Européennes: Macron focalise sur Le Pen, un pari à hauts risques
En assurant qu'il fera "tout" pour empêcher le Rassemblement national d'arriver en tête des européennes, Emmanuel Macron s'expose en première...

Européennes: Macron focalise sur Le Pen, un pari à hauts risques

En assurant qu'il fera "tout" pour empêcher le Rassemblement national d'arriver en tête des européennes, Emmanuel Macron s'expose en première...
Public Sénat

Par Gaëlle GEOFFROY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En assurant qu'il fera "tout" pour empêcher le Rassemblement national d'arriver en tête des européennes, Emmanuel Macron s'expose en première ligne et focalise la campagne autour du match avec Marine Le Pen, au risque d'en sortir affaibli si la liste macroniste échoue.

Publication du programme de la liste La République en marche, visite surprise du chef de l'Etat aux candidats emmenés par Nathalie Loiseau: la campagne s'est accélérée cette semaine, avec en point d'orgue l'affirmation par le président de la République, depuis le sommet européen de Sibiu (Roumanie), qu'il mettrait "toute (son) énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas en tête" au soir du 26 mai.

Marine Le Pen, à Bruxelles le 5 mai 2019
Marine Le Pen, à Bruxelles le 5 mai 2019
AFP

Alors que les sondages donnent depuis des semaines LREM et RN au coude-à-coude, avec quelque 22% d'intentions de vote pour chacun, la présidente du Rassemblement national est entrée dans le jeu: souhaitant qu'Emmanuel Macron "fasse comme le général De Gaulle", Marine Le Pen a considéré que "s'il perd cette élection, alors il devra partir".

Avec sa déclaration, le chef de l'Etat a remis au coeur de la campagne le clivage entre "progressistes et nationalistes", qu'il avait porté en 2018 avant de le mettre en sourdine ces derniers mois. Un retour sur le devant de la scène au moment où la campagne de la tête de liste LREM Nathalie Loiseau semblait patiner.

"LREM doit rester sur cette ligne: le RN est notre adversaire prioritaire", estime auprès de l'AFP Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut Ipsos, car "dans une campagne électorale, vous ne pouvez pas avoir plusieurs adversaires. Il vous faut un adversaire principal et ne pas se tromper dessus. Et vous pouvez ensuite avoir plusieurs concurrents".

La majorité a enfoncé le clou vendredi, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire critiquant le manque de "cohérence" de Mme Le Pen qui, défaite lors de la présidentielle de 2017 face à Emmanuel Macron, aurait dû, "comme le général De Gaulle", avoir "la dignité" de "quitter la politique".

Dans un ping-pong verbal, les deux partis se reprochent mutuellement depuis des semaines déjà d'escamoter le débat sur les enjeux européens au profit de préoccupations purement nationales: quand LREM accuse le RN de vouloir refaire le match de 2017 en appelant à faire du 26 mai un "référendum" sur la politique d'Emmanuel Macron, le RN, emmené par la tête de liste Jordan Bardella, accuse le chef de l'Etat d'avoir fait traîner en longueur le grand débat national pour "sauter" les européennes.

- "Meeting" en Roumanie -

Mais la mise en avant d'un clivage progressistes/nationalistes n'est pas sans risques pour le chef de l'Etat. "Plus on dramatise le scrutin autour de cette opposition, si jamais LREM arrive derrière le RN, ce sera d'autant plus impossible à relativiser", note Brice Teinturier.

Nathalie Loiseau, tête de liste LREM pour les Européennes, le 25 avril 2019 à Paris
Nathalie Loiseau, tête de liste LREM pour les Européennes, le 25 avril 2019 à Paris
AFP

D'autant qu'Emmanuel Macron sort de deux années au pouvoir, dont six mois de crise des "gilets jaunes", avec une popularité affaiblie.

Au niveau européen, l'Elysée a reconnu vendredi que si la liste LREM "loupe" le scrutin du 26 mai, Emmanuel Macron "perdra un élément d'influence" dans l'Union européenne "pour des mois, voire des années". "la dynamique politique sera plus malaisée à mettre en oeuvre", a reconnu aussi une source gouvernementale.

Quel que soit le score du 26 mai, il sera "de toute façon minoritaire au lendemain de ce scrutin", tranche le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan à l'aune de la contestation de sa politique par l'ensemble des principaux partis.

Jordan Bardella, tête des liste du Rassemblement national aux européennes Jordan Bardella, le 1er mai 2019 à Metz
Jordan Bardella, tête des liste du Rassemblement national aux européennes Jordan Bardella, le 1er mai 2019 à Metz
AFP/Archives

Ce clivage progressistes/nationalistes, considéré comme artificiel, est aussi critiqué par des oppositions de gauche comme de droite qui, hors RN, craignent d'être marginalisés dans un paysage de campagne électorale réduit.

Le président LR du Sénat Gérard Larcher s'est dit "assez étonné" vendredi de le voir tenir "en quelque sorte un meeting" depuis la Roumanie, refusant le "débat binaire" Macron-Le Pen.

Le centriste Jean-Christophe Lagarde a dénoncé "une partie de ping-pong" et Adrien Quatennens (LFI) "un duo" LREM/RN qui sert autant les deux partis.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS. Marine Le Pen prostest in front of French senat
8min

Politique

Sénatoriales 2026 : le RN veut « tripler » son nombre de sénateurs et rêve de créer un groupe

Le RN se prépare dès maintenant pour les sénatoriales de septembre 2026. « Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs », annonce à publicsenat.fr Ludovic Pajot, nommé directeur de campagne, soit frôler les dix sénateurs, permettant de créer un groupe. Mais avant cela, le parti devra réussir les municipales. Il entend, cette fois, éviter les « brebis galeuses ». Il cherche des candidats présentables, capables de « gérer une ville ».

Le

Européennes: Macron focalise sur Le Pen, un pari à hauts risques
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Européennes: Macron focalise sur Le Pen, un pari à hauts risques
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le