Européennes : la liste « gilets jaunes » n’est pas « une mauvaise nouvelle » pour LREM
Annoncée mercredi, une liste « gilets jaunes » pourrait voir le jour aux Européennes. Un « processus intéressant » pour Benjamin Griveaux, « une trahison » pour Éric Drouet et Maxime Nicolle, deux figures majeures du mouvement.

Européennes : la liste « gilets jaunes » n’est pas « une mauvaise nouvelle » pour LREM

Annoncée mercredi, une liste « gilets jaunes » pourrait voir le jour aux Européennes. Un « processus intéressant » pour Benjamin Griveaux, « une trahison » pour Éric Drouet et Maxime Nicolle, deux figures majeures du mouvement.
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« Transformer la colère en un projet politique humain, capable d’apporter des réponses aux Français qui soutiennent le mouvement des gilets jaunes » (…) « Nous, citoyens français, ne voulons plus subir les décisions des instances européennes et les diktats des castes de financiers et de technocrates, qui ont oublié le principal : l'humain, la solidarité et la planète ». Voilà en quelques mots, l’esquisse de profession de foi diffusée par le « ralliement d’initiative citoyenne ». Les membres du RIC, un acronyme bien pensé puisqu’il rappelle la demande majeure des gilets jaunes (le référendum d’initiative citoyen), ont annoncé mercredi vouloir se lancer dans la course aux élections européennes.

Pour le moment, seuls dix noms figurent sur la liste avec à leur tête, l’aide-soignante de 31 ans, Ingrid Levavasseur, connue pour avoir fait plusieurs apparitions TV en tant que « gilet jaune ». Autre figure « connue » du « ralliement d’initiative citoyenne », son directeur de campagne, Hayk Shahinyan (qui ne figure pas sur la liste pour le moment). Ancien des MJS, il a lui aussi fait, à de nombreuses reprises, des débats sur les plateaux des chaînes d’infos.

Entre 7,5% et 13% dans les sondages

Cette liste estampillée « gilets jaunes » peut-elle bouleverser l’élection du 26 mai prochain ? Un sondage Elabe publié mercredi créditait de 13% d’intention de vote une liste se réclamant du mouvement gilets jaunes. La liste RIC pourrait potentiellement arriver en troisième position du scrutin derrière LREM et RN. Mais passerait devant LR et La France Insoumise. La semaine dernière une autre étude de l’Ifop donnait 7,5% aux Européennes à une liste gilets jaunes.

« Fiscalité, pouvoir d'achat, immigration, décentralisation, Europe fédérale ou Europe des Nations libres... Nous aurons l'occasion, au-delà de cette annonce, d'entendre les propositions de ces "79 candidats apolitiques" dont la parole est d'ores et déjà portée par un ancien responsable du parti socialiste » ironise le sénateur RN, Stéphane Ravier.

Prudence au Rassemblement National

Sorti en tête des dernières élections européennes en 2014, le FN, désormais Rassemblement National (RN), pourrait perdre des voix au profit de cette liste RIC et se retrouver derrière le parti présidentiel. Contacté par publicsenat.fr, un cadre du parti de Marine Le Pen est loin de céder à la panique. « C’est un projet encore très hypothétique. Je prends ces chiffres avec beaucoup de prudence. Est-ce que le mouvement des gilets jaunes peut se traduire en une offre électorale crédible ? Quelle place peut-il y avoir entre l’Europe des Nations que nous défendons et une Europe fédéraliste, de plus en plus assumée par Emmanuel Macron ? interroge-t-il.

Une liste téléguidée par LREM ?

À peine 24H après l’annonce de cette liste, le profil de certains de ses membres est décortiqué pour mieux les discréditer. En effet, parmi eux, Marc Doyer, a déjà eu des velléités d’engagement politique mais au sein de LREM. Le 13 décembre dernier, il se disait même candidat à l’investiture LREM pour les Européennes. Hayk Shahinyan et la tête de liste Ingrid Levavasseur avaient accepté, au début du mois, l’invitation de Bernard Tapie pour une réunion dans les locaux du quotidien la Provence. « Bernard Tapie ne finance pas notre liste, il n'est pas à la tête de cette initiative, rien à voir avec Bernard Tapie » a donc dû affirmer Hayk Shahinyan, face « aux rumeurs qui circulent ». Le financement d’une campagne européenne coûte au bas mot 700 000 euros. « Nous avons pour l'instant à peu près 10% de cette somme. Nous allons lancer un appel aux dons et peut-être une campagne de crowdfunding » explique au Figaro, le directeur de campagne.

« Des rumeurs » reprises par plusieurs élus. Comme par exemple, le sénateur LR, Alain Houpert qui crie à la « manipulation » sur Twitter.

« Arrêtons de penser que LREM puisse être dans une quelconque démarche de récupération »

Ce jeudi, à la Bellevilloise, en marge de la conférence de presse de rentrée du parti majoritaire, le sénateur LREM, Alain Richard reconnaît que cette liste RIC « affaiblira ceux qui espéraient récupérer de façon assez cynique une « partie du mécontentement ou des attentes des personnes qui sont reconnus dans ce mouvement » (…) donc, c’est plus leur problème que le nôtre ». « Pour ma part, j’ai fait le pari qu’il y aurait plusieurs listes gilets jaunes » confie-t-il.

Sur Radio Classique, le porte-parole du gouvernement juge « quant à lui » « le processus intéressant ». « C’est plus sain, c’est plus net, et nous aurons des débats dont je suis certain qu’ils seront passionnants sur les plateaux de télévisions ». « Quelque chose de constructif » pour la sénatrice Fabienne Keller, vice-présidente d’Agir.

Une liste « gilets jaunes » qui fait les affaires de LREM… Une raison de plus pour jeter la suspicion sur l’origine de son lancement. « Que l’expression d’un mouvement social puisse avoir un débouché politique, ce n’est jamais une mauvaise nouvelle (…) mais arrêtons de penser que la République En Marche puisse être dans une quelconque démarche de récupération. Ce n’est pas moi qui ai déposé le nom gilets jaunes’ à l’INPI, ce n’est pas moi qui ai manifesté ma fascination, mon admiration pour Éric Drouet » se défend Stanislas Guerini, délégué général de LREM.

Pour Éric Drouet, « Voter Gilets Jaunes aux élections européennes, c’est voter La République en Marche »

Les premiers à contester la liste « gilets jaunes » sont d’ailleurs les gilets jaunes eux-mêmes. Deux figures très respectées au sein du mouvement Maxime Nicolle et Éric Drouet contestent farouchement la légitimité de cette liste. Sur sa page Facebook, l’égérie du mouvement, Éric Drouet a mis en place un sondage. Le résultat est sans équivoque « 18 000 (98%) votes contre la liste gilets jaunes et seulement 400 (votes) en sa faveur » rapporte-il. Pour lui « candidater » sur cette liste est une « trahison ». « Voter Gilets Jaunes aux élections européennes, c’est voter La République en Marche » conclut-il.

 

 

 

 

 

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