Européennes: ce que les sondeurs n’ont pas vu venir
Une percée des écologistes d'EELV inattendue, une débâcle pour LR en dessous de la barre des 10%, une abstention moins forte que prévu: les...

Européennes: ce que les sondeurs n’ont pas vu venir

Une percée des écologistes d'EELV inattendue, une débâcle pour LR en dessous de la barre des 10%, une abstention moins forte que prévu: les...
Public Sénat

Par Paul GRATIAN

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Une percée des écologistes d'EELV inattendue, une débâcle pour LR en dessous de la barre des 10%, une abstention moins forte que prévu: les européennes ont réservé plusieurs surprises qui avaient échappé aux sondeurs, dont certains ont fait leur mea culpa.

"Je n'irais pas jusqu'à parler de ratés mais d'imprécisions", a expliqué à l'AFP Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et Opinion d'Harris Interactive. "La photographie des sondages a été précise sur le RN, LREM et les petites listes de gauche", souligne-t-il.

Dans les derniers jours de la campagne, la plupart des sondages donnaient le Rassemblement national (RN) devant la République en Marche (LREM). Des intentions de vote conformes aux résultats officiels, le RN (23,31%) étant arrivé en tête devant LREM (22,41%).

En revanche, la percée des écologistes emmenés par Yannick Jadot (EELV, 13,47%) et la débandade des Républicains (8,48%) n'apparaissaient pas dans les intentions de vote des sondeurs.

Pour Europe écologie comme pour la liste des Républicains, "on a eu un problème d'évaluation", a reconnu sur Franceinfo Stéphane Zumsteeg, directeur du département opinion chez Ipsos.

Un mea culpa partagé par d'autres instituts. Le vendredi 24 mai, l'enquête d'Harris Interactive donnait EELV en cinquième position derrière le RN, LREM, LR et LFI, avec 7,5% des intentions de vote. "Certaines hypothèses donnaient Europe écologie haut et on voyait une montée des verts mais pas un tel engouement", concède Jean-Daniel Lévy.

"Notre dernière enquête montrait que les Verts étaient à 9,5%. Ils finissent à plus de 13%, donc incontestablement, on est en dessous", admet Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos, sur France Inter.

Européennes : les résultats
Résultats définitifs des élections européennes en % des voix et en nombre de députés élus par principales listes en France
AFP

Pour lui, "il y a deux phénomènes qui ont joué": le changement d'avis de dernière minute et les effets d'une plus forte mobilisation, notamment des jeunes.

Selon l'Ifop, 23% des votants ont déclaré avoir pris leur décision dans la journée de samedi ou dimanche. Ce chiffre monte même à 28% chez les électeurs de EELV.

"Il y a des électeurs qui ont, au moment de voter, switché de LFI vers les verts ou de Bellamy vers le Rassemblement national ou La République en Marche", a détaillé Jean-Daniel Lévy.

- "Vrai problème" -

"Le vrai problème, il est sur la droite, c'est incontestable. Une droite qui finit à 8,5%, personne ne l'avait. Ni Ipsos, ni nos confrères", reconnaît Brice Teinturier.

Les sondages de la semaine précédant l'élection indiquaient un score de la liste de François-Xavier Bellamy situé autour de 12 à 13%.

"La République en marche a fini de siphonner les Républicains (…) parce qu'on avait de très nombreux électeurs LR qui hésitaient avec" LREM alors que LR était "déjà siphonné par le Rassemblement national", pointe Brice Teinturier.

Plus tôt dans la campagne, François-Xavier Bellamy avait été donné jusqu'à 15,5% par un sondage Elabe du 30 avril. "Clairement il y a eu un petit effet dans les sondages, mais c'est vrai qu'on ne l'a pas retrouvé", admet sur Europe 1 le directeur général adjoint de l'institut de sondage BVA, Edouard Lecerf.

Quant à l'abstention, les sondages montraient une dynamique vers plus de participation dans les dernières semaines de la campagne, sans pour autant atteindre le niveau final.

"On imaginait que ce serait en dessous de 50%. Et c'est un peu au-dessus de 50% (50,12%). Il y a eu une mobilisation du dernier moment qui est évidente", dit Edouard Lecerf.

D'autres pays européens ont connu des surprises lors de ce scrutin: Aux Pays-Bas, le parti populiste (FvD), donné gagnant dans les sondages, est finalement arrivé loin derrière les travaillistes, selon des estimations.

Déjà en 2016, les instituts n'avaient globalement pas anticipé l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-unis ou la victoire du Brexit.

Pour Jean-Daniel Lévy, "des leçons vont être tirées. Ce serait une faute professionnelle de ne pas le faire".

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