aux dernières européennes et aux élections plus récentes, des indications des sondages et de la contribution des candidats à l'animation du débat électoral.
C'est aussi l'heure de la diffusion des professions de foi et de l'impression des bulletins de vote à la charge des listes. Un exercice très encadré, qui exclut par exemple l'utilisation des trois couleurs (bleu, blanc, rouge) à l'exception de la reproduction de l'emblème des partis ou groupements.
La campagne officielle des Européennes a régulièrement permis à des listes déposées par des mouvements plus ou moins confidentiels de se faire entendre. Mais seules celles qui auront franchi la barre des 3% se verront rembourser leurs frais de campagne.
Celle-ci prendra fin le samedi 25 mai à minuit en métropole et dans une partie de l'outre-mer, et le vendredi à la même heure là où le scrutin a lieu dès le samedi (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon et Polynésie française).
Au total, 46,9 millions de personnes étaient inscrites, selon l'Insee, sur les listes électorales françaises mi-avril (hors Nouvelle-Calédonie), dont 1,3 million résidant hors de France.
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.