«Exemplarité» des professeurs : Blanquer plaide le «malentendu» et copie sur le Sénat

«Exemplarité» des professeurs : Blanquer plaide le «malentendu» et copie sur le Sénat

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, fait son mea culpa au sujet d’un article polémique de son projet de loi sur l’école, qui insiste sur « l’exemplarité » nécessaire des professeurs. Il reprend à son compte la copie corrigée par le Sénat : « L’ajout du terme autorité est très important, j’y souscris ».
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Les sénateurs la jouent classe avec Jean-Michel Blanquer. Confronté à l’incompréhension, voire le rejet d’une bonne partie du monde enseignant face à son projet de loi pour une « école de la confiance », le ministre de l’Education nationale peut s’appuyer sur le passage de son texte devant la Haute assemblée pour revoir sa copie.

Les sénateurs ont débuté ce mardi 14 mai l’examen du projet de loi, déjà adopté par les députés le 19 février dernier. Le projet de loi institue l’école obligatoire à partir de 3 ans, mesure avant tout symbolique car 98% des élèves sont déjà concernés, et permet le regroupement écoles-collèges, un principe adopté à l’Assemblée par voie d’amendement. Face à la polémique, les sénateurs ont tout simplement supprimé la mesure en commission. Mais un amendement LR, imposant l’accord des élus et de la communauté éducative avant la création de ces regroupements, pourrait être adopté, ce qui pourrait bien arranger Jean-Michel Blanquer.

Avant d’en arriver là, le ministre de l’Education nationale s’est déjà rallié, dès l’article 1, à la version sénatoriale du texte. Il porte sur un autre point polémique. Dans la version du gouvernement, le projet de loi souligne que « l’engagement » et « l’exemplarité » nécessaires des professeurs « contribuent à l'établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l'éducation ». Autant de mots très mal vécus au sein des enseignants, qui y voient une marque de défiance. Le ministre a plaidé lui le « malentendu » devant le Sénat.

« Encadrer la liberté d’expression des personnels »

Les professeurs sont d’ailleurs très bien représentés parmi les sénateurs en séance. Plusieurs n’ont pas manqué de rappeler leur pedigree, comme le socialiste Christian Manable (voir la vidéo ci-dessous) :

« Pour moi qui ai été enseignant 35 ans, cet article m’a choqué, car il a tendance à stigmatiser le corps enseignant et je l’ai ressenti comme une connotation d’ordre moral ».

« L’engament des professeurs va de soi » souligne Angèle Préville, sénatrice PS du Lot. Pour la sénatrice PCF de Seine-Maritime, Céline Brulin, cet article vise même à « encadrer la liberté d’expression des personnels », qui « constatent des pressions hiérarchiques, des phénomènes que nous n’avons pas connus par le passé ». Marie-Noëlle Lienemann (Gauche républicaine et socialiste, ex-PS) y voit un risque pour les enseignants « syndicalistes, qui en dehors du temps scolaire, prennent position contre Emmanuel Macron ».

Le sénateur PS Christian Manable « choqué » par l’article 1 du projet de loi sur « l’école de la confiance »
00:39

Annie Guillemot, sénatrice PS du Rhône, demande si, dans ce cas, il faudra inscrire dans la prochaine réforme des institutions que « les parlementaires et le gouvernement sont exemplaires ? Et est-ce que le ministre de l’Intérieur est exemplaire en ce moment ? » Son collègue socialiste, David Assouline, lui aussi « professeur un certain nombre d’années », embraye : « Quelle serait votre réaction si une loi sur les policiers commence en leur demandant leur exemplarité ? Ne dirait-on pas qu’on jette une suspicion ? »

L’article fait aussi tiquer certains à droite, comme le sénateur LR Philippe Dallier. Le Conseil d’Etat dit que l’article « n’a pas de portée normative », souligne l’élu de Seine-Saint-Denis. Autrement dit, il n’est « que déclaratoire et ne sert absolument à rien ! »

La droite sénatoriale insiste sur « l’autorité du professeur et le respect qui lui est dû »

Face à ces questionnements, le rapporteur du texte, le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, Max Brisson, a cherché en commission à équilibrer l’article en le réécrivant. « J’ai du mal à imaginer que des professeurs ne puissent pas être exemplaires » dit ce… prof, « devenu professeur car (il a eu) la chance de rencontrer des professeurs qui étaient des modèles ».

Le sénateur LR Max Brisson insiste sur « l’autorité du professeur et le respect qui lui est dû »
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La droite sénatoriale, majoritaire au Sénat, a voulu insister sur « l’autorité du professeur et le respect qui lui est dû. L’exemplarité du professeur nourrit le respect qui est dû à son autorité » lance le rapporteur, qui tente la synthèse.

Blanquer : « Je reconnais bien volontiers que la rerédaction par les Sénat apporte une amélioration »

Nouvelle version dont se satisfait pleinement Jean-Michel Blanquer. Le ministre fait au passage son petit mea culpa. « Je reconnais bien volontiers que la rerédaction par les Sénat apporte une amélioration. Et que l’ajout du terme autorité est très important, j’y souscris pleinement ». Il admet : « Cette question d’exemplarité est peut-être source de malentendu ».

Pour sa défense, le ministre insiste sur « la deuxième phrase » : « Ce lien implique le respect des élèves et de leur famille à l'égard des professeurs, de l'ensemble des personnels et de l'institution scolaire ». « C’est important et personne ne la commente. C’est le cœur de cet article » pour le ministre. Il ajoute :

« Cet article est un article de respect profond des professeurs. (…) Il ne vise absolument pas à accentuer le devoir de réserve du professeur ».

Pour tenter de mieux convaincre, le ministre sort, comme une bonne partie des présents dans l’hémicycle, sa carte secrète, gage de bonne foi : « Celui qui vous parle est un professeur. Il est lui-même fils de professeur ». L’hémicycle, ou la nouvelle salle des profs.

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