A deux semaines des élections européennes, les sondages accordent de très faibles intentions de vote aux listes se réclamant des "gilets jaunes", dont le mouvement a pourtant rythmé la politique française et infléchi la trajectoire de l'exécutif depuis six mois.
Apparus le 17 novembre sur fond de contestation de la hausse des taxes sur le carburant, les "gilets jaunes" ont connu un pic sondagier en décembre et janvier, alors qu'une liste se réclamant de ce mouvement n'était alors qu'hypothétique.
Le 21 décembre, quelques jours après les annonces à 10 milliards d'euros d'Emmanuel Macron, l'institut Odoxa créditait une liste "gilets jaunes" de 8%. Dans cette même étude, la liste présidentielle LREM enregistrait un de ses plus mauvais scores (19%), et les Républicains s'effondraient à 8%.
Également mesurées à 7,5% par l'Ifop en janvier, les intentions de vote en faveur des "gilets jaunes" ont atteint leur plus haut niveau dans un sondage Elabe du 23 janvier, à 13%. Mais un mois plus tard (27 février), le même institut mettait en évidence une chute de dix points (3%).
Depuis février, aucun institut n'a crédité les représentants des "gilets jaunes" de plus de 4,5%. Et la plupart des enquêtes publiées ces trois dernières semaines les situent autour de 2 à 2,5%.
"La crise des +gilets jaunes+ a pu avoir des effets politiques qui ne se traduiront pas dans le vote aux européennes, mais dans une repolitisation, un regain de militantisme pour des gens qui s'étaient éloignés de la politique", tout en rejetant toujours "la voie des urnes", estime Anne Jadot, maître de conférences à l'université de Lorraine, qui rappelle que les mêmes ont globalement peu participé au grand débat national lancé par Emmanuel Macron à la mi-janvier pour répondre à la crise.
La tendance à la baisse ne semble pas enrayée après la publication officielle des 34 listes, dont deux se réclament des "gilets jaunes".
- "Epure habituelle" -
Dans le sondage quotidien "rolling" de l'Ifop jeudi, la liste "Alliance jaune" conduite par le chanteur Francis Lalanne est créditée de 1,5% d'intentions de vote. La liste "Évolution citoyenne" menée par le "gilet jaune" Christophe Chalençon recueille 0%.
Nicolas Dupont-Aignan, au côté du "gilet jaune" Benjamin Cauchy, donne une conférence de presse présentant sa liste pour les élections européennes, le 28 mars 2019 à Paris
AFP
Si deux listes "gilets jaunes" ont été déposées --d'autres ont tourné court--, des représentants ont cependant trouvé place sur d'autres listes: le mouvement "Jaune et citoyens" s'est allié avec les Patriotes de Florian Philippot. De son côté, Benjamin Cauchy figure en neuvième position sur la liste de Debout la France conduite par Nicolas Dupont-Aignan.
Mais les intentions de vote en faveur de ces deux listes sont globalement stables, selon le "rolling" de l'Ifop. DLF y était crédité de 4,5% le 21 mars, jour de l'annonce de la présence sur la liste de M. Cauchy, et de 5% jeudi. Les Patriotes recueillent 2,5% d'intentions de vote jeudi, contre 2% il y a un mois.
Par ailleurs, l'irruption durable des "gilets jaunes" dans le débat politique ne semble pas avoir modifié les grandes lignes pour ce scrutin européen. Comme avant le 17 novembre, LREM et RN dominent toujours les intentions de vote, devant Les Républicains.
A deux semaines du scrutin, la participation ne semble pas non plus traduire d'effet "gilets jaunes" dans une élection traditionnellement boudée par les Français. Le "rolling" Ifop la situe à 42%. En 2014, la participation au scrutin s'était établie à 42,43%.
"Pour le moment, nous sommes dans l'épure habituelle pour une élection européenne: faible mobilisation, seule une fraction de l'électorat prête à aller voter, celle des personnes âgées pour qui le vote est un devoir, les CSP+, les gens qui restent dans la +participation conventionnelle+, ceux qui sont le plus à l'aise dans le jeu politique traditionnelle", explique Anne Jadot.
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