Aussitôt élue, aussitôt critiquée. Moins de 24h après son élection à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Claire Thoury, première femme à présider la troisième chambre du Parlement français, est ciblée par le président du Medef qui réagit à sa victoire en exclusivité auprès de Public Sénat. Celle qui préside le Mouvement associatif depuis 5 ans et qui siège au Cese depuis 202, a recueilli hier 97 voix. Sa seule adversaire, Dominique Carlac’h, ancienne vice-présidente du Medef, a, elle, obtenu 74 voix.
Après l’annonce des résultats, Claire Thoury a prononcé un premier discours à la tribune de l’organisation. Elle a d’abord remercié son adversaire et salué des échanges de « qualité » avec la dirigeante d’entreprise, avant de tracer les grandes orientations de son mandat qui court jusqu’en 2031. Bien qu’il précise respecter son élection, Patrick Martin, le président du Medef, indique à Public Sénat qu’il est « surpris pour ne pas dire un peu choqué par les premières déclarations de la nouvelle présidente ». Le patron des patrons, soutien de Dominique Carlac’h, les juge « très guerrières ».
« Recul dans les combats » portés par la société civile
Dans son intervention devant les 175 membres de l’assemblée hier, Claire Thoury s’est pourtant attelée à rappeler que le Cese était « une institution profondément républicaine, attachée aux libertés publiques, à l’Etat de droit et au dialogue ». Cette troisième chambre, dotée d’un rôle consultatif, est composée de 52 représentants issus des organisations patronales dont le Medef. Les organisations syndicales de salariés disposent, elles aussi, de 52 représentants. Le reste des sièges se divise entre 45 représentants au titre de la cohésion sociale et territoriale et de la vie associative, ainsi que 26 représentants au titre de la protection de la nature et de l’environnement.
Jugeant que « les temps sont graves », la nouvelle présidente, sociologue de formation, a adressé une mise en garde : « N’oublions pas que la montée de l’illibéralisme dans le monde a des impacts très concrets. Cela se traduit par des reculs dans les combats que portent chaque jour les organisations de la société civile ». Celle qui prend la suite de Thierry Beaudet a ainsi désigné la remise en cause des droits des femmes, « les politiques d’égalité attaquées et la liberté de disposer de son corps fragilisée ». Elle a également insisté sur le « backlash croissant » auquel font face les acteurs de la transition écologique et les scientifiques.
« La vocation du Cese n’est pas de faire de la politique », prévient Patrick Martin
La nouvelle présidente du Cese a enfin pointé les « attaques répétées contre la liberté artistique, la pluralité des expressions et la capacité à questionner notre société, comme l’atteste la récente prise de position du directeur de Canal + qui a annoncé dimanche qu’il ne travaillerait plus avec les 600 signataires d’une récente tribune contre Vincent Bolloré. » Autant de « dérives [qui] perturbent aussi les conditions même de la vie économique », a-t-elle ajouté.
Malgré ses insistances sur les vertus du travail collectif au sein de l’assemblée, Claire Thoury n’a pas convaincu Patrick Martin qui dénonce un discours aux antipodes de ce que doit être la troisième chambre : « La vocation du Cese n’est pas de faire de la politique. Il y a deux assemblées qui sont, par construction, politiques : le Sénat et l’Assemblée nationale. [Le Cese], c’est au contraire le lieu d’un dialogue pacifié entre des sensibilités et des organisations très diverses ». Un avertissement formulé alors que l’institution est contestée par la commission des Finances de l’Assemblée nationale et la Cour des comptes, tant sur son coût de fonctionnement que sur son utilité.
Claire Thoury a aussi indiqué sa volonté de poursuivre les réformes de l’institution : « Nous n’avons pas peur, ni de nous réformer, ni de nous ouvrir. Dans cette assemblée, nous pouvons débattre de tous les sujets, nous pouvons débattre avec tout le monde ». Avec une réforme en 2021, le Cese est déjà devenu la chambre de la participation citoyenne. C’est ainsi qu’il a organisé les trois conventions citoyennes du mandat d’Emmanuel Macron : sur le climat, sur la fin de vie et sur les temps de l’enfant. Le président de la République a d’ailleurs félicité sur X Claire Thoury, « première présidente de cette institution, elle portera la voix de la société civile, au service de l’intérêt général et de la République. »