Européennes: la majorité voit le verre à moitié plein
Plutôt que ressasser d'avoir été dépassée par le Rassemblement national, la majorité présidentielle se réjouit d'avoir préservé un "bon score"...

Européennes: la majorité voit le verre à moitié plein

Plutôt que ressasser d'avoir été dépassée par le Rassemblement national, la majorité présidentielle se réjouit d'avoir préservé un "bon score"...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Plutôt que ressasser d'avoir été dépassée par le Rassemblement national, la majorité présidentielle se réjouit d'avoir préservé un "bon score" dimanche aux européennes, sans triomphalisme, au terme d'une campagne qui n'aura jamais vraiment décollé.

"Un score honorable", dixit l'Elysée, évalué selon les estimations entre 22,4 et 22,6% des voix, derrière le RN de Marine Le Pen, qui obtient entre 23,4 et 23,7% des suffrages.

"C'est un très beau résultat qui consolide le président de la République et la majorité", estime le ministre de l'Economie Bruno Le Maire en se félicitant qu'il soit "à quelques points du score du premier tour de la présidentielle" (24%).

De son côté, le Premier ministre Edouard Philippe a accueilli les résultats "avec humilité", estimant que "quand on termine deuxième à une élection, on ne peut pas dire qu'on a gagné".

Mais dans l'ensemble, la majorité a préféré distiller dimanche soir des messages positifs, se félicitant d'avoir tenu le bras de fer face au parti de Marine Le Pen. A l'image des militants présents à La Mutualité qui ont salué par quelques "vivats" et des "Nathalie, Nathalie!" l'annonce des résultats.

"Il y a une pointe de déception de ne pas être en tête mais aussi une pointe d'optimisme car on obtient un score non négligeable avec une participation très élevée", plaide le N.2 de La République en marche (LREM) Pierre Person. "Et c'est une satisfaction au regard du score des partis traditionnels", note-t-il, constatant la dégringolade de LR, du PS mais aussi de la France insoumise.

"C'est vrai qu'on aurait préféré être en tête", admet François Bayrou, patron du MoDem et allié de M. Macron. "Mais (...) si vous prenez toute l'histoire des élections européennes, jamais sauf une fois un parti au pouvoir n'a réalisé le score que nous avons fait. Les autres habituellement étaient effondrés", ajoute-t-il.

Cette communication marque pourtant une nette inflexion au leitmotiv martelé pendant la campagne: finir devant le RN. Emmanuel Macron avait, lui-même, annoncé la couleur en affirmant qu'il mettrait "toute (son) énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas en tête le 26 mai".

Même relatif, l'échec de la liste présidentielle interroge le manque de souffle de la campagne de LREM et de ses alliés du MoDem, Agir et Mouvement radical, alors qu'Emmanuel Macron avait fait de la question européenne un marqueur de son succès en 2017.

"Les électorats se sont structurés par rapport à des questions posées au début de la campagne, c'est-à-dire soit un référendum anti-Macron pour les oppositions, soit un référendum pour ou contre l'Europe pour nous. Et ils sont restés là-dessus", analyse le directeur de campagne Stéphane Séjourné.

"J'ai l'impression qu'il y a une forme d'épuisement national après les six mois de gilets jaunes", se désolait en privé Mme Loiseau.

La volonté de polariser le scrutin dans un match face au RN a également pu se révéler contre-productif.

- Macron "sauve les meubles" -

"Comme Emmanuel Macron a installé Marine Le Pen comme principale opposante, il a offert un débouché politique à une partie de la population qui, au lieu de se disperser sur des listes d'opposition, s'est concentrée sur Marine Le Pen, présentée comme adversaire la plus déterminée de Macron", décrypte le politologue Jérôme Fourquet.

Persuadée que les européennes permettraient de poursuivre le mouvement de recomposition politique, la majorité a aussi ciblé l'électorat écologiste et de centre-droit, susceptible d'élargir son socle. Quitte à oublier le noyau historique des Marcheurs?

"Ce que l'on a perdu, c'est notre électorat de centre-gauche, CFDTiste, pro-PMA, pro-LGBT, pro-dialogue social", se lamente un ministre.

le président français Emmanuel Macron et le président du Conseil européen Donal Tusk le 20 mai à Paris
Le président français Emmanuel Macron et le président du Conseil européen Donal Tusk le 20 mai à Paris
AFP/Archives

Outre une entrée en mêlée plus tardive que ses concurrents - le programme n'a été dévoilé que le 8 mai - le choix de Mme Loiseau pour diriger la liste sera également disséqué: révélation de sa présence sur une liste d'extrême droite lors d'élections étudiantes et maladresses verbales ont entaché sa partition.

L'ancienne ministre des Affaires européennes "connaît très bien les dossiers. Mais la question c'est: +Est-ce que c'est ça que les gens attendent pour voter ? Pour une tête de liste, il faut avoir une histoire à raconter+...", glisse, dubitatif, un poids lourd de la majorité.

Quant à l'implication d'Emmanuel Macron, qui a multiplié les sorties dans la dernière ligne droite, elle "a permis à LREM de sauver les meubles", assure M. Fourquet. "Mais notre faiblesse est qu'il soit toujours notre seul agent mobilisateur", s'inquiète un cadre du parti.

Partager cet article

Dans la même thématique

Européennes: la majorité voit le verre à moitié plein
3min

Politique

Lycéens, carburant, agriculteurs : Sébastien Lecornu appelle à l'apaisement sans annoncer de moyens supplémentaires

Dans une allocution de 15 minutes enregistrée depuis Matignon, Sébastien Lecornu a assuré que le gouvernement avait pris conscience des crises que traverse le pays tout en réaffirmant sa volonté de ramener le déficit à 5 % du produit intérieur brut en 2027. S'il affirme ne pas être indifférent aux angoisses des lycéens, il renvoie leurs revendications au débat budgétaire. Il a toutefois annoncé la libération de 10 millions de barils de gazole afin de faire baisser le prix du litre de gazole à la pompe de 12 à 18 centimes.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
7min

Politique

Manifestations lycéennes : mis en cause sur sa gestion du maintien de l’ordre, Laurent Nuñez pressé de trouver la voie de l’apaisement

Les mutilations de plusieurs élèves lors des manifestations lycéennes ont remis brutalement sur le devant de la scène la doctrine du maintien de l’ordre. Un rapport du Sénat sur ce sujet sera présenté dans les prochains jours. En attendant, faisant face aux demandes de démission des oppositions de gauche, le ministre de l’Intérieur a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes et a longuement justifié l’action des forces de l’ordre, lors de son audition devant la commission des lois de l’Assemblée nationale.

Le

Memorial Site Honors Victims of the Hamas Attack at the Nova Music Festival
5min

Politique

7-Octobre : Trois ans après l’attaque du Hamas, les juifs de France continuent de vivre un « traumatisme »

L’émotion se fait ressentir en ce 7 octobre 2026. Trois ans après l’attaque du Hamas en Israël, plusieurs commémorations sont prévues en Israël, notamment à Réïm où certains politiques français se sont rendus. En France, le président du Crif explique que les Français juifs continuent de vivre ce « traumatisme » et regrette qu’ils soient « associés à un conflit » dont ils « ne sont pas responsables ».

Le

FRANCE-PARIS-MANIFESTATION ÉTUDIANTE-ÉDUCATION
5min

Politique

Blocus des lycées : dix-huit enquêtes IGPN ouvertes, l’usage des grenades assourdissantes suspendu

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé ce mercredi 7 octobre la suspension provisoire de l’usage des grenades assourdissantes dans le cadre des manifestations lycéennes. Cette décision intervient après qu’un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens. Dix-huit enquêtes ont par ailleurs été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) depuis le début du mouvement.

Le